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ARTICLE DU 31/07/2006



Affluence au sommet de la Fournaise

Plusieurs centaines de Réunionnais et de touristes se sont pressés hier matin au pas de Bellecombe. Avec le même espoir au bout de l’ascension du cratère Bory : voir le monstre cracher rouge, ou au moins saliver quelques laves ardentes... Pas gagné d’avance, même si le beau temps a prédominé.


Depuis le point de vue hier, les plus patients ont pu distinguer au loin le cône éruptif et les fumerolles s’en échappant. Et si certains disent avoir vu rouge, ce n’est certainement qu’à l’aide de jumelles...

Un dimanche pas comme les autres au volcan. Bien sûr le paysage lunaire du piton de la Fournaise suffit à sublimer toute balade dominicale. Mais hier, une idée fixe trotte dans toutes les têtes : va-t-on apercevoir cette fameuse éruption qui secoue le volcan depuis maintenant dix jours ? Car depuis l’ouverture de l’enclos au public, vendredi matin, les meilleures volontés n’ont pas été récompensées par la météo. Vendredi et samedi, un horizon bouché a découragé les quelques randonneurs venus tenter leur chance.

“Je suis parti trop tôt”

Qu’à cela ne tienne, de nombreuses personnes ont eu l’idée lumineuse d’attendre dimanche pour se le faire, ce volcan. A 10h30, au pas de Bellecombe, l’espoir est grand : le cratère Bory s’offre dans une splendeur ensoleillée, coiffé d’un ciel bleu de chez bleu. Et la nouvelle circule vite apparemment, à la vue de la centaine de voitures stationnées sur le parking. Et ça continue à affluer. En discutant avec Sébastien, 30 ans, avant de descendre dans l’enclos, on ne regrette pas d’avoir appuyé plusieurs fois sur le réveil pour le faire taire. Parti à 5h30 de Saint-Pierre, il affiche sa déception : “J’étais à 7h30 en haut. Il y avait du vent, de la pluie, je n’ai rien vu du tout. Je suis parti trop tôt, maintenant il fait beau. C’est dommage mais je reviendrai...” Le beau temps acquis (pour l’instant), il faut maintenant s’assurer que l’éruption est encore d’actualité. A la grille de l’enclos, un agent de l’ONF est assailli de questions, toujours la même en fait : “On voit quelque chose là-haut ?” Et le gardien de la Fournaise d’inciter (mollement) à l’optimisme : “Oui, ça crache encore un peu. Les coulées sont visibles.” Ultime vérification. Le ciel est toujours bleu malgré de dangereux nuages à gauche. Allez on fonce, on arrivera en haut avant eux. En route pour deux heures de marche, dont une heure pour la “sévère” ascension du cratère Bory à plus de 2 600 mètres d’altitude. Le flux des randonneurs sera continu dans les deux sens jusqu’à 13 h : 410 personnes comptabilisées selon les informations recueillies sur place (mais 350 seulement selon le bilan de la préfecture publié hier soir, un peu comme après une manif, quoi). Un chassé-croisé en file indienne le long des marques blanches, et la même obsession de ceux qui montent face à ceux qui descendent : “Vous avez vu quelque chose ?” Emmitouflé dans un poncho et coiffé d’un bonnet (pas bon signe), un quadra livre son bilan : “On a vu, oui, mais rien que de la fumée.” Une réponse qui ne suffit pas à Benoît, de Saint-Denis, que sa copine a “sorti du lit ce matin” : “Et du rouge, on en voit du rouge ?” Allez courage, nous aussi on veut la voir cette fumée, à défaut d’un petit peu (même un tout petit peu), de lave en fusion. A mi-parcours de la montée vers le Bory, le temps se gâte. Les nuages sont finalement en passe de gagner la course devant les dizaines de mollets en souffrance. En quinze secondes, une épaisse nappe de brume a déjà entièrement recouvert l’enclos. Zut. Mauvais temps, timide éruption : les voyants ne sont plus au beau fixe. Bon on continue quand même, après tout c’est la balade le plus important (hum). Dans le froid, le vent et le crachin, quelques randonneurs d’un jour regrettent de n’avoir pas enfilé mieux qu’un jean, un pull et des baskets de ville. Le coupe-vent est de rigueur, voire les gants et les bâtons pour les plus habitués. Au sommet du cratère Bory, tout semble perdu. On ne voit pas à deux mètres et les ponchos ne suffisent plus à contrer la tempête. Mais on n’a pas fait tout ça pour rien. Tout excité, un jeune y croit encore : “C’est par là le point de vue sur l’éruption ?”

Le cône éruptif se distingue

Oui, c’est par là... d’ailleurs on y est. On nous avait parlé d’une plate-forme d’observation... Euh, il n’ y a que des pierres pour s’asseoir. Une quinzaine de personnes attendent sagement, les yeux rivés vers une masse de nuées opaques. “Nous, on a vu un peu tout à l’heure. Il faut attendre, ça va se dégager !”, s’exclame une randonneuse, tout sourire avec son bonnet péruvien. Le temps de se retourner, d’un coup d’un seul, les méchants nuages ont en effet disparu. Verdict : le cône éruptif se distingue au loin (1,3 km), des fumerolles s’en échappent. On croit apercevoir quelques scientifiques, comme quelques points baladeurs à proximité. Quelques coulées de lave de couleur grise aussi. “T’as vu du rouge, toi ?” Pas sûr. Une jeune fille s’écarte un peu : “Là, il y a du rouge, mais je n’arrive pas à savoir si c’est de la lave ou si c’est la couleur de la pierre...” Avec des jumelles, peut-être que... Trêve d’interrogations, le brouillard a déjà repris ses quartiers. On n’en verra pas plus. Laurent, de Saint-Paul, est heureux d’avoir pu faire quelques photos : “C’est déjà bien. Parfois depuis la plaine des Sables, c’est complètement bouché pendant toute la journée.” Le crachin est glacial. Pas question d’attendre la prochaine éclaircie. Dans la descente, la stupéfiante valse du ciel continue, dans un incessant cache-cache entre soleil et brouillard. Certains arrivés au sommet, faute de patience, redescendront en n’ayant pas même vu les fumerolles. D’autres ne seront même pas sortis de leur voiture... Il est 13 h, l’accès à l’enclos est désormais interdit. Les retardataires qui arrivent encore en nombre ne pourront plus passer.


Sylvain Amiotte












Un week-end sans incident

La préfecture a dressé hier soir le bilan de trois jours d’ouverture de l’enclos au public : aucun incident particulier à signaler sinon une blessure mineure (un claquage) comme il s’en produit tout au long de l’année sur les sentiers des hauts de l’île. Le dispositif en cours est donc reconduit jusqu’à mercredi. L’enclos sera ouvert au public à 6 h le matin, dernière descente à 13 h, retour aux voitures à 18 h au plus tard, heure de fermeture du portail. Le poste de secours des sapeurs-pompiers ne sera présent sur le site qu’au-delà de 50 véhicules sur le parking. Pendant ce temps, l’éruption, dont le niveau reste faible selon l’observatoire volcanologique, continue, mais invisible depuis le sommet : les premières coulées actives s’en trouvent à plus de deux kilomètres. Ce qui explique sans doute en partie le faible nombre de visiteurs, le public informé et d’avance frustré ne voyant guère l’intérêt de faire pareil déplacement pour n’obtenir que les miettes du spectacle qu’on veut bien lui octroyer. La relance du tourisme est assurément en marche...