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ARTICLE DU 28/07/2006



À l’écoute du volcan

Depuis maintenant une semaine que dure l’éruption du volcan, les scientifiques de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise suivent en continu le phénomène. Aurelien Dupont et Christèle Zielinski, étudiants à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP), mènent au pied même du cône éruptif une expérience d’acoustique. L’expérience commencée au piton de Bert le premier jour est une première à La Réunion sur une telle durée


Christèle Zielinski et Aurélien Dupont à côté du radiomètre (pour évaluer le flux de chaleur à la sortie du cratère), l’un des trois appareils qui leur permet d’effectuer des mesures sur l’éruption actuellement en cours, dont on aperçoit le cône à droite.

Aurélien Dupont et Christèle Zielinski ont planté leur tente sur une dalle de lave face au cône qui s’est formé sur la fissure la plus basse de l’éruption commencée jeudi de la semaine dernière. Aurélien et Christèle ne sont pas que des passionnés de volcans toujours heureux d’assister en direct à une éruption même si l’un et l’autre ont déjà posé leur sac sur certains des plus beaux volcans de la planète. Leurs études les conduiront dans quelques années à être volcanologues et c’est la raison de leur présence depuis jeudi au cœur de l’enclos. Passionné de montagne, Aurélien a d’abord passé un Deug de physique-chimie avant de s’orienter vers une licence de sciences de la Terre. Aujourd’hui, il prépare un DEA de géophysique à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP). Christèle a suivi depuis le début des études de géologie. “Nous avons l’intention de former un couple de volcanologues”, ironisent-ils évoquant leur passion commune. Aurélien s’intéresse à un aspect très particulier des éruptions encore mal étudié notamment sur le piton de la Fournaise. Sous la direction de Sylvie Vergniolle, spécialiste de l’acoustique des volcans à l’Institut de physique du globe, qui a étudié ces phénomènes sur des volcans comme le Stromboli. “A l’étranger, explique Aurélien, peu d’équipes de scientifiques s’intéressent à l’acoustique des volcans. Sur le piton de la Fournaise, à l’initiative de Sylvie Vergniolle, une heure d’enregistrement a été réalisée en 1992. En 2003, dans le cadre de mon DEA, six heures ont été enregistrées lors de l’éruption du Païanke.” L’objectif d’Aurélien est d’emmagasiner durant les trois ans à venir sur chacune des éruptions futures du piton de la Fournaise le maximum de données. La manifestation de jeudi dernier a été la première sur laquelle Aurélien et Christèle ont personnellement travaillé. “Nous bénéficions de l’appui logistique de l’observatoire volcanologique, expliquent-ils. Dès l’annonce d’une possible éruption nous avons commencé à réunir le matériel. Le premier jour, cinq heures seulement après le début du phénomène nous avions installé nos appareils au piton de Bert, à 2,3 km à vol d’oiseau de la fissure.”

L’explosion des bulles de lave

Aurélien et Christèle se sont ensuite déplacés sur le site même où ils ont implanté à proximité immédiate du cône un microphone, un microbarographe et un radiomètre. Depuis maintenant une semaine, tous les deux jours, Aurélien et Christèle viennent planter leur tente face à l’éruption avec à leurs pieds leurs appareils de mesure complétés quand ils sont sur place par une caméra qui enregistre des images à chacune des projections. Les compétences des deux étudiants se conjuguent sur ce projet. Le microbarographe a été conçu par le Centre de l’énergie atomique (CEA), mis au point à l’origine pour détecter les explosions de bombes nucléaires à distance et a connu son heure de gloire pendant la guerre froide. Christèle a rédigé sa thèse sur le suivi à grande distance (400 km !) des éruptions en utilisant le microbarographe. “Certains volcans, souligne-t-elle, sont complètement inaccessibles et suivre ainsi leur activité présente un grand intérêt”. Sur le massif du piton de la Fournaise, la problématique est tout à fait différente et les expériences menées par Aurélien et Christèle ont une toute autre finalité. “Nous enregistrons les infrasons lors de l’éclatement des bulles de lave à leur arrivée à la surface, expliquent-ils. Elles sont de la taille du conduit et avant d’éclater nous renseignent sur la surpression et le volume des gaz. Le film nous permet de faire la corrélation entre les sons enregistrés et les projections”. Aurélien et Christèle poursuivront leurs travaux aussi longtemps que durera l’éruption. Ils reviendront par la suite à La Réunion pendant trois ans à chacune des manifestations du piton de la Fournaise ce qui n’est pas pour leur déplaire. Ils espèrent que notre volcan les gratifiera de nombreuses et spectaculaires éruptions.


Alain Dupuis