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ARTICLE DU 26/07/2006



Voir l’éruption de plus près

La préfecture doit étudier aujourd’hui “l’adaptation” des mesures de restriction d’accès à l’enclos, interdit au public depuis le début de l’éruption, jeudi dernier. L’activité, désormais bien stabilisée, devrait normalement autoriser à aller voir le spectacle d’un peu plus près. Surtout que l’aménagement d’un itinéraire d’accès demanderait très peu de travail à l’ONF.


Vu du ciel, le cône en cours de construction apparaît comme une structure fragile. Des trous dans ses flancs laissent apercevoir la lave en fusion qui bouillonne dans le cratère. Photos Serge Gélabert

“L’objectif est de permettre à la population de bénéficier du spectacle de son volcan dans des conditions de sécurité maîtrisées, associées à une véritable démarche d’information et de responsabilisation des visiteurs sur les sites éruptifs”, indique le préambule du plan de secours spécialisé consacré au piton de la Fournaise, qui poursuit : “La durée de fermeture de l’enclos pour des raisons évidentes de sécurité, ordonnée lorsqu’une éruption est imminente, doit être adaptée au risque”. Le volcan, premier site touristique de l’île, est donc au centre de toutes les attentions. Et aujourd’hui, selon le service communication de la préfecture interrogé hier, l’administration doit étudier une “adaptation” de la mesure d’interdiction d’accès à l’enclos prise jeudi dernier lorsque le volcan s’est réveillé. En effet, du côté de l’observatoire volcanologique, on indique que l’éruption suit son cours paisiblement, aucune sismicité n’est enregistrée depuis plusieurs jours. Les préconisations du plan de secours spécialisé devraient donc pouvoir être mises en œuvre. Il est vrai que le seul point de vue accessible jusqu’à présent, au piton de Bert (désigné comme piton de Bois-Vert sur les cartes), offre une vue assez lointaine du spectacle, puisqu’il se situe à 2,3 kilomètres du cône actif sur le flanc sud-ouest du volcan, au bout de près de 7 kilomètres de marche (14 km aller-retour), au prix d’un parcours sans difficulté réelle. L’itinéraire vers l’éruption dans l’enclos est un peu plus court (13 km aller-retour), mais plus exigeant physiquement puis qu’il comporte 300 mètres de dénivelé au retour, dont les centaines de marches du rempart du pas de Bellecombe. Les habitués des éruptions le connaissent tous puisqu’ils l’ont emprunté lors de la série d’éruptions des années 2000 et 2001 qui ont eu pour théâtre le flanc est du volcan.

L’éruption idéale

Le terrain est celui du fond de l’enclos au départ (comme pour aller au sommet) avant de franchir une succession de passages en gratons généralement bien damés par les passages antérieurs du public. C’est ce parcours (également à usage d’itinéraire de secours pour d’éventuels randonneurs égarés) qu’empruntent depuis plus de deux décennies les scientifiques lorsqu’ils interviennent sur les stations du réseau de surveillance du volcan disséminées dans cette zone. On a un premier point de vue sur l’éruption au col du cratère Rivals. Juste après, le franchissement de la coulée en gratons issue de la première des deux fissures éruptives de jeudi dernier, tarie en moins de douze heures, ne pose pas de problème particulier : elle est stable, refroidie et aucun tunnel de lave n’a eu le temps de se mettre en place. Il serait simplement nécessaire de rétablir, sur moins de cent mètres, le balisage effacé par la lave. Peu après, on arrive sur le site de la seconde fissure éruptive, encore active aujourd’hui donc, qui a eu le bon goût de s’ouvrir à moins de 100 mètres du balisage, on ne pouvait guère imaginer mieux. L’aménagement d’une plate-forme d’observation en surplomb du cône actif, voire d’une seconde un peu plus loin sur le même itinéraire, qui offrirait en plus une vue sur les coulées, ne devrait pas poser de problèmes à l’ONF et nécessiterait peu de travail finalement puisque le parcours est déjà bien net dans sa quasi-totalité. Si le temps de marche peut être estimé à 4 h 30 aller-retour pour un randonneur normalement entraîné, il faudrait évidemment le corriger à la hausse pour le public de marcheurs occasionnels qu’on trouve souvent sur les sites d’éruption, en raison du terrain rencontré, avec quelques passages en forte descente sans marches, dans les lapilli ou les scories. Ils s’y trouveront sans doute peu à l’aise et devront plutôt tabler sur 6 heures aller-retour.


François Martel-Asselin - Photos Serge Gélabert

L’accès à l’enclos du volcan est toujours interdit. Point de vue sur l’éruption au piton de Bert (à 2,3 kilomètres à vol d’oiseau du site éruptif).

Jaillie du cratère, la lave se perd rapidement dans un tunnel avant de ressortir en contrebas et de s’étaler dans l’enclos Fouqué


Seule la faille la plus basse conserve de l’activité.


Le cône tire une langue de lave. Il est encore de dimension modeste mais l’éruption n’a pas encore dit son dernier mot.


Volcanologue au travail... Le niveau du chenal monte et baisse cycliquement, en cas d’obstruction, ce qui ne facilite pas les prélèvements (photo F.M. -A.).


Le chenal de la coulée à marée basse. Ses parois continuent de rougeoyer longtemps après le retrait du fleuve de lave.


La sécurité avant tout

Avant toute décision éventuelle de réouverture de l’enclos au public, il faut évidemment consulter trois acteurs impliqués à titre d’experts : les scientifiques pour définir le niveau de risque ; l’Office national des forêts, chargé de la gestion du site du volcan et des itinéraires pédestres ; les militaires du Peloton de gendarmerie de haute montagne, pour détecter les difficultés d’un itinéraire hors sentiers classiques. Selon les règles définies dans le plan volcan, ils devront, si un projet de réouverture de l’enclos est envisagé, effectuer une reconnaissance commune du parcours jusqu’à un point d’observation de l’éruption à définir. En cas de décision d’ouverture, l’ONF sera alors chargé de baliser et de sécuriser le parcours et le site d’observation. Tous les amoureux de la Fournaise en rêvent sans doute déjà.