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ARTICLE DU 22/07/2006



Derrière les nuages, le rêve

Les plus chanceux ou les plus rapides ont emprunté dès jeudi le chemin entre le parking du sentier du Tremblet et le piton de Bert, balcon sur l’éruption, pour la contempler. Mais hier matin, après une nuit étoilée et de ce fait glaciale, le mauvais temps s’est installé sur l’enclos.

Jeudi en fin d’après-midi, le spectacle photographié par Serge Gélabert. Le ciel est resté dégagé toute la nuit 
jusqu’à vendredi matin. C’est ensuite que ça s’est gâté.

A 8 h hier matin, une dizaine de voitures ont déjà déposé les courageux marcheurs. Sept kilomètres les séparent du point de vue. Emmitouflés dans des cirés, chaussures de randonnées au pied, ils avancent doucement. Il pluviote et une épaisse brume recouvre le chemin. Difficile d’y voir à plus de 10 m. Heureusement le balisage rouge et blanc tous les deux pas trace la voie, sans risque d’erreur. Au fil du sentier qui longe bientôt l’enclos, toujours fermé, on aperçoit à la faveur d’une éclaircie les anciennes coulées de lave qui en tapissent le fond. Certains repartent déjà dans l’autre sens. Cette famille par exemple : “Nous avons eu la chance de voir la lave lorsque le brouillard s’est levé”, s’exclament-ils, avant de nuancer : “Cela n’a duré que cinq minutes”. Qu’importe, le but se trouve à quelques centaines de mètres seulement. Un panneau indique la proximité immédiate du point de vue. A l’arrivée, une épaisse purée de pois camoufle la fissure éruptive. Une dizaine de personnes attendent patiemment en espérant que la brume se lève.

Un alsacien a fait la marche deux fois en deux jours

Ce couple de jeunes en vacances, originaires de Saint-Étienne, est arrivé depuis trois quarts d’heure. “Nous sommes un peu déçus. Il s’agit de notre première occasion de voir une éruption. Mais ça n’a pas l’air de vouloir se lever”. Ce jeune Alsacien, qui a dormi au gîte de Bellecombe, était déjà là hier : “C’était génial. Aujourd’hui, je voulais assister au lever du soleil sur la lave, mais je n’y crois plus”. Pour Muriel et ses deux amies, la quarantaine, partis de Saint-Pierre à 6 h 30 : “C’est hyper frustrant, nous avons marché presque deux heures pour ne rien voir du tout...” La pluie qui reprend de plus belle, couplée au vent, glace les curieux. Pourtant, d’autres badauds arrivent par grappes. Quoi qu’il en soit, beaucoup, trempés et déçus, reprennent le chemin du retour sans avoir eu le moindre aperçu de la colère du volcan. Hier, la météo s’est interposée. L’accalmie ne s’est produite qu’entre midi et 13 h. Bilan établi en fin de journée par la préfecture : ils n’ont pas été nombreux à se rendre sur le site du piton de Bert à cause “de l’absence de visibilité”. Quoiqu’il en soit, ce site restera ouvert au public ce week-end. Le dispositif de sécurité et d’accueil sera ajusté selon le niveau d’affluence.

Bruno Graignic


Météo aussi défavorable attendue aujourd’hui

Il n’est sans doute pas indiqué d’aller au volcan aujourd’hui (voir le bulletin complet en page météo) car le temps prévu n’a rien de réjouissant. Météo-France annonce “de la farine ou des averses, des rafales de vent jusqu’à 60 km/h et des températures sous abri qui ne dépassent pas 12°”. Aucun intérêt à marcher plusieurs heures pour ne rien voir et revenir déçu, trempé et glacé. Si un temps acceptable revenait dimanche, sachez qu’on accède au point de vue du piton de Bert en partant du parking du sentier du Tremblet situé entre la plaine des Sables et le pas de Bellecombe. Le sentier ne présente pas de véritable difficulté. Pour un randonneur, trois heures suffisent pour couvrir l’aller-retour (14 km). En revanche, pour des marcheurs occasionnels, les marmailles, la durée du parcours peut atteindre les cinq heures. En raison de l’altitude (2 300 m), penser à se munir d’habits chauds et imperméables, d’un éclairage fiable, d’eau et de nourriture.

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L'enclos reste fermé

“Dans la journée d’hier, résumait-on hier soir à la préfecture, on n’a décompté qu’une douzaine de voitures sur le parking du sentier de Foc-Foc. Nous allons aménager le site du piton de Bert. Si le nombre de voitures ne dépasse pas la cinquantaine nous laisserons un poste de secours au pas de Bellecombe. Au-delà de 100 véhicules, deux agents de l’ONF seront postés en permanence au piton de Bert et des patrouilles de gendarmerie seront orhganisées. Lundi, en fonction de l’évolution de la situation nous reconsidérerons le dispositif et la question d’un accès éventuel au site de l’éruption sera à nouveau débattue.” Mais cette perspective ne semble pas se dessiner si facilement : “Je considère que c’est dangereux”, énonce le secrétaire général de la préfecture, Frank-Olivier Lachaud, qui assure l’intérim en attendant l’arrivée du nouveau préfet. “En cas d’accident, plaide-t-il, nous sommes tout seul. Je ne souhaite à personne d’avoir à affronter des familles qui réclament des explications après une tragédie.” Et d’expliquer qu’il en aurait fait beaucoup plus par rapport aux réactions de Paris : “En métropole, assure-t-il, une éruption volcanique est considérée comme une catastrophe. On s’est étonné que je n’ai pas interdit la circulation.”

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Activité stable ...

Activité stable... l’éruption pourrait durer Depuis jeudi soir, l’activité éruptive est décrite comme stable par l’observatoire volcanologique. Son niveau, caractérisé par l’intensité du trémor enregistré par les sismomètres, a été divisé par 10 entre jeudi matin 4 h (heure du début de l’éruption) et la fin de l’après-midi du même jour. Mais il faut savoir qu’il baisse presque toujours spectaculairement quelques heures après l’entrée en activité du volcan, une fois la pression retombée... Deux fissures éruptives se sont ouvertes successivement sur le flanc surd-ouest du cratère Bory, à 4 h puis 4 h 50. Selon des témoignages d’observateurs de retour du terrain, la première, la plus élevée, avait déjà cessé de fonctionner jeudi soir ; elle s’est refroidie rapidement, au point qu’on pouvait franchir la coulée sans encombre hier matin. La seconde, hier matin encore, ne présentait plus qu’un seul point d’activité sur lequel a commencé à se construire un cône volcanique d’une dizaine de mètres de hauteur. En raison de la faible ampleur de l’éruption actuellement, aucune progression significative des coulées, qui s’étalent actuellement dans le fond de l’enclos, n’est envisagée, selon les scientifiques. L’éruption durera-t-elle ? On pourrait être enclin à le penser, les éruptions éclairs de la Fournaise durant entre quelques heures et 48 heures grand maximum. Or, statistiquement, il existe peu d’éruptions dans la tranche 48 h-une semaine... Les paris sont donc ouverts. F.M.-A.

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La véritable histoire du Piton de Bert

Le piton de Bert est à tort appelé “piton de Bois-Vert” (cartes IGN), voire “piton Vert” dans certains communiqués officiels alors que l’illustre naturaliste Bory de Saint-Vincent l’avait ainsi baptisé lors de son voyage de 1801, du nom de l’officier d’artillerie Alexis Bert, auteur de superbes gravures sur les paysages de notre île. C’est en fait la déformation locale du nom qui a hélas été retenue par l’IGN il y a quelques années, au nom de l’usage, pour désigner ce piton en bord sud-ouest de l’enclos.


Hier matin, les badauds scrutent dans l’espoir d’une trouée. Mais rien... (photo B.G.)