La journée de tous les ridicules

La journée d’hier aura été celle de tous les ridicules, à un niveau rarement atteint :
Alors que la préfecture est prévenue dès le début de la crise sismique de l’imminence d’une éruption, avant 2 h 30 du matin, la “sécurisation” du site du pas de Bellecombe - en un mot, la fermeture de l’enclos au public - ne sera effective que vers 6 h. Entre-temps, des “touristes” sont passés par le portail ouvert comme à l’accoutumée. Il a fallu ensuite organiser la chasse... Deux hélicoptères de l’armée mobilisés.
Interrogé en direct sur Radio-Freedom à l’ouverture d’antenne à 5 h, le directeur de l’observatoire volcanologique indique à l’animatrice la seule possibilité d’un point de vue sur l’éruption : c’est le site du piton de Bert, à quelques kilomètres à pied du pas de Bellecombe. La déclaration a le don de déclencher l’ire de la préfecture qui demande à l’observatoire - on croit rêver - de s’abstenir de toute communication avec les médias et que la préfecture s’en chargera désormais.
Le directeur de l’observatoire volcanologique, qui se rend à pied sur le site de l’éruption pour effectuer des prélèvements, voit sa carte d’accès au volcan épluchée dans tous les sens par les gendarmes (d’un peloton mobile du Tampon, venus de métropole) qui le considèrent d’un œil soupçonneux et le laissent finalement passer. Quelques kilomètres plus loin, c’est le Fennec de l’armée de l’air en maraude, à la recherche de resquilleurs dans l’enclos, qui fonce sur lui. Après avoir dû faire état de sa qualité, il est finalement véhiculé vers l’éruption...
Au cas où on n’aurait pas compris que le volcan est un lieu réellement dangereux et à éviter, on en rajoute. Ainsi, le communiqué de 13 h fait état d’un “campement de randonneurs” repéré près du Formica Leo : “La gendarmerie cherche à identifier ces personnes pour les extraire (sic) au plus vite de l’enclos”. Las, le secrétaire général de la préfecture, dans son point presse de 19 h, devra convenir qu’il s’agissait du camp d’une équipe de scientifiques en place depuis une semaine déjà. Il suffisait pourtant de lire l’édition du Journal de l’île de la semaine dernière qui évoquait cette mission sur la Fournaise...
Donc pas de randonneurs en perdition. Mais un peu plus de contacts des services chargés d’organiser la sécurité sur le massif du volcan avec ceux qui le connaissent parce qu’ils y travaillent ou le parcourent par passion permettrait d’éviter des bévues aussi grossières et de cesser de déresponsabiliser à tout prix le public en agitant des démons qui n’existent que dans la tête de ceux qui n’ont jamais mis les pieds - ou si peu - sur le piton de la Fournaise.
Francois Martel-Asselin
Pour décourager la venue du public, la préfecture n’hésite pas à mentir éhontément dans ses communiqués, en évoquant hier au fil des heures des conditions métérologiques “mauvaises” (9 h) puis “très mauvaises” (13 h). Pas de chance, les relevés de Météo-France indiquent clairement que la pluviométrie au gîte de Bellecombe a été nulle hier depuis grand matin et toute la journée, même s’il est vrai qu’une couverture nuageuse a affecté à des degrés et moments divers le massif. Mais on a eu aussi droit au grand soleil à midi, avec le sommet totalement dégagé. Les centaines de personnes qui ont défilé hier ne s’en sont pas plaint par ces températures d’hiver. Mais au Barachois, on préférait ne pas le savoir.