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ARTICLE DU 3/03/2005

L’éruption gagnante du Préfet


La volonté du préfet Dominique Vian était claire : que les Réunionnais profitent au maximum du spectacle grandiose offert par le volcan, mais qu’ils le fassent dans des conditions de sécurité optimum. Le message est passé et chacun a pu s’en réjouir.

Le week-end dernier, dans un schéma d’éruption difficile, alors que les spécialistes du volcan redoutaient qu’une brèche s’ouvre au-delà du rempart de l’enceinte et qu’une coulée menace Bois Blanc et ses habitants, la préfecture a décidé d’interdire la circulation vers l’enclos aux particuliers, à partir de l’Anse des Cascades. Les curieux devaient marcher jusqu’à la “porte de l’enclos” où se trouvait un autre contrôle de gendarmerie qui incitait à la prudence. Au delà, par-dessus le parapet de la route, ils pouvaient découvrir un panorama fantastique sur la coulée en feu qui se jetait à la mer après une dernière cascade. Un peu plus bas, à une centaine de mètres de la coulée, un autre cordon de gendarmes interdisait le passage. Les cheminées dégageaient des geysers de méthane qui explosaient régulièrement et pouvaient s’avérer dangereux. Malgré cette contrainte, rares ont été les Réunionnais qui ont protesté, ou râlé de ce blocage après une marche assez longue. Tout s’est passé dans la bonne humeur. Le mérite en revient aux Réunionnais et aux explications données par la préfecture par les bouches du sous-préfet Quiard ou du directeur de cabinet, Jean Mafart, mais aussi par les forces de l’ordre. Hier, fidèle à son credo, la préfecture avait décidé de moduler son dispositif en fonction du danger potentiel. Et tous les barrages étaient levés. Depuis le début de l’éruption un climat de confiance semble s’être installé entre la préfecture et les visiteurs. La coulée était encore chaude, mais les passionnés pouvaient s’en approcher et le faisaient avec beaucoup de prudence. Et pourtant il n’y avait aucun gendarme pour les y contraindre. “On fait des patrouilles régulières expliquait le chef de la gendarmerie de Sainte Rose, mais on a levé tous les postes fixes. Il n’y a pas de problème”. Au bord de la coulée l’ambiance était donc à la fête, à la récolte du bloc de graton souvenir et à la photo qui allait immortaliser ce grand jour. Les véhicules se tenaient sagement au-delà des barrières d’interdiction ramenées près de l’entrée de l’enclos, à la Cage aux Lions. Et c’était sans doute la meilleure réponse des Réunionnais faite à Dominique Vian.

Christian Chardon