Le brouillard éclairci
Un nouveau terme pourrait être intégré dans la prochaine édition du Larousse : le “smog volcanique”, phénomène observé en fin de semaine dernière, et particulièrement dimanche, sur l’ensemble de l’île. Cet épais brouillard de pollution, aux reflets gris-bleu, s’est bien formé suite aux dégazages de la Fournaise et aux cendres volcaniques produites par la dernière éruption. Le “smog”, qui plonge régulièrement la capitale britannique dans le brouillard, est déjà une contraction de “smoke” (fumée en anglais), et de “fog“ (brouillard en anglais).
Les sites industriels et Saint-Denis suivis
La masse qui s’est formée au-dessus de nos têtes ces derniers jours est l’illustration parfaite de ce phénomène. Sauf que chez nous, la fumée n’était pas d’origine industrielle ou automobile comme c’est le cas dans les grandes cités européennes ou américaines, mais effectivement d’origine volcanique. La fumée du volcan et les cendres de l’éruption ont entraîné des concentrations très importantes de dioxyde de soufre et de particules fines dans l’atmosphère, que l’humidité ambiante et l’absence de vent ont fixé dans l’atmosphère. A titre d’exemple, dimanche à Saint-Denis, l’Observatoire réunionnais de l’air a enregistré des concentrations en dioxyde de soufre environ plus de dix fois supérieures à une journée ordinaire. Le dimanche précédent (20 février), la concentration en dioxyde de soufre n’excédait pas les 10 microgrammes/m3/heure. Ce dimanche, dans la matinée, la concentration en SO2 a explosé, dépassant les 100 microgrammes/ m3/ heure. Idem à Saint-Denis, où la teneur moyenne en SO2 dans l’atmosphère est inférieure à 5 microgrammes/ m3/ heures un jour ordinaire. Or, dimanche dernier, la concentration en SO2 a dépassé la barre des 30 microgrammes/ m3/ heure, et frôlé les 40 microgrammes/ m3/ heure... Les Réunionnais ont donc bien inhalé le soufre du volcan. Hélas, l’Observatoire réunionnais de l’air n’a pu observer les concentrations de polluants dans les secteurs plus proches du volcan, ni dans les Hauts ou dans les cirques, où le brouillard volcanique semblait encore plus dense. Etroitement dépendantes des financements des collectivités publiques et des entreprises polluantes, l’ORA ne dispose ses stations qu’aux endroits où il y a une obligation légale de surveillance de l’air : c’est à dire sur la plupart des sites industriels et les villes où la population est supérieure à 100 000 habitants. Les zones du Port, de la Possession, mais aussi Saint-Denis sont donc largement suivies, mais seule une volonté politique forte, financement à l’appui, permettra d’étudier la qualité de l’air aux abords du volcan. Les émanations du plus gros pollueur de l’île, la Fournaise, sont donc encore totalement méconnues. L’épisode de “smog volcanique”, qui a surpris tout le monde, aura peut-être pour effet de sortir les élus du brouillard, et de les inciter à mettre la main au portefeuille.
Benjamin Wright