Brouillard volcanique
De Saint-Denis à Saint-Pierre, en passant par Le Port et La Possession,
c’est toute l’île qui a été recouverte, hier, de cet épais brouillard de
pollution, qui rappelle le “smog” londonien (Photos Richel Ponapin).
Un épais nuage de fumée gris-bleu a recouvert l’île, de Saint-Pierre à Saint-Denis, en passant par les Plaines et les cirques. “Une espèce de smog”, ces nuages de pollution qui sévissent dans les grandes métropoles européennes ou américaines, masquait hier le soleil, les hauts de l’île, brouillant même l’horizon sur l’océan. “Ce phénomène s’était déjà produit en juin 2001, rappelle Bruno Siéja, directeur de l’Observatoire réunionnais de l’air. L’éruption intense de ces derniers jours, avec de forts dégazages du volcan, a rejeté dans l’atmosphère des quantités importantes de cendres et de dioxyde de soufre”.
UN ANTICYCLONE EMPÊCHE LA DISPERSION DU SO2
Si un tel voile de pollution a pu se former hier, mais déjà samedi et dans une moindre mesure vendredi, c’est aussi parce que “les conditions météorologiques étaient défavorables à la dispersion de ces particules”, souligne le directeur de l’ORA. Les conditions anticycloniques font qu’il n’y a pas d’alizés qui soufflent. Le soir, il y a une brise de terre, qui va vers la mer, mais à partir de midi, une brise de mer, qui souffle vers les terres, repousse les particules polluantes à l’intérieur de l’île.
LA CENTRALE DU PORT BIEN PLUS GÊNANTE QUE LE VOLCAN
“L’anticyclone contribue à plaquer les masses d’air au sol, elles se dispersent donc très mal. Nous n’avons pas de stations de mesure dans les cirques, mais on peut penser qu’il y a une concentration encore plus forte à Cilaos, Salazie ou Mafate, où les masses d’air doivent être contenues au sol”, poursuit M. Siéja. D’ailleurs, c’est au sortir des grandes ravines que les concentrations en dioxyde de soufre les plus importantes ont été observées. Au Port et à La Possession, où le “smog” semble sortir de la rivière des Galets, des concentrations maximales de 113 microgrammes de SO2/m3/heure ont été enregistrées par le camion-laboratoire de l’ORA. “Pour une fois, ce n’est pas du tout lié à la centrale thermique du Port...”, plaisante le spécialiste. À titre de comparaison, les concentrations de polluants observées hier sont environ six fois moins importantes que celles générées par l’activité de la centrale thermique du Port le 6 février dernier, où le seuil d’alerte avait été dépassé. Des concentrations “relativement élevées” de particules très fines ont également été observées hier, très probablement issues des masses de cendres projetées dans l’air par le volcan. Cette pollution impressionnante reste néanmoins relativement inoffensive, et ne présente aucune menace de santé publique. Les concentrations maximum relevées hier restent nettement en dessous des seuils d’information ou d’alerte fixés par les autorités sanitaires. Attention toutefois à proximité des coulées, notamment au bord de l’océan, de l’acide sulfurique peut être rejeté dans l’air lors du contact entre les laves et l’océan.
Benjamin Wright