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ARTICLE DU 28/02/2005

Brouillard volcanique
De Saint-Denis à Saint-Pierre, en passant par Le Port et La Possession, c’est toute l’île qui a été recouverte, hier, de cet épais brouillard de pollution, qui rappelle le “smog” londonien (Photos Richel Ponapin).
De Saint-Denis à Saint-Pierre, en passant par Le Port et La Possession, c’est toute l’île qui a été recouverte, hier, de cet épais brouillard de pollution, qui rappelle le “smog” londonien (Photos Richel Ponapin).


La Réunion a été recouverte hier d’une épais voile de pollution produit par les dégazages du volcan. Les concentrations de dioxyde de soufre et de particules fines observées restent inoffensives, et devraient se disperser dès que l’anticyclone se lèvera. L’Observatoire réunionnais de l’air souhaite la mise en place d’un réseau de surveillance du volcan.

Un épais nuage de fumée gris-bleu a recouvert l’île, de Saint-Pierre à Saint-Denis, en passant par les Plaines et les cirques. “Une espèce de smog”, ces nuages de pollution qui sévissent dans les grandes métropoles européennes ou américaines, masquait hier le soleil, les hauts de l’île, brouillant même l’horizon sur l’océan. “Ce phénomène s’était déjà produit en juin 2001, rappelle Bruno Siéja, directeur de l’Observatoire réunionnais de l’air. L’éruption intense de ces derniers jours, avec de forts dégazages du volcan, a rejeté dans l’atmosphère des quantités importantes de cendres et de dioxyde de soufre”.

UN ANTICYCLONE EMPÊCHE LA DISPERSION DU SO2

Si un tel voile de pollution a pu se former hier, mais déjà samedi et dans une moindre mesure vendredi, c’est aussi parce que “les conditions météorologiques étaient défavorables à la dispersion de ces particules”, souligne le directeur de l’ORA. Les conditions anticycloniques font qu’il n’y a pas d’alizés qui soufflent. Le soir, il y a une brise de terre, qui va vers la mer, mais à partir de midi, une brise de mer, qui souffle vers les terres, repousse les particules polluantes à l’intérieur de l’île.

LA CENTRALE DU PORT BIEN PLUS GÊNANTE QUE LE VOLCAN

“L’anticyclone contribue à plaquer les masses d’air au sol, elles se dispersent donc très mal. Nous n’avons pas de stations de mesure dans les cirques, mais on peut penser qu’il y a une concentration encore plus forte à Cilaos, Salazie ou Mafate, où les masses d’air doivent être contenues au sol”, poursuit M. Siéja. D’ailleurs, c’est au sortir des grandes ravines que les concentrations en dioxyde de soufre les plus importantes ont été observées. Au Port et à La Possession, où le “smog” semble sortir de la rivière des Galets, des concentrations maximales de 113 microgrammes de SO2/m3/heure ont été enregistrées par le camion-laboratoire de l’ORA. “Pour une fois, ce n’est pas du tout lié à la centrale thermique du Port...”, plaisante le spécialiste. À titre de comparaison, les concentrations de polluants observées hier sont environ six fois moins importantes que celles générées par l’activité de la centrale thermique du Port le 6 février dernier, où le seuil d’alerte avait été dépassé. Des concentrations “relativement élevées” de particules très fines ont également été observées hier, très probablement issues des masses de cendres projetées dans l’air par le volcan. Cette pollution impressionnante reste néanmoins relativement inoffensive, et ne présente aucune menace de santé publique. Les concentrations maximum relevées hier restent nettement en dessous des seuils d’information ou d’alerte fixés par les autorités sanitaires. Attention toutefois à proximité des coulées, notamment au bord de l’océan, de l’acide sulfurique peut être rejeté dans l’air lors du contact entre les laves et l’océan.

Benjamin Wright


Un réseau de surveillance bloqué, faute de financements
Malgré les intenses dégazages et la pollution observée hier, aucune station de mesure de l’air n’est placée à proximité immédiate du volcan... “Nous souhaitons mettre en place, en partenariat avec l’Observatoire volcanologique du piton de la Fournaise, un réseau de surveillance du volcan”, explique Bruno Siéja, qui déplore que les collectivités locales ne s’intéressent pas plus à ces phénomènes. “C’est l’une des particularités de l’île de la Réunion. Nous avons un gros émetteur de dioxyde de soufre : le volcan. Il serait intéressant de mieux comprendre son impact sur l’environnement et notamment sur la qualité de l’air. Mais pour cela, il nous faut des financements”. La mise en place de ce réseau permettrait de réaliser des mesures des concentrations de différents produits directement sur le piton de la Fournaise. En croisant ces données avec des données météo (direction, intensité des vents...). L’Observatoire volcanologique et l’ORA pourraient alors bâtir des modélisations de la dispersion des panaches de fumée, comme cela se fait à Hawaii notamment. Et comprendre un peu mieux ce qu’il s’est passé hier.

Les cendres et le dioxyde de soufre produits par l’éruption se sont retrouvés bloqués dans le ciel réunionnais par des conditions météo anticycloniques.