Retour...
ARTICLE DU 28/02/2005

Le calme après la tempête

Les masses de lave se laissent tomber langoureusement dans la mer. Un panache blanc majestueux s’envole lorsque le feu et l’eau se mêlent. (Photos Samuel Hoarau)

Les masses de lave se laissent tomber langoureusement dans la mer. Un panache blanc majestueux s’envole lorsque le feu et l’eau se mêlent. (Photos Samuel Hoarau)

En l’absence de coulée, la foule ne s’est pas pressée hier sur les flancs du volcan. Si les embouteillages d’août dernier ont pu être évités, plusieurs milliers de curieux ont toutefois profité du réseau de navettes mis en place par la Cirest pour s’accorder une promenade dominicale au bord des pentes fumantes.

C’est le calme après la tempête. Des torrents de lave incandescente qui ont émerveillé hier les quelques chanceux situés au bon endroit au bon moment, il ne reste qu’un immense tapis noir d’où s’échappent quelques fumerolles. Le volcan s’est visiblement accordé un repos dominical. Les badauds qui font la queue pour monter à bord d’une des 23 navettes mises à leur disposition sont conscients d’avoir “manqué le spectacle”, comme le reconnaît Alice, étudiante. “Mais pour ceux qui, comme moi, ne sont sur l’île que pour quelques mois, c’est malgré tout une occasion unique.”

Balade du dimanche

L’éruption devient alors le prétexte d’une balade du dimanche. Les 10 minutes du trajet en navette sont l’occasion de faire le point : bouteille d’eau, sandwiches, casquettes, parapluie, appareils photos, rien ne manque. On croise de tout sur les deux kilomètres qui séparent l’arrivée des navettes du bord de la coulée : des créoles du coin, des dionysiens, des touristes étrangers, des familles avec poussette, des “gramounes” en costume et chapeau. “Regardez la fumée les enfants : c’est la lave qui arrive dans la mer !” s’écrit une mère de famille. En quelques heures d’intervalle, le déchaînement de la nature a cédé la place à la promenade pédagogique.

Pas de bousculade

Avantage de la situation : on ne se bouscule pas pour accéder au bus puis aux pentes du piton. Les mouvements de masse d’août dernier ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Dans l’après-midi, les promeneurs pouvaient accéder à la navette après une courte attente. Au bas de la route, les gendarmes n’ouvrent l’accès au bord de la coulée que pour 30 personnes à la fois, mais ce filtrage ne provoque presque pas d’embouteillage. La RN2 a retrouvé son aspect paisible. En attendant la prochaine colère du volcan.

Sébastien Lebourc


• Catastrophe économique
Les stands d’alimentation ont fleuri sur la route qui mène des navettes à la coulée. Mais ne parlez pas à leurs gérants de l’afflux des promeneurs et de bonnes affaires en perspective : l’éruption pourrait s’avérer pour eux une véritable catastrophe économique. Ces marchands étaient installés en contrebas, près de la Vierge au Parasol. Ils ont dû évacuer les lieux en même temps qu’elle. “D’habitude nous faisons notre chiffre d’affaires grâce aux pélerins et aux curieux, explique Armande Ravily. Les gens qui viennent voir la coulée arrivent le plus souvent avec leur pique-nique. Et quand l’éruption sera terminée, plus personne ne viendra.” Que deviendront ces stands lors des deux ou trois mois qui seront nécessaires à la remise en état du site ?

Plus de 5 000 personnes transportées
Le dispositif mis en place par la Cirest devait être capable de transporter jusqu’à 15 000 personnes. En l’absence d’activité sur les flancs du volcan, la collectivité estime avoir acheminé un minimum de 5 000 curieux depuis Piton Sainte-Rose jusqu’à 2 km de la coulée. Le réseau, qui comprenait 23 bus d’une capacité de 50 à 60 places, n’a donc jamais été débordé. “Nous sommes très satisfaits, affirmait hier Jean-Marie Virapoullé, le président de la Cirest. D’abord parce que beaucoup de gens sont venus voir le site si on prend en compte l’absence de coulée. Ensuite parce que ce réseau de navettes a fait ses preuves et devrait être capable d’accueillir jusqu’à 15 000 personnes si l’activité reprenait.” Ce système va pourtant devoir s’arrêter en semaine, les bus étant affectés au transport scolaire. Si le volcan se réveille, il sera à nouveau opérationnel le week-end prochain


Filtrés par les gendarmes en amont, les promeneurs venus admirer la coulée sèche n’étaient pas plus d’une trentaine à la fois.

Excursion vers le volcan : touristes et Réunionnais ont profité de navettes de bus.

La lave figée sur les pentes du piton témoigne de la puissance de l’éruption.