Bois-Blanc a tremblé

La nuit de vendredi à samedi aura été sans doute très longue pour les
habitants du quartier de Bois-Blanc, situé à moins de trois kilomètres de la
première coulée qui a traversé vendredi soir la RN2 près de la Vierge au
parasol. Albert Cadet, agriculteur, qui vit sur les hauteurs de Bois-Blanc, pas
loin des montagnes, a vu dévaler la lave sur les pentes abruptes. “Le village a
tremblé”, dit-il.
En ce samedi après-midi, tout paraît bien calme dans le village de Bois-Blanc. Il pleut. Le ciel est chargé. L’atmosphère est lourde. Bois-Blanc sent le soufre. Les plus jeunes s’amusent à vélo sur la RN2, dégagée pour la circonstance, car un peu plus haut, près du chemin de l’anse des Cascades, les gendarmes ont installé un premier barrage. Devant la vieille boutique en bois du village, les habitués sirotent leur bière ou leur rhum. Mais dans les petites cases, les plus anciens ne parlent pas beaucoup. Ils écoutent la radio. Ils attendent. La veille, ils n’ont pas beaucoup dormi. Ils ont écouté et surtout scruté les collines situées derrière leurs habitations. “Nous vivons ici dans une zone de turbulences”, reconnaît Albert Cadet, agriculteur, qui a construit sa maison sur les hauteurs de Bois-Blanc depuis bientôt 15 ans. Mais il habite le quartier depuis 1957. Son fils et ses deux filles se sont installés dans les environs. Le garçon fait de l’élevage de porcs. Il en possède 300. Lui non plus n’a pas fermé l’œil de la nuit. Il reste en étroite relation avec la CPPR et les gendarmes, au cas où il faudrait procéder à une évacuation d’urgence des habitants, mais également de ses porcs. Son gagne-pain. Après une dure journée de travail, comme tous les soirs, Albert Cadet était tranquillement assis dans son fauteuil et regardait les informations à la télé vendredi soir. “Il était 19h35. Mon fauteuil s’est mis à bouger en allant devant et derrière pendant une bonne poignée de secondes. Ma petite fille faisait la vaisselle. Tout a failli se renverser. Elle a essayé tant bien que mal de tenir les assiettes et les verres...”, raconte Albert Cadet.
“Une forte odeur de terre cuite”
Sa petite
famille et lui se sont alors précipités dehors pour regarder derrière “le parc
des animaux”, en direction des pitons Moka et Nelson et de la ravine Bois-Blanc,
situés à moins d’un kilomètre de son domicile. “La montagne était toute rouge.
Ça sentait le soufre et le bois brûlé. On entendait des craquements, un bruit
assourdissant. On voyait la lave descendre sur les pentes”, souligne Albert
Cadet. Un de ses petits enfants précise avoir entendu une grosse explosion aux
alentours de 17 heures, vendredi. Albert Cadet confirme. Il ajoute : “On
savait qu’il allait se passer quelque chose. Deux jours avant l’éruption, on a
senti une forte odeur de terre cuite”. L’agriculteur passe toutes ses journées
dans son verger de mandarines et de longanis plantés d’ailleurs sur un sol
rocailleux : la roche volcanique. Vers 19h45, il y aurait eu une autre
secousse, “plus petite”, selon l’agriculteur. Si le volcan constitue un
spectacle pour de nombreux Réunionnais, il n’en est pas de même pour les 1 200
habitants de Bois-Blanc. Albert Cadet se souvient de la coulée de 1977. “Les
laves sont arrivées par la ravine Bois-Blanc. On a été obligé d’enlever tout
notre paquet pour aller chez la belle-mère à Piton-Sainte-Rose. On croyait être
en sécurité à Piton-Sainte-Rose, mais manque de chance, les laves sont également
arrivées sur Piton. On a repris toutes nos affaires et nous sommes partis chez
une belle-sœur à Saint-Benoît. Les locaux de la gendarmerie de Piton avaient été
complètement détruits par les coulées volcaniques”. Dans les années 1980, le
quartier avait été évacué. À chaque éruption, Bois-Blanc reste donc en état
d’alerte. Les habitants attendent patiemment, en regardant passer dans la rue,
sous leurs fenêtres, les centaines d’admirateurs venus des quatre coins de
l’île, pour immortaliser les coulées de lave. Ils écoutent également le bruit
des hélicoptères et des petits avions dans le ciel, avec à leur bord des
spectateurs plus fortunés. Ils savent aussi que pas loin de chez eux, près de la
place de l’église de Piton-Sainte-Rose, des militaires et des sapeurs-pompiers
sont là, prêts à passer à l’action en cas de besoin.
Y.M.