Frustration, frayeurs et fascination

Une centaine de spectateurs ont pu assister à la traversée majestueuse de la RN2, hier après-midi, la route ayant été bloquée six kilomètres plus haut. Entre les explosions de dégazage, les secousses sismiques, et la puissance exceptionnelle de cette coulée, ces quelques privilégiés en ont eu pour leur argent.
“Regarde Marie-Paule, regarde comme le volcan lé mauvais”. Le volcan inspirait le respect hier. Le respect, la crainte, et parfois la terreur. Comme pour les habitants de Bois-Blanc, qui sont les rares à avoir pu assister au spectacle, la route étant fermée à la circulation depuis Anse des Cascades, à six kilomètres de la coulée. Et pour les voisins du volcan, la majesté des coulées de la Fournaise n’éclipse pas les frayeurs qu’ils ont ressenties toute la nuit. “Pour les autres, le spectacle est peut-être magnifique, mais pour nous, ce n’est pas beau du tout”, confie Marie-Paule, les yeux cernés par une nuit brouillée par l’angoisse d’une évacuation. Malgré cela, elle avoue n’avoir jamais raté une éruption. Et d’ailleurs, elle et ses amies regardent avec fascination la lave filer sous leurs pieds, en contrebas de la RN2. “Je n’ai jamais vu une affaire pareille, peut-être en 1977, mais je pense que cette fois-ci, le volcan est vraiment devenu fou”.
“L’éruption du siècle”
“C’est l’éruption du
siècle. Mais malheureusement, les gendarmes nous ont obligés à rester là, en
haut de la rampe. D’habitude, on peut voir la coulée arriver. Là, on n’a
quasiment rien vu, on n’a pas vu la lave traverser la route”, peste Serge, venu
à pied depuis Piton-Sainte-Rose avec ses marmailles. “C’est incroyable cette
puissance”, philosophe un autre visiteur, visiblement ébloui et ému par le feu
qui happe la forêt en quelques secondes. Hélas, cette coulée historique qui a
traversé la route et atteint la mer en quelques heures n’a été suivie que par
une poignée de spectateurs. Parmi une petite centaine de personnes qui étaient
massées derrière les barrières mises en place par la gendarmerie, la plupart
étaient des riverains de Bois-Blanc ou de Piton Sainte-Rose. Seuls quelques
courageux ont laissé leur voiture à Anse des Cascades et rejoint le point
d’observation à pied ou à vélo.
Le public repousséde plus en plus haut
Vu
l’intensité et la rapidité de la coulée, les forces de l’ordre sont restées très
prudentes hier après midi. Les abords de la coulée étaient effectivement
potentiellement dangereux hier, du côté de la Vierge au Parasol. Une vingtaine
de minutes après que les laves ont traversé la route, une violente secousse est
ressentie à quelques mètres de la coulée, qui continue de déverser des flots de
lave. Une demi-heure plus tard, une explosion puissante, qui semblait venir de
la falaise en surplomb, fait à son tour trembler le public. Forces de l’ordre et
journalistes, qui étaient aux avant-postes, remontent la route en courant et
rejoignent les barrières de sécurité. Quart d’heure après quart d’heure, devant
la progression de la coulée et face à son intensité grandissante, les gendarmes
doivent repousser un peu plus haut les barrières de sécurité, déjà trop
éloignées aux yeux du public. La foule grogne, mais obéit, consciente de la
fureur du volcan. Passé le coup de grogne, le spectacle éblouissant reprend le
dessus. Et les râleurs contemplent les rouleaux de lave qui filent à grands pas
vers l’océan.
Benjamin Wright




Conseils et consignes de sécurité
Les habitants de Bois-Blanc et Piton Sainte-Rose sont
invités à demeurer vigilants et doivent rester à l’écoute des stations radios.
Les personnes désireuses d’aller observer les coulées sont
invitées à privilégier l’accès sur le site par Saint-Philippe. Un point de vue
sur les coulées est accessible depuis Saint-Phillipe. Les véhicules seront
arrêtés à partir du parking du kiosque au niveau du point kilométrique 77.
La Préfecture demande aux automobilistes de stationner
leurs véhicules dans le sens du départ et de respecter les consignes données par
les forces de l’ordre sur place.
L’approche par la voie maritime est interdite à moins de
300 mètres des côtes entre la pointe de Bois-Blanc et la pointe du Grand Brûlé.
Il est demandé aux embarcations naviguant dans le secteur de veiller le canal
16.
Les voitures sont stoppées à Piton-Sainte-Rose : Des
bus sans interruption de 8 h à 24 h
Plusieurs milliers de personnes
devraient converger sur Bois-Blanc aujourd’hui. Aussi, pour ne pas répéter le
cafouillage du mois d’août, la Cirest a décidé de stopper toutes les voitures,
motos et vélos à Piton Sainte-Rose. Seules les navettes, en partenariat avec la
préfecture, pourront circuler. “Vu le nombre de personnes attendues, on ne peut
pas mettre en place de réseau mixte”, expliquait hier après-midi Jean-Marie
Virapoullé, le président de la Cirest. À titre expérimental, 23 bus (55-57
places) vont donc être mobilisés aujourd’hui pour se rendre sur les lieux de la
coulée. Ces derniers rouleront toutes les 5 mn, gratuitement, sans discontinuer,
de 8 h à 24 h. Un horaire matinal, certes, mais quelque peu tardif, pour ceux
qui aimeraient voir le lever du jour sur la coulée. Les plus téméraires peuvent
toujours tenter de parcourir à pied les 9 km qui séparent Piton-Sainte-Rose du
point de vue. Pour les autres, le départ s’effectue au parking de la place de
l’église. L’arrêt est situé 2 km en amont de la coulée, point de retournement le
plus proche pour les véhicules. Il faut compter ensuite 1 h 30 de marche
aller-retour pour accéder à la lave. Sur place, le responsable de la Cirest
appelle le public “au civisme”, et lui demande de ne pas s’éterniser plus de
deux heures pour faciliter le flux des spectateurs. La Cirest va dresser ce soir
un premier bilan de l’opération, pour évaluer le dispositif à mettre en place à
compter de demain. Mais transport scolaire oblige, il devrait être difficile de
maintenir ce système de navettes durant la semaine.
T.Q.