Le piton de la Fournaise joue les impétueux

Après avoir envoyé sur la route puis à la mer une
première coulée vendredi soir, le Piton de la Fournaise a récidivé hier. Cette
seconde coupure de la chaussée et ce second bain ont marqué les observateurs
étonnés de la puissance avec laquelle les coulées ont dévalé la pente et leur
rapidité à coloniser le terrain.
Tous ceux qui connaissent bien le Piton de la Fournaise ont été surpris samedi après-midi vers 15h par la vélocité des coulées qui ont déferlé sur la route nationale. C’était comme si notre volcan avait voulu donner toute la mesure de sa puissance. Impressionnant. Piano et allegretto, le Piton de la Fournaise a joué en virtuose entre vendredi et samedi après-midi sur ces deux registres. Vendredi à 0h30, la partition est la suivante. Un tunnel de lave laisse échapper une coulée fluide sur la gauche en regardant vers le sommet. Elle atteint la mer à 23h45. Sur la droite, la situation apparaît plus confuse. Une coulée a pris naissance dans le Trou de Sable ou le Trou Caron sans que l’on puisse à cette heure situer précisément le point d’émission.
La coulée joue les paresseuses Elle dévale la pente le long du rempart de Bois Blanc à une vitesse telle que les gendarmes prennent l’initiative de mettre à l’abri la Vierge au Parasol (voir par ailleurs). La plaine des Osmondes est également le théâtre d’une intense activité avec des projections qui s’élèvent à une hauteur impressionnante dans le ciel. Dans la nuit de vendredi à samedi, les choses prennent une toute autre tournure. Alors que certains envisagent une arrivée rapide à la route et dans la foulée à l’océan, le rythme d’avancement de la coulée se ralentit. Après avoir littéralement dévalé la pente le long du rempart, elle joue les paresseuses. Un coup d’œil au cœur du bois de goyaviers où elle se fraie un passage, en apporte la confirmation. Notre coulée avance maintenant à un rythme de sénateur. Cette progression au ralenti dure toute la matinée de samedi, au point que les meilleures bonnes volontés se découragent. Seules de petites poignées de curieux guidées par les gendarmes viennent contempler le spectacle désormais un peu maigre. Le scénario change du tout au tout samedi vers 11h. Au-dessus du Trou de Sable, une lueur rougeoyante éclaire les nuages. Des flots de lave bouillonnants s’échappent d’une fissure. Ils alimentent plusieurs bras dont certains se dirigent vers la coulée de 2002 et d’autres vers celle qui peine à descendre le long du rempart de Bois Blanc.
Une vitesse impressionnante Finalement, tous finissent par converger vers la coulée le long du rempart. Le spectacle est également dans la paroi où s’allument des torchères. L’eau d’une cascade en se vaporisant au contact de la lave forme d’épais panaches de fumée. On est intrigué par l’impressionnante épaisseur des fronts de coulée qui descendent vers la mer. Ils font plusieurs mètres de haut, signe d’une alimentation puissante et soutenue. Soudain, vers 15h, samedi après-midi, les choses s’accélèrent. Les gendarmes évacuent précipitamment les derniers témoins présents. Le public, lui, a été repoussé loin dans les rampes de Bois Blanc. Ceux qui ont l’expérience du Piton de la Fournaise se rendent compte rapidement que les choses ne se passent pas comme à l’accoutumée. La végétation derrière laquelle les coulées pèsent de tout leur poids frissonne violemment. Soudain, un nuage de vapeur parcourt le bitume. Dans la foulée, la lave apparaît à hauteur de la borne signalant la coulée de 2002 qui est rapidement engloutie. Il est 15h25. Le chien noir et blanc, mascotte de ces deux jours d’éruption, se sauve in extremis. Le flot de lave impétueux prend le sens de la pente dans la direction de Bois Blanc. Il avale littéralement le bitume couvrant toute la chaussée et les bas-côtés. La vitesse de progression est impressionnante. Les appareils photos cliquettent tous azimuts. L’agent forestier de Bois Blanc estime la largeur totale de la coulée à plus de 400 m. On la sent bien alimentée, avide de gagner du terrain. Des torchères s’élèvent au cœur de la végétation. Avec une rapidité stupéfiante, la lave comble une profonde dépression au pied des rampes de Bois Blanc, engloutissant au passage une ravine. Le rideau de jambrosades flambe. Face au déchaînement des éléments naturels, une seule alternative, reculer. Gendarmes et spectateurs se replient dans les rampes de Bois Blanc au fur et à mesure que la coulée gagne du terrain. Soudain, une sourde explosion semblant provenir de dessous le bitume sème un léger vent de panique. Les coulées s’étalent au pied du rempart de Bois Blanc. En fin d’après-midi, le spectacle de toute beauté est redevenu plus classique. La lave a atteint l’océan. Elle s’étale largement en lisière gauche de l’éruption de janvier 2002. Dans la soirée, une vague de coulées fraîches se répand. Que nous réserve pour aujourd’hui le Piton de la Fournaise ?
Alain Dupuis




Une Vierge sauvée
Une fois de plus, la Vierge
au Parasol, installée à la porte du Grand Brûlé côté Bois Blanc, a eu chaud.
Vendredi soir, alors que la coulée qui descend le long du rempart semble menacer
la nationale, les gendarmes craignent que la Vierge ne soit engloutie sous les
laves. Ils prennent l’initiative de la descendre de son socle et de la charger
dans l’une de leurs Land-Rover. Ils poussent la délicatesse jusqu’à sauver les
ex-votos avec l’aide des quelques personnes présentes. Lorsque l’équipe
municipale de Sainte-Rose arrive finalement sur les lieux, il n’y a plus que le
parasol à couper. Les efforts des uns et des autres n’auront pas été vains.
Samedi, peu après 15 h, la coulée d’une intensité exceptionnelle avale
entièrement le site de la Vierge au Parasol. Ironie de l’histoire, les études
pour son nouvel aménagement venaient d’être achevées.