La coulée a atteint la mer à 23h45

Le piton de la Fournaise a pris tout le monde par suprise hier soir. Alors que depuis hier matin plus aucune coulée n’était visible sur les pentes qui surplombent le Grand-Brûlé, la lave a jailli comme de nulle part ! 16 h : à cette heure, comme nous le confirme un témoin, pas l’ombre d’une rougeur... Et puis, la forêt se met à flamber, de plus en plus vite, de plus en plus bas. De minute en minute, la coulée devient de plus en plus grosse en se rapprochant, de plus en plus évidente aux observateurs postés sur la route nationale 2. Peu avant 19 h 30 : en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, la RN 2 est avalée sous les yeux de spectateurs peu nombreux et ébahis, au sud de l’ancienne décharge du Grand-Brûlé, non loin du site de l’éruption d’août 2004. Puis la lave trace son chemin dans la forêt en aval de la chaussée, direction l’océan, tout proche à moins d’un kilomètre. Un spectacle aucun les Réunionnais sont acoutumés depuis ces dernières années. A partir de 19 h 35 : l’observatoire volcanologique enregistre une sismicité de plus en plus violente sur les stations de surveillance situées dans la zone basse du massif de la Fournaise, sur la côte Est. Cette crise dure jusqu’à 21 h 50. Les habitants de Bois-Blanc ressentent les secousses. Vers 20 h : à la stupeur générale, une lueur apparaît dans le dos des spectateurs présents côté Vierge au parasol : elle semble dominer le rempart de Bois-Blanc, du côté du Trou Caron et du Trou de Sable, deux vastes lobes découpés dans le rempart, sur les hauteurs du Grand-Brûlé. Bientôt, des projections incandescentes sont même visibles, se détachant sur le ciel, malgré la fumée dégagée par la végétation embrasée. Au fil des minutes, la situation se précise : une coulée surgit de l’obscurité, longeant le pied du rempart et amorçant la descente vers la route nationale à son tour. La décision d’évacuer totalement l’enclos est mise en œuvre par la gendarmerie, afin qu’aucun visiteur ne soit pris en étau entre les mâchoires brûlantes des coulées ! Les voitures refluent, s’agglutinent sur plusieurs kilomètres à la sortie de Bois-Blanc, pendant qu’en sens inverse la circulation est coupée à partir de Piton Sainte-Rose. 23 h 15 : l’hélicoptère de la section aérienne de la gendarmerie arrive sur la zone de Bois-Blanc. Le feulement des pales, à cette heure inhabituelle, donne quelques frissons. Mission : tirer au clair la situation, très incertaine. Une demi-heure plus tard, le verdict tombe : il n’y a pas de sortie de lave hors enclos. Bois-Blanc peut souffler pour l’instant. 23 h 45 : la coulée, qui avait beaucoup ralenti à l’approche de la côte, victime de la faible déclivité, plonge finalement dans la mer. Un panache de vapeur est tout de suite visible de loin. 0 h : les gendarmes prennent l’initiative de démonter la Vierge au Parasol, et l’installent à l’arrière de leur Land-Rover. Quelques personnes encore présentes sur place les aident à déménager les ex-voto qui agrémentent le site de pèlerinage. 0 h 20 : Bruno Mamindy-Pajany arrive à son tour sur le site de la Vierge au parasol en compagnie des services municipaux, qui n’ont plus que le parasol de la Vierge à sauver et qu’ils découpent à la scie. 0 h 30 : la coulée qui longeait le rempart de Bois-Blanc se trouve encore à quelques centaines de mètres de la route nationale 2. Mais l’important est là : la Vierge est sauvée !
Textes : François Martel-Asselin Alain Dupuis
Route coupée : la sixième fois depuis
2001
La direction départementale de l’Équipement va finir par maudire
le piton de la Fournaise ! Depuis 2001, c’est en effet la sixième fois
qu’une coulée traverse la route nationale 2. Deux fois en 2001 (à une journée
d’intervalle lors de l’éruption de juillet), deux fois en 2002 (en janvier puis
en novembre), en août 2004, et enfin hier. La route des Laves, appellation
rapidement retenue, mérite donc plus que jamais son nom et les idées
d’aménagements risquent de ne pas suivre le rythme forcené imposé par le
volcan.
La lave, à la vitesse d’un cheval au
galop...
Si on a coutume, pour décrire la marée du mont Saint-Michel,
d’évoquer l’eau affluant dans la baie du célèbre édifice à la vitesse d’un
cheval au galop, que dire alors de la descente de la lave, hier, vers la route
nationale ? D’autant qu’aucune coulée n’était visible quelques heures
auparavant. Selon Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire volcanologique,
malgré les apparences, la lave n’a cessé de s’écouler hier, comme le traduit
l’existence d’un trémor soutenu. Mais sans doute cette lave s’est-elle accumulée
massivement sous les coulées figées émises depuis le début de l’éruption. Et il
a suffi que ce système partiellement refroidi “explose” finalement sous la
pression, générant des coulées extrêmement rapides, comme on a pu l’observer à
plusieurs reprises au piton Kapor lors de l’éruption de 1998.
Pas de fissure hors enclos hier soir
La reconnaissance aérienne de 23 h 15 a permis de mettre en évidence hier soir deux
nouveaux points de sortie de la lave à proximité du piton de Crac, dans la
plaine des Osmondes, et la fissure du rempart de Bois-Blanc qui a donné la
nouvelle coulée le long du rempart. Reste que cette fissure, comme celle qui
s’est ouverte dans le rempart lundi matin à 1 200 m d’altitude, est limite hors
enclos.
Accès à l’éruption par le Sud
En raison de la situation à Bois-Blanc, la circulation est interdite sur la RN 2 depuis hier
soir en direction du sud à partir de Piton Sainte-Rose ainsi que sur la route
des radiers (D 57 et D 57 E). Dans le Sud, sauf évolution de la situation, le
public devrait être autorisé à accéder à la coulée.



