Le Grand spectacle

En ce début d’après-midi, les murets de part et d’autre de la nationale sur la coulée de 2002 juste après la Vierge au parasol sont des balcons que les admirateurs du volcan se disputent. Il fait une chaleur étouffante et les camions bars débitent. Le piton de la Fournaise est dans un de ses grands jours. Les coulées dévalent le dernier cassé depuis la plaine des Osmondes et tissent un véritable rideau de feu dans l’axe de celles de 2002. Les nuages ont la délicatesse de se maintenir sur la partie haute du cassé. Un peu plus loin, le délaissé, où est venue mourir à quelques pas de la route la coulée de 1998, est le point de ralliement de ceux qui veulent aller admirer le spectacle de plus près. On commence à grimper au jugé sur de la lave cordée. Rapidement, on en prend plein la vue... mais le mur des coulées se dresse loin, très loin devant nous. Quatre cents mètres après avoir abandonné le bitume, vous aurez peut-être la chance de trouver une trace qui escalade la pente. On ne peut pas parler d’un balisage. Imaginez quelqu’un qui serait monté, un pot de peinture percé à la main. Cela donne par endroits quelques gouttes sur les laves figées, à d’autres des taches plus importantes, mais le fil d’Ariane est ténu. De jour, il arrive fréquemment qu’on le perde. De nuit, rester dessus relève de la mission quasi impossible. Attention, dans la montée, un décalage sur la gauche vous jetterait dans une végétation inextricable et une divagation sur la droite vous précipiterait dans les gratons de la coulée de janvier 2002.
Une chaleur étouffante
En ce début d’après-midi,
aucun problème de visibilité. Quelques nuages masquent le soleil mais la chaleur
est étouffante. En un instant, on se retrouve trempé de sueur des pieds à la
tête. La trace escalade la pente, tantôt sur des dalles de lave puis au fur et à
mesure que l’on prend de l’altitude, on se retrouve avec, sous les pieds, le
plus souvent des scories et des gratons. L’ascension se poursuit, régulière,
avec de temps en temps des décrochés. Derrière, le panorama du Grand-Brûlé sur
fond d’océan se dessine. Mais, c’est devant que cela se passe. Le rideau de feu
prend une dimension grandiose au fur et à mesure que l’on s’en approche. Sur la
gauche, au-delà d’un bosquet de végétation, un bras de coulée est venu mourir.
On distingue encore du rouge. La trace va se perdre dans la végétation. Pour
atteindre le pied du cassé, il nous faudra emprunter ce qui reste du chenal de
la coulée de 2002. La récompense est au bout d’un dernier effort. Parties de la
plaine des Osmondes, les coulées se divisent en plusieurs bras pour dévaler le
cassé. Le piton de la Fournaise a particulièrement soigné son show. Les langues
de lave sont gratonnantes sur la gauche. Elles descendent lentement, embrasant
parfois la végétation. Sur la droite, la progression est beaucoup plus fluide,
presque impétueuse avec un débit rapide. Le tout s’orchestre dans une symphonie
de couleurs. Plus rouge à gauche, dans des teintes jaunes, orangées à droite,
donc plus chaud. Le contraste avec le vert du Trou Caron est saisissant. Le
spectacle se joue sur un tempo différent. Après avoir dévalé à grande vitesse le
cassé, les coulées se répandent à ses pieds, avançant plus lentement. Elles ne
semblent pas du tout pressées de partir à la rencontre de la route, voire
d’aller prendre un bain de mer. Fasciné, on en oublie la montre. À regret, il
faut partir. La fin d’après-midi approche et même si nous sommes équipés de
lampes frontales, nous ne tenons pas à nous faire surprendre par la nuit.
Dommage, le volcan donne souvent le meilleur de lui-même à la faveur de
l’obscurité. Ce sera pour une prochaine fois.
Alain Dupuis




L’enclos du volcan à nouveau interdit
Pas de fissures hors enclos
Pour randonneurs avertis
En raison
de l’intensification de la sismicité enregistrée par le réseau de surveillance
du volcan, la préfecture a décidé de fermer l’accès à l’enclos hier à 16 h.
L’observatoire volcanologique a assisté à l’augmentation de l’activité sismique
au cours de la nuit de mercredi à jeudi (13 séismes de faible magnitude sous le
sommet en 6 heures et 4 plus importants en deuxième partie de nuit). D’autres
événements, allant jusqu’à des magnitude 2, ont déclenché les alarmes toute la
journée. L’analyse des séismes montre qu’ils ont pour origine une zone située à
l’aplomb du cratère Dolomieu (le plus grand des deux cratères sommitaux du piton
de la Fournaise), et plus précisément la zone sud-ouest du cratère (près du
cratère Bory) qui s’est déjà effondrée fin décembre 2003, au terme d’une crise
sismique d’une intensité rare. Des milliers de séismes avaient été enregistrés,
entraînant le “bouclage” complet du volcan, jusqu’à la plaine des Sables
( !) par crainte d’un épisode explosif potentiellement destructeur comme le
volcan de la Réunion en a déjà été le théâtre, en 1860 notamment (retombées de
blocs jusque dans les hauts de Bois-Blanc, cendres sur le pont de bateaux
croisant au large de l’île). Comme pour l’épisode de fin 2003, les scientifiques
estiment que cette sismicité est liée à la vidange des poches de magma présentes
sous le sommet, épuisées peu à peu par l’éruption actuelle. Le déséquilibre créé
serait à l’origine d’effondrements internes (d’où les séismes enregistrés),
pouvant déboucher sur un effondrement de plus grande ampleur affectant la
surface, accompagné donc de projections de blocs rocheux et de cendres
incandescentes. Plus récemment, un tel phénomène s’est produit, en 1986, à la
suite de l’éruption du Tremblet : un “pit crater” (cratère puits), nom sous
lequel les volcanologues désignent ce type de formation, s’est ouvert dans le
Dolomieu, large de 100 m et profond de 80 m. On peut d’ailleurs toujours voir
aujourd’hui les gros blocs anguleux projetés alors sur les pourtours du
cratère... Mais le niveau de la sismicité actuelle ne laisse pas pour l’instant
présager l’imminence d’un tel phénomène. F.M.-A.
L’observatoire volcanologique a survolé le massif
du volcan hier avec le concours de la section aérienne de la gendarmerie. Les
investigations menées à l’aide de la caméra thermique (infrarouge) de
l’observatoire n’ont pas permis de mettre en évidence des “points chauds” en
dehors de l’enclos. “Aucune activité, fissure ou point suspect n’a été vu dans
la région au-dessus de Bois-Blanc”, précise Thomas Staudacher, directeur de
l’observatoire. L’hypothèse de l’ouverture de fissures en surplomb des zones
habitées avait été émise en raison de la découverte, lundi matin, de l’ouverture
d’une nouvelle fissure éruptive à la base même du rempart de Bois-Blanc. Voilà
qui devrait soulager les habitants du secteur.
L’expédition n’est pas affaire d’amateurs. Il faut
compter deux bonnes heures à des randonneurs bien entraînés pour atteindre le
pied du cassé sur un terrain difficile. De la route, à 65 m d’altitude, il faut
monter au bas mot jusqu’à 600 m, voire près de 700 m si l’on pousse au pied du
cassé à proprement parler ! Revue de détail de l’équipement. En dépit de la
chaleur étouffante, pantalon et manches longues sont de rigueur. Ne pas oublier
des gants pour éviter de se retrouver avec les mains en sang à la moindre chute
dans les gratons. Dans le sac à dos, 3 litres d’eau sont un strict minimum,
c’est ce que nous avons consommé hier après-midi. Sur la tête, l’indispensable
couvre-chef. ça cogne dur.