Retour...
ARTICLE DU 25/02/2005

Le Grand spectacle



Les curieux qui se sont pressés hier soir dans le Grand Brûlé ont eu droit à une prestation de grand style du piton de la Fournaise. Le volcan avait tissé un rideau de feu sur le dernier cassé des Grandes pentes dans l’axe des coulées de 2002. La lave qui s’étale au pied du cassé ne semble pas pressée de prendre le chemin de la côte. À moins d’être des randonneurs très expérimentés et très bien équipés, ne tentez pas le diable pour aller admirer le spectacle de près.

En ce début d’après-midi, les murets de part et d’autre de la nationale sur la coulée de 2002 juste après la Vierge au parasol sont des balcons que les admirateurs du volcan se disputent. Il fait une chaleur étouffante et les camions bars débitent. Le piton de la Fournaise est dans un de ses grands jours. Les coulées dévalent le dernier cassé depuis la plaine des Osmondes et tissent un véritable rideau de feu dans l’axe de celles de 2002. Les nuages ont la délicatesse de se maintenir sur la partie haute du cassé. Un peu plus loin, le délaissé, où est venue mourir à quelques pas de la route la coulée de 1998, est le point de ralliement de ceux qui veulent aller admirer le spectacle de plus près. On commence à grimper au jugé sur de la lave cordée. Rapidement, on en prend plein la vue... mais le mur des coulées se dresse loin, très loin devant nous. Quatre cents mètres après avoir abandonné le bitume, vous aurez peut-être la chance de trouver une trace qui escalade la pente. On ne peut pas parler d’un balisage. Imaginez quelqu’un qui serait monté, un pot de peinture percé à la main. Cela donne par endroits quelques gouttes sur les laves figées, à d’autres des taches plus importantes, mais le fil d’Ariane est ténu. De jour, il arrive fréquemment qu’on le perde. De nuit, rester dessus relève de la mission quasi impossible. Attention, dans la montée, un décalage sur la gauche vous jetterait dans une végétation inextricable et une divagation sur la droite vous précipiterait dans les gratons de la coulée de janvier 2002.

Une chaleur étouffante
En ce début d’après-midi, aucun problème de visibilité. Quelques nuages masquent le soleil mais la chaleur est étouffante. En un instant, on se retrouve trempé de sueur des pieds à la tête. La trace escalade la pente, tantôt sur des dalles de lave puis au fur et à mesure que l’on prend de l’altitude, on se retrouve avec, sous les pieds, le plus souvent des scories et des gratons. L’ascension se poursuit, régulière, avec de temps en temps des décrochés. Derrière, le panorama du Grand-Brûlé sur fond d’océan se dessine. Mais, c’est devant que cela se passe. Le rideau de feu prend une dimension grandiose au fur et à mesure que l’on s’en approche. Sur la gauche, au-delà d’un bosquet de végétation, un bras de coulée est venu mourir. On distingue encore du rouge. La trace va se perdre dans la végétation. Pour atteindre le pied du cassé, il nous faudra emprunter ce qui reste du chenal de la coulée de 2002. La récompense est au bout d’un dernier effort. Parties de la plaine des Osmondes, les coulées se divisent en plusieurs bras pour dévaler le cassé. Le piton de la Fournaise a particulièrement soigné son show. Les langues de lave sont gratonnantes sur la gauche. Elles descendent lentement, embrasant parfois la végétation. Sur la droite, la progression est beaucoup plus fluide, presque impétueuse avec un débit rapide. Le tout s’orchestre dans une symphonie de couleurs. Plus rouge à gauche, dans des teintes jaunes, orangées à droite, donc plus chaud. Le contraste avec le vert du Trou Caron est saisissant. Le spectacle se joue sur un tempo différent. Après avoir dévalé à grande vitesse le cassé, les coulées se répandent à ses pieds, avançant plus lentement. Elles ne semblent pas du tout pressées de partir à la rencontre de la route, voire d’aller prendre un bain de mer. Fasciné, on en oublie la montre. À regret, il faut partir. La fin d’après-midi approche et même si nous sommes équipés de lampes frontales, nous ne tenons pas à nous faire surprendre par la nuit. Dommage, le volcan donne souvent le meilleur de lui-même à la faveur de l’obscurité. Ce sera pour une prochaine fois.

Alain Dupuis







L’enclos du volcan à nouveau interdit
En raison de l’intensification de la sismicité enregistrée par le réseau de surveillance du volcan, la préfecture a décidé de fermer l’accès à l’enclos hier à 16 h. L’observatoire volcanologique a assisté à l’augmentation de l’activité sismique au cours de la nuit de mercredi à jeudi (13 séismes de faible magnitude sous le sommet en 6 heures et 4 plus importants en deuxième partie de nuit). D’autres événements, allant jusqu’à des magnitude 2, ont déclenché les alarmes toute la journée. L’analyse des séismes montre qu’ils ont pour origine une zone située à l’aplomb du cratère Dolomieu (le plus grand des deux cratères sommitaux du piton de la Fournaise), et plus précisément la zone sud-ouest du cratère (près du cratère Bory) qui s’est déjà effondrée fin décembre 2003, au terme d’une crise sismique d’une intensité rare. Des milliers de séismes avaient été enregistrés, entraînant le “bouclage” complet du volcan, jusqu’à la plaine des Sables ( !) par crainte d’un épisode explosif potentiellement destructeur comme le volcan de la Réunion en a déjà été le théâtre, en 1860 notamment (retombées de blocs jusque dans les hauts de Bois-Blanc, cendres sur le pont de bateaux croisant au large de l’île). Comme pour l’épisode de fin 2003, les scientifiques estiment que cette sismicité est liée à la vidange des poches de magma présentes sous le sommet, épuisées peu à peu par l’éruption actuelle. Le déséquilibre créé serait à l’origine d’effondrements internes (d’où les séismes enregistrés), pouvant déboucher sur un effondrement de plus grande ampleur affectant la surface, accompagné donc de projections de blocs rocheux et de cendres incandescentes. Plus récemment, un tel phénomène s’est produit, en 1986, à la suite de l’éruption du Tremblet : un “pit crater” (cratère puits), nom sous lequel les volcanologues désignent ce type de formation, s’est ouvert dans le Dolomieu, large de 100 m et profond de 80 m. On peut d’ailleurs toujours voir aujourd’hui les gros blocs anguleux projetés alors sur les pourtours du cratère... Mais le niveau de la sismicité actuelle ne laisse pas pour l’instant présager l’imminence d’un tel phénomène. F.M.-A.

Pas de fissures hors enclos
L’observatoire volcanologique a survolé le massif du volcan hier avec le concours de la section aérienne de la gendarmerie. Les investigations menées à l’aide de la caméra thermique (infrarouge) de l’observatoire n’ont pas permis de mettre en évidence des “points chauds” en dehors de l’enclos. “Aucune activité, fissure ou point suspect n’a été vu dans la région au-dessus de Bois-Blanc”, précise Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire. L’hypothèse de l’ouverture de fissures en surplomb des zones habitées avait été émise en raison de la découverte, lundi matin, de l’ouverture d’une nouvelle fissure éruptive à la base même du rempart de Bois-Blanc. Voilà qui devrait soulager les habitants du secteur.

Pour randonneurs avertis
L’expédition n’est pas affaire d’amateurs. Il faut compter deux bonnes heures à des randonneurs bien entraînés pour atteindre le pied du cassé sur un terrain difficile. De la route, à 65 m d’altitude, il faut monter au bas mot jusqu’à 600 m, voire près de 700 m si l’on pousse au pied du cassé à proprement parler ! Revue de détail de l’équipement. En dépit de la chaleur étouffante, pantalon et manches longues sont de rigueur. Ne pas oublier des gants pour éviter de se retrouver avec les mains en sang à la moindre chute dans les gratons. Dans le sac à dos, 3 litres d’eau sont un strict minimum, c’est ce que nous avons consommé hier après-midi. Sur la tête, l’indispensable couvre-chef. ça cogne dur.