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ARTICLE DU 24/02/2005

Les échantillons de lave reçoivent une sacrée trempe


L’opération de prélèvements d’échantillons organisée hier sur les coulées par une équipe du laboratoire des sciences de la Terre de l’université de la Réunion ne ressemblait à aucune autre. Vincent Famin, chercheur associé au laboratoire, travaille en effet sur le dosage de l’eau et du CO2 dans la lave, présents sous forme d’inclusions.

Or, inconvénient majeur des échantillons classiques, ils sont “trempés” à l’eau, c’est-à-dire refroidis rapidement, afin de fixer au plus vite les caractéristiques de la lave qu’un refroidissement naturel à l’air libre modifierait trop. Mais ce trempage à l’eau contamine du même coup les échantillons dans lesquels on doit justement étudier la présence de cet élément ! D’où l’idée de les tremper non plus à l’eau mais à... l’azote liquide, à -180° ! Ce qui nécessite la mise en place d’une logistique très particulière. C’est Eric Delcher, ingénieur, qui a imaginé cette manip dont Patrick Bachèlery, directeur du laboratoire, pense sans toutefois le certifier qu’il s’agit d’une première. Avec lui, hier, sur les pentes du volcan : Laurent Michon, maître de conférence, Vincent Famin, principal intéressé au bon déroulement de l’opération, Guillaume Mauri, étudiant en master 2 recherche au Laboratoire Magmas et volcans de Clermont-Ferrand, en stage dans l’île, et Ludovic Letourneur, du même labo, en stage à l’université de la Réunion.

UN RÉCIPIENT SPÉCIAL

Ils n’étaient pas trop de cinq pour acheminer le matériel au bord des coulées. L’azote liquide (10 litres) devait en effet être transporté dans un récipient spécial, qui pèse à lui tout seul quatre kilos. Sans compter la pelle à prélèvement, la tenue et un bouclier anti-chaleur, de l’eau pour des prélèvements classiques... Et manque de chance, l’équipe a dû monter à pied jusqu’à plus de 800 mètres d’altitude hier dans le Grand-Brûlé pour trouver le front de coulée. Là, ils ont emboîté deux seaux, celui du dessous contenant de l’eau qui a gelé, formant une couche isolante, dès que l’azote liquide a été versé dans l’autre. Ainsi l’azote ne s’est-il pas volatilisé grâce à cette couche isotherme. Le trempage de la lave à 1 150° dans l’azote à -180° a provoqué le dégagement d’un panache blanc dense. Les efforts de l’équipe du labo des sciences de la Terre ont donc été récompensés, malgré les craintes. “L’échantillon n’a pas explosé, note Eric Delcher. Et à cette température, nous avons un trempage immédiat exceptionnel, ce qui devrait nous donner accès à une finesse d’analyse inégalée”.