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ARTICLE DU 20/02/2005
L’éruption qui a débuté jeudi soir a faibli très nettement dès la nuit de vendredi à samedi. Hier matin, plus aucun spectacle n’était visible depuis la route nationale 2 dans le Grand-Brûlé, si ce n’est des fumerolles et un peu de rouge ici et là. Alors, le piton de la Fournaise est-il en train de se rendormir déjà … ou simple pause ?

Les lueurs ont disparu du ciel du Sud sauvage

Le piton de la Fournaise s’essoufle


Le soudain affaiblissement de l’activité est tout aussi surprenant que l’incroyable rapidité avec laquelle la lave a failli menacer la route nationale 2. Ceux qui annonçaient la coulée à 1 km de la route dès l’après-midi de vendredi et la coupure de la route pour le soir même avaient mis trop de fers au feu !
Hier matin en effet, la coulée était bel et bien toute noire, figée à 1,2 km de la route nationale 2. Localisée par la section aérienne de la gendarmerie à 1,5 km de la route, vendredi vers 17 h, elle avait progressé de trois cents mètres supplémentaires dans la soirée avant de mourir dans la nuit, exsangue, au cœur de la forêt du Grand-Brûlé.
Les visiteurs les plus matinaux ont bien vu la lave hier matin, à condition d’arriver avant le lever du jour. Mais déjà, les lueurs avaient perdu toute leur vivacité. Rien à voir avec le spectacle admiré par des milliers de curieux ravis quelques heures plus tôt à peine. L’observatoire volcanologique avait d’ailleurs noté une baisse du trémor dans la nuit. Ce signal capté par le réseau de surveillance du volcan, caractéristique de l’intensité de l’activité, a continué à faiblir tout au long de la journée d’hier.

Une 2e fissure au bord du rempart de l’enclos
Au terme d’un survol réalisé à la pemière heure hier matin, grâce au concours de l’hélicoptère de la gendarmerie, Aline Peltier, membre de l’équipe scientifique de la Plaine-des-Cafres décrivait ainsi la situation : “La fissure éruptive a pu être localisée avec précision dans les Grandes pentes à 1 500 mètres d’altitude, l’activité se réduisait à quelques projections, confirmant la baisse du trémor”.
Le survol a permis d’établir la présence d’une deuxième fissure éruptive, localisée à 1 200 m d’altitude dans la plaine des Osmondes en bordure du rempart de l’enclos contre lequel elle bute. Elle émis une petite coulée, encore rougeoyante hier matin. Sa découverte a justifié des investigations supplémentaires de la part de la scientifique à bord de l’hélicoptère : on pouvait suspecter une prolongation de cette fissure au-delà des limites de l’enceinte naturelle du volcan que les Réunionnais désignent comme “l’enclos”. Un phénomène redouté puisqu’il signifie la possibilité d’une éruption hors enclos précisément, c’est-à-dire au-dessus de zones habitées. Ainsi en août 1998 une fissure éruptive s’est-elle ouverte en contrebas du Nez coupé de Sainte-Rose, émettant des coulées qui se sont heureusement taries avant de descendre vers le village de Bois-Blanc.
Or, hier matin, la scientifique n’a découvert aucune fumerolle suspecte sur le rempart à l’aplomb de la fissure.
Hier soir, le trémor éruptif continuait de baisser, ce qui pourrait indiquer la fin prochaine de l’éruption, même si d’autres signes apparus hier (lire par ailleurs), pourraient laisser penser que le piton de la Fournaise reprend peut-être tout simplement son souffle.

François Martel-Asselin








L’accès à l’enclos par le pas de Bellecombe reste interdit.

La fin ou simple pause ?
Si la sismicité a quasiment disparu en même temps que l’éruption donnait des signes de faiblesse, une demi-douzaine d’événements (magnitude maximale : 1,5) ont déclenché le système d’alarme de l’observatoire hier. Phénomène notable, des déformations ont été enregistrées plus ou moins simultanément, sans que les scientifiques en aient l’explication pour l’instant. Elles témoignent en tout cas de mouvements internes à l’édifice du volcan, où se produisent sans doute des réajustements après un début d’éruption très soutenu. Reste à savoir si le piton de la Fournaise va en rester là, même si les éruptions d’une durée de 24 à 48 heures ne sont pas rares dans son histoire très récente (septembre 2003, janvier 2004 par exemple).

Dispositif allégé dans le Grand-Brûlé
En raison de la décroissance de l’activité, la RN 2 devrait être moins visitée aujourd’hui. D’où la suppression du projet de navettes de bus initialement prévu aujourd’hui. La circulation est autorisée sur la RN 2 (elle n’a d’ailleurs à aucun moment été interdite hier entre Saint-Benoît et le Grand-Brûlé, contrairement aux informations officielles). Seul le stationnement est réglementé pour ne pas gêner la circulation.
Seul le poste de secours côté Sainte-Rose est maintenu aujourd’hui.