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ARTICLE DU 19/02/2005
Atteindra la route nationale 2, l’atteindra pas ? Les rumeurs les plus folles ont alimenté la chronique volcanique tout au long de la journée d’hier, bien loin des préoccupations de ceux qui, ailleurs dans l’île, pataugeaient dans l’eau. Le suspense promettait hier soir de se prolonger.
6 kilomètres en 24 heures
La progression de la coulée de jeudi soir à fait forte impression dans le public : on a rarement vu la lave arriver à si basse altitude en quelques heures. Une raison à cela : la fissure éruptive située à relativement basse altitude (1 700 m) directement dans les Grandes pentes (30 à 40° d’inclinaison !) a propulsé la lave comme sur un toboggan. Quand les éruptions ont pour théâtre le sommet du volcan ou le plateau qui l’entoure (entre 2 000 et 2 500 m), les coulées doivent franchir d’importants replats supplémentaires qui compromettent leur avancée.



La coulée attendue de pied ferme !


Vous n’allez pas le croire : pas une goutte d’eau n’est tombée hier matin sur le Grand-Brûlé. Mieux : de la RN 2, on pouvait contempler le sommet du volcan et le Nez coupé de Sainte-Rose, les connaisseurs apprécieront ! Les fontaines de lave rivalisaient de puissance sur la fissure éruptive située au beau milieu des Grandes pentes, au-dessus de 1 500 m d’altitude. Une coulée très large et presque jaune, signe d’une intense chaleur, décrivait un virage pour venir presque lécher la base du piton de Crac avant de s’étaler sur plus d’une centaine de mètres de large et d’entamer la descente du second cassé qui domine le Grand-Brûlé. Et là, la coulée a adopté une trajectoire un peu plus au sud que celle de 1998 qui avait justement presque atteint la route nationale 2, taillant sa route dans la végétation qui recouvre la coulée de 1961, dont elle suit le parcours.
A 5 h 30 hier matin, nuit noire dont surgit la silhouette des filaos illuminés. Le front de coulée est impressionnant de largeur et forme un mur rougeoyant et mouvant de plus de deux mètres de hauteur. Sa progression reste lente, même si des réalimentations successives, sortes d’injections sauvages venues d’en haut, semblent le pousser.

Freinée par l’atténuation de la pente
A notre départ, vers 9 h, verdict du GPS : la coulée est à 2,100 km de la route nationale 2, à 390 m d’altitude. Une équipe de l’observatoire volcanologique viendra effectuer des prélèvements peu après. Vers 12 h 30, elle annonce la coulée à environ 1, 7 km de la route. D’où viennent alors les chiffres annoncés ensuite sur les télés et radios (1,3 km), voire dans un communiqué préfectoral (1 km) ? Mystère. Et la rumeur enfle : la lave va couper la route d’ici ce soir ou en début de nuit… Selon une reconnaissance aérienne effectuée par la gendarmerie en fin d’après-midi, la coulée se trouvait finalement à 1,5 km de la RN 2 ! Du coup les prévisions étaient revues et la traversée de la route renvoyée à “très tard dans la nuit”, selon la préfecture, voire au début de matinée selon d’autres. Il est vrai que le profil du terrain, plus atténué, ajouté à la végétation de plus en plus dense à l’approche de la route, freine la coulée dont le front, hier soir, semblait progresser très doucement. D’ailleurs, le trémor éruptif avait déjà baissé sensiblement hier soir.

Une lave riche en olivine
Les laves émises au cours de la cette éruption sont riches en olivine, un minéral qui se présente sous forme de cristaux parfois assez gros, de couleur or verdâtre (des olivines sont à l’origine de la plage de l’étonnante plage de “sable” qui borde la coulée en mer de l’éruption de janvier 2002). La présence d’olivine peut être attribuée à deux phénomènes, indiquait hier Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire volcanologique :
- soit l’intensité peu commune du début de l’éruption a provoqué un brassage de la chambre magmatique au fond de laquelle s’étaient déposées les olivines par décantation du magma.
- soit leur présence est liée à une réalimentation profonde du volcan en magma. Un indice conforterait cette thèse : le piton de la Fournaise, malgré les éruptions successives, n’a pas “dégonflé” depuis 2003 et reste sous pression permanente.

François Martel-Asselin


Pour voir l’éruption
- Une règle impérative ces jours-ci : renseignez-vous sur la météo et la circulation avant de partir (bulletins météo, radios…). Inutile d’encombrer les routes alors que la circulation est déjà difficile dans certains secteurs.

-L’accès à l’enclos est toujours interdit et le restera tant que l’observatoire volcanologique continuera d’enregistrer une forte sismicité (lire par ailleurs). De toute façon, l’éruption n’est pas visible du pas de Bellecombe.

-Le plus simple : dans le Grand-Brûlé, sur la RN 2 … si l’on ne craint pas les embouteillages.

- Pour marcheurs : le Nez coupé de Sainte-Rose. Les amateurs de randonnée doivent savoir que cet éperon rocheux, qu’on rejoint en partant du pas de Bellecombe, offre un balcon sans égal sur les fontaines de lave qui jaillissent dans les Grandes pentes, même sans jumelles. Par beau temps, le panorama englobe tout l’enclos du sommet du volcan à l’océan. 700 m de vide et la plaine des Osmondes à vos pieds.
Quatre bonnes heures de marche aller retour, remontée assez exigeante (300 m de dénivelé).
A ne pas entreprendre par temps incertain pour des raisons de sécurité (et vous ne verriez rien). S’équiper comme pour une randonnée en montagne.


Séismes sous le Dolomieu
Le début d’une éruption et la libération du magma signent généralement la fin de la crise sismique qui a accompagné sa montée vers la surface et la fracturation des couches sous-jacentes. Or, une forte sismicité (un événement de magnitude 2 hier après-midi) continue d’être enregistrée par le réseau de surveillance du volcan à l’aplomb du sommet. Cette activité pourrait être liée à la vidange des chambres magmatiques : la nature ayant horreur du vide, des réajustement se produisent sous forme de probables effondrements, souvent invisibles en surface, qui pourraient éventuellement provoquer la fin de l’éruption en “coupant” son alimentation. Mais il arrive aussi qu’ils prennent une forme plus spectaculaire, potentiellement dangereuse (phénomènes explosifs). Raison supplémentaire de fermeture de l’enclos.

Pour accéder au Grand-Brûlé ce week-end
Le vendredi noir de l’éruption d’août 2004, des milliers d’automobilistes bloqués pendant plusieurs heures voire une partie de la nuit dans le Grand-Brûlé ne sont pas près de l’oublier.
Les automobilistes qui protestent le plus fort ont néanmoins une bonne part de responsabilité : le plus souvent, ce sont des véhicules mal garés qui ont contribué à la paralysie de l’étroite route nationale 2. A eux de tirer les conséquences de leur indiscipline.
Si l’organisation de l’accueil du public reste encore à définir semble-t-il, le stationnement est “interdit sur la route nationale en provenance de Saint-Benoît de la Vierge au parasol au kiosque”, indique la préfecture. Un système de navettes par bus sera mis en place par la Cirest dimanche. Il est recommandé de “privilégier l’accès routier par Saint-Pierre” …
Des équipes de gendarmes seront en place ainsi que deux postes médicaux avancés (sapeurs-pompiers) et même un hélicoptère militaire, à Saint-Philippe.