ARTICLE DU 18/02/2005
Le piton de la Fournaise est entré en éruption
hier soir, à 20 h 35, après trois heures de crise sismique intense.
La lave coulait sur les pentes nord du volcan, dans l’enclos, bien
visibles depuis la route nationale 2. Un spectacle que l’on a pu
observer du nord-est au sud de
l’île.
La Fournaise à nouveau en éruption

Première éruption de l’année ! Le piton
de la Fournaise, après une douzaine d’agitation de plus en plus sensible,
s’est réveillé hier soir à 20 h 35. En raison des mauvaises conditions
météo, l’équipe de l’observatoire volcanologique partie à pied du pas de
Bellecombe en direction du piton de Partage n’a guère pu observer autre
chose que des lueurs en direction du Nez coupé de Sainte-Rose.
En
revanche, les gendarmes de Sainte-Rose, en patrouillant sur la route
nationale 2 dans le Grand-Brûlé, ont pu observer distinctement des coulées
qui semblaient importantes, comme cela est souvent le cas en début
d’éruption. Même si la nuit gênait l’appréciation de la situation, ils
estimaient néanmoins qu’elles suivaient le trajet de la coulée de janvier
2002.
Selon le témoignage du cinéaste Alain Gérente, les fontaines de
lave se situaient peut-être vers 1 500 m d’altitude, en surplomb de la
plaine des Osmonde, au nord-ouest du piton de Crac. La fissure éruptive
était parfaitement visible de la route nationale 2.
Les coulées
Descendent
Le piton de la Fournaise, après une première phase
d’agitation dans le courant du mois de décembre, s’était calmé. Puis, à
partir du 4 février, la sismicité a augmenté graduellement, variant entre
10 et 50 séismes par jour, de faible intensité. Cette activité s’est
accompagnée de déformations traduisant le gonflement du volcan.
La
préalerte a été déclenchée hier à 11 h 30 par la préfecture.
Hier, le
réseau de surveillance de l’observatoire volcanologique a détecté les
premiers signes d’une crise sismique à 13 h. Une centaine de séismes se
sont succédé pendant environ deux heures avant un retour à un calme tout
relatif. La préfecture déclenchait l’alerte 1 à 15 h 30, l’enclos étant
aussitôt interdit au public et fermé, tout posé d’hélicoptère étant
interdit.
Puis à 17 h 38 débutait la crise sismique qui allait
déboucher sur l’éruption, trois heures plus tard à peine. Des centaines de
séismes, dont le plus élevé de magnitude 1,6, étaient enregistrés par
l’observatoire, à l’aplomb du bord nord du sommet du cratère Dolomieu, à
partir du niveau de la mer. La relative longueur de la crise s’explique
peut-être par la migration latérale du magma vers le flanc nord-est du
volcan, puisqu’il semble être sorti hier soir à relativement basse
altitude et à bonne distance du sommet.
Un trémor volcanique est apparu
à 20 h 35, signant l’arrivée à l’air libre du magma … et l’activation de
l’alerte 2 par la préfecture. Le trémor a augmenté sensiblement vers 20 h
50. Vers 0 h 45, le front de coulée, très large, semblait avoir atteint la
rupture de pente qui domine le Grand-Brûlé, son altitude étant estimée à
environ 800 m.
• Les phases d’alerte
- La préalerte correspond,
aux termes du plan de secours spécialisé (PSS) éruptions volcaniques
publié en 1992, à “une situation d’activité géophysique anormale”. Cette
situation peut se terminer par un retour à un niveau d’activité normal
(préalerte levée), se maintenir pendant une période quelconque (de un jour
à plusieurs semaines) ou déboucher sur une crise éruptive (on passe en
alerte).
- Alerte n° 1 : éruption imminente. “L’observatoire détecte
les signes d’une crise intrusive qui selon toute probabilité se traduira
par une sortie de lave”. L’accès à l’enclos devient interdit. En l’absence
de sortie de la lave, il est possible de revenir en préalerte.
- Alerte
n° 2 : éruption dans l’enclos.
-Alerte n° 3 : éruption hors enclos.
“Cette étape traduit la détection d’activité vers les zones basses”. Les
communes de la côte sont averties du risque de coulées. Dernières en date
: août 1998, mars 1986, avril 1977.
François
Martel-Asselin
• Accès à
l’enclos interdit
L’accès à l’enclos est interdit depuis hier
15 h 30. Une météo très changeante régnait hier soir au niveau du
pas de Bellecombe.
L’éruption, la nuit dernière du moins, était
parfaitement visible de la route nationale 2 dans le
Grand-Brûlé.
Une reconnaissance aérienne devrat être menée ce
matin par la gendarmerie pour localiser précisément l’activité et
évaluer la progression des coulées.