Les habitants sereins face à une possible évacuation

Le volcan alimente depuis quinze jours les conversations. C’est un sujet incontournable dans l’île, mais certainement davantage dans les zones habitées proches du piton de la Fournaise, entre Bois-Blanc et Piton Sainte-Rose. Ici, le risque d’évacuation est bien réel. Tout le monde garde en mémoire celles de 1977 et de 2002. Pourtant, l’affolement n’est pas de mise. La plupart des habitants prennent cette menace avec philosophie. “Bien sûr, on y pense. On s’informe et une solidarité s’est nouée entre habitants. Les voisins qui ont des véhicules emmèneront ceux qui n’en ont pas”, explique Annabelle Langlois, une étudiante de 19 ans, qui a toujours vécu à Bois-Blanc. Pour d’autres, il est hors de question de lâcher son chez-soi sauf à voir la lave sur le seuil : “J’ai assisté à de nombreuses éruptions depuis soixante-trois ans, mais je n’ai jamais évacué ma demeure, ni en 1977, ni en 2002. Je suis comme un capitaine, je ne quitterai jamais mon navire”, souligne Jean-René Docteur.
A vingt ans, Jonathan Mussard, derrière le comptoir du Snack de l’enclos dans le même village a confiance dans le dispositif mis en place par les autorités : “C’est rodé, ce sera la même technique qu’en 2002, et ils nous préviendront à temps”, explique-t-il sereinement. Même son de cloche à Piton Sainte-Rose : “Le volcan fait partie de notre quotidien. L’évacuation n’est pas notre principal souci et les secours savent y faire”, explique Denis Baussillon, qui habite ici depuis cinq ans. Depuis bien longtemps, tous sont habitués aux colères du volcan. Mais cette sérénité ne parvient pas à étouffer quelques craintes. “Quand un cyclone passe on peut toujours reconstruire sa maison, mais la lave c’est autre chose”, lâche Jean-René. A Bois-Blanc, Marie-Rose Prost, sur le seuil de la maison de ses parents, est elle plus inquiète : “En 2002, j’étais partie pour Piton Sainte-Rose. Aujourd’hui, on a préparé les papiers importants, quelques vêtements et fait le plein d’essence”. Entre prudence et fatalisme, les habitants de ces zones vivent pourtant cette nouvelle éruption sans trop s’en faire, tout en espérant que le Piton les épargnera une nouvelle fois.
Bruno Graignic
Annabelle Langlois, étudiante de 19 ans, et Jean-René Docteur,
63 ans, ont toujours habité Bois-Blanc. Ils affichent une véritable sérénité face aux colères du volcan.