Des coulées à nouveau en vue de la RN 2

L’observatoire volcanologique enregistre à nouveau des séismes sous le sommet du piton de la Fournaise ; le trémor volcanique, après une pause dans la journée, avait atteint hier soir son niveau le plus élevé depuis le premier jour de l’éruption. A quoi faut-il s’attendre désormais ? Ce débordement d’énergie a en tout cas permis à une première vague de coulées, hier en fin d’après-midi, d’atteindre le haut du Grand-Brûlé. Les spectateurs présents sur la RN 2 ont vu un véritable fleuve orangé basculé dans le dernier cassé. Puis elles se sont figées là, noircissant à vue d’œil. L’explication est venue du Nez coupé de Sainte-Rose où des témoins ont vu le cratère niché dans le rempart à 1 500 m d’altitude s’ouvrir brusquement, à la tombée de la nuit, libérant des cascades de lave allant envahir la plaine des Osmondes. De ce fait, sans doute les très longs tunnels (plus d’un kilomètre selon l’observatoire volcanologique) qui alimentaient la coulée arrivant sur le Grand-Brûlé n’ont-ils plus été alimentés... Après ce faux départ, vers 23 h 30, une nouvelle vague de lave, décrite comme très impressionnante, faisait son apparition sur les dernières pentes. A minuit, elle avait atteint le Grand-Brûlé. On en était là selon les dernières informations disponibles. Et personne hier soir ne se risquait à livrer un pronostic sur l’évolution de l’éruption dans les jours à venir.
Malgré la fréquence des éruptions, les volcanologues amateurs et les simples curieux ne se lassent pas. C’est un spectacle toujours aussi prisé par les badauds. Ainsi, hier vers 15 h 30, à l’endroit même où le volcan a craché une immense langue de lave en août 2004, plusieurs dizaines de personnes scrutent son sommet. Armés de jumelles et d’appareils photo, ils veulent voir le géant cracher sa bile. Il y a bien sûr les touristes comme ce couple d’Alsaciens en vacances, mais aussi cette petite famille de Saint-Joseph qui s’y rend depuis deux jours : “On ne vient pas à chaque fois, mais là on voulait voir ça de près”. Un garde de l’Office national de la forêt a improvisé un petit observatoire de l’autre côté de la RN 2 pour, dit-il, “faire de la pédagogie sur le volcan”. Une attention apprécié par les curieux. “La vache, ça crache !”, s’exclame celui-ci. “C’est magnifique”, renchérit cet autre. Ce sont des gerbes de plusieurs dizaines de mètres de haut avec une lave à plus de 1 100 degrés. Mais rien encore de comparable avec la coulée qui va démarrer quelques heures plus tard .
F.M.-A.L’accès à l’enclos du volcan, réautorisé vendredi, est à nouveau interdit au public depuis hier 11 h, en raison de l’accroissement de la sismicité sous le sommet qui peut laisser présager un effondrement brutal sous le cratère Dolomieu. L’accès au point de vue du Nez coupé de Sainte-Rose reste autorisé la journée entre 6 h et 17 h 30. La remontée vers les coulées du Grand-Brûlé à partir de la route nationale est interdite. Par ailleurs, l’observatoire volcanologique a enregistré des séismes dits “longue période”, témoignant “de mouvements de magma en profondeur”. “Une sortie hors enclos ou la propagation de fissures éruptive plus bas en altitude sont envisageables”, rappellent les scientifiques.

Le volcan a toujours des fans qui attendent de voir

En fin d’après-midi, les coulées ont descendu les dernières pentes au-dessus du Grand-Brûlé. Mais la RN 2 était encore loin, à plus de 3,5 km de là (photo Bruno Graignic)

Les scientifiques de l’observatoire volcanologique, après le mauvais temps de ce week-end, ont pu enfin effectuer une reconnaissance et opérer des prélèvements de lave dans la plaine des Osmondes où les coulées étaient accessibles (photos Aline Peltier / OVPF).

Hier en fin d’après-midi au Nez coupé de Sainte-Rose, le cratère dans le rempart de Bois-Blanc bouillonne et les coulées traversent désormais la plaine des Osmondes dans toute sa longueur pour basculer en direction du Grand-Brûlé (photo Ysabelle Gomez)