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ARTICLE DU 09/01/2006

Bois-Blanc et Piton Sainte-Rose sous haute surveillance


L’observatoire volcanologique a enregistré hier une augmentation soutenue de l’activité. En raison du risque d’une éruption hors enclos, les scientifiques ont recommandé hier soir aux autorités d’accentuer la surveillance visuelle des hauts au dessus des zones habitées.

L’éruption du 26 décembre entre aujourd’hui dans sa troisième semaine sous le signe d’une possible menace pour la zone habitée qui va de Bois-Blanc à Piton Sainte-Rose. C’est la teneur du message insistant adressé hier en fin d’après-midi par le responsable de l’observatoire volcanologique aux autorités : “Vu l’augmentation de l’activité du trémor éruptif depuis deux jours, écrit Thomas Staudacher, il est possible et probable que des coulées de lave actives sont sorties de la plaine des Osmondes et entament la descente dans les Grandes pentes. Une reconnaissance à partir de la route nationale dans le Grand-Brûlé est vivement conseillée. ”Il est également important de surveiller visuellement la zone hors enclos en dessous du Nez coupé de Sainte-Rose jusqu’à Piton Sainte-Rose, poursuit le scientifique. Une progression du dyke vers le nord-nord-est, donc dans la région hors enclos, ne peut être exclue. Il est par conséquence important d’effectuer des rondes régulières entre le Grand Brûlé et Piton Sainte-Rose pour assurer des observations visuelles”.

Un cas différent de l’éruption de février 2005


L’incertitude la plus complète régnait en fait hier sur l’évolution possible de l’activité du volcan. En raison du mauvais temps, aucune reconnaissance aérienne n’a été possible depuis 48 heures et les prévisions pour ce lundi ne laissent rien présager de mieux. Déjà accrues depuis la veille du week-end, les patrouilles de gendarmerie se sont faites plus intenses. L’état-major de protection civile se déclarait en “préalerte” hier, l’ONF devant être mobilisé à compter de ce matin. La situation actuelle n’est pas sans rappeler celle de février 2005. Alors que la lave sortait d’un cratère perché vers 1 600 m d’altitude, mais à quelque distance du Nez coupé de Sainte-Rose, l’observatoire volcanologique avait déjà enregistré un important accroissement du trémor éruptif. Quelques jours plus tard débutait une activité sismique intense (ressentie à Bois-Blanc) et la lave sortait le lendemain vers 450 m d’altitude d’une nouvelle fissure (sans doute un prolongement souterrain de la fissure précédente) s’ouvrant dans le rempart de l’enclos, au trou Caron. Le dyke (fissure souterraine par laquelle s’infiltre le magma) n’avait pas pu franchir le rempart de Bois-Blanc contre lequel il avait buté. Et la lave s’était écoulée vers la mer à l’intérieur de l’enclos. La situation actuelle est toutefois sans doute différente : on se souvient que le 26 décembre, une première fissure éruptive a fonctionné quelques heures à 2000 mètres d’altitude, avant que le dyke l’alimentant poursuive sa progression en direction du nord-est. Mais butant contre l’obstacle du rempart de l’enclos sous le Nez coupé de Sainte-Rose, le magma a jailli là à flanc de rempart. Avec l’augmentation de l’activité, les scientifiques s’interrogent donc désormais sur la reprise possible de la progression de la fissure éruptive au-delà de cette enceinte naturelle qui protége habituellement les zones habitées.

F.M.-A.

À Saint-Rose, les besoins en cas d’évacuation sont déjà recensés

La mairie de Sainte-Rose, à travers une équipe de permanence, est sur le qui-vive “depuis le début de l’éruption”. Le directeur de cabinet du maire, Laurent Fontaine, qui fait partie de l’équipe de permanence, précise que la municipalité est constamment informée de l’évolution de la situation à travers les données et autres bulletins reçus directement de l’observatoire. Et“le risque est le même qu’au premier jour. Ni plus ni moins élevé”, affirmait-il hier soir, serein. “On se tient prêt à épauler les services de l’État qui auront la tâche de coordonner toutes les actions, à travers un poste de commandement avancé. En cas d’évacuation, la mairie mettra tous les moyens nécessaires, en fonction des événements et des besoins de l’opération”. En fait, conformément aux préconisations du plan de secours spécialisé volcan, dans sa version remaniée publiée au mois d’octobre 2005, de nombreuses dispositions sont prises sans attendre un événement éruptif. La municipalité sait que dans le cas extrême, il faudrait évacuer un bon millier d’habitants des deux villages les plus menacés, à savoir Bois-Blanc et Piton-Sainte-Rose. Comme le prévoit encore le plan, établi en collaboration avec les collectivités locales concernées, les personnes à mobilité réduite (handicapées, sous dialyse ou âgées et isolées), au nombre d’une vingtaines, sont recensées. Il en est de même pour les écoles et autres bâtiments publics susceptibles de servir de centres d’hébergement. Les moyens logistiques comme les barrières, les panneaux et même les ... porte-voix sont également prêts. Laurent Fontaine rappelle les leçons tirées des éruptions d’avril 1977 et de janvier 2002 qui avaient nécessité l’évacuation de la population. “Le nouveau plan volcan offre une procédure simplifiée, l’objectif est d’aller directement à l’opérationnel”.