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ARTICLE DU 08/01/2006

Le risque d’une éruption hors enclos resurgit
La plaine des Osmondes vue du Nez coupé de Sainte-Rose (photo A.M.)


Depuis mercredi, le réseau de surveillance du volcan enregistre une hausse continue du niveau de l’activité sans que le volume des coulées augmente. Aussi l’hypothèse d’une propagation souterraine de la fissure éruptive au-delà du rempart de Bois-Blanc revient à l’ordre du jour.

Depuis vendredi soir, les patrouilles de gendarmerie scrutent les Hauts de Sainte-Rose avec une attention toute particulière. L’observatoire volcanologique a informé les autorités du risque d’ouverture de nouvelles fissures éruptives hors enclos, donc au-dessus des zones habitées. Même si rien ne leur permet d’affirmer qu’un tel événement va se produire, les scientifiques se méfient. L’éruption du 26 décembre semblait bien stabilisée lorsque, à partir de mercredi, le trémor éruptif, assez bas par rapport au premier jour de l’éruption, a amorcé une reprise lente mais régulière. Son niveau a finalement triplé en trois jours. L’inquiétude n’aurait pas été de mise si l’on avait assisté à une recrudescence des coulées qui sortent d’une fissure située dans le rempart de l’enclos dans la plaine des Osmondes. Or, ce n’est pas le cas : les observations de ces derniers jours (voir photos en dernière page) montrent des coulées bien actives certes, mais qui ne progressent pas outre-mesure. Les chercheurs de l’observatoire se demandent donc si du magma ne s’écoule pas ailleurs. Le dyke (terme en usage pour désigner le canal d’alimentation de la fissure éruptive depuis la cheminée centrale du volcan) qui s’est mis en place le 26 décembre a peut-être repris sa progression. Ce qui n’est pas du tout contradictoire avec l’absence de séismes comme on enregistre lors d’une entrée en éruption du piton de la Fournaise. Les scientifiques parlent d’une progression “silencieuse” (leur réseau sismique “n’entend rien”) parce que le magma se fraye un passage dans des zones connues comme très fracturées, n’opposant donc pas de résistance.

Deux exemples : 1986 et 1998


Les chercheurs de l’observatoire ont assisté par deux fois à une telle évolution de l’activité vers les zones hors enclos. La première fois en mars 1986 : alors qu’une éruption a débuté dans l’enclos, près du Nez coupé du Tremblet, la fissure éruptive reprend sa progression souterraine et un nouvel évent éruptif s’ouvre hors enclos cette fois, dans les hauts du village du Tremblet. La seconde en août 1998 : au cours de l’éruption qui a débuté au mois de mars précédent, la fissure éruptive du piton Kapor reprend sa progression, “saute” le rempart de l’enclos et la lave jaillit dans les hauts du village de Bois-Blanc. Heureusement, les coulées s’arrêteront bien avant de l’avoir atteint. L’éruption de 1977 (Piton Sainte-Rose) a peut-être fonctionné de la même manière... mais l’observatoire n’existait pas encore. La détection d’une telle migration de l’activité vers les zones hors enclos est délicate car ces dernières bénéficient d’une couverture nettement inférieure à l’enclos lui-même. Et, manque de chance, les trois nouvelles stations mises en œuvre à Noël dans la région de Piton Sainte-Rose Bois-Blanc ont été touchées par la foudre du 31 décembre. Hier soir, les gendarmes de Sainte-Rose continuaient de patrouiller la route des radiers en attendant d’être relayés à 1 h du matin par une autre unité. Ce matin, l’observatoire volcanologique doit procéder à une reconnaissance aérienne des zones hors enclos, annulée hier pour cause de mauvais temps.

F.M.-A.