Brouillard volcanique

Comme embrumée. Empoussiérée. Au-dessus de certaines régions de l’île flottait, hier, une légère brume blanchâtre. Notamment à Saint-Denis et à Saint-Philippe. C’est l’éruption actuelle du volcan qui serait à l’origine de ce phénomène. Une évidence pour l’Observatoire réunionnais de l’air (ORA). Même explication pour Météo France Réunion qui aborde aussi une autre éventualité : des particules en suspension liées à l’humidité de l’air, en raison des importantes pluies de ces derniers jours. Le réseau de surveillance de l’ORA a relevé sur tous ses capteurs des villes du littoral “une augmentation des concentrations de poussières” explique son directeur, Bruno Siéja. “Des particules très fines dont le diamètre aérodynamique est inférieur à 10 micromètres, les PM10. Les poils du nez ne les arrêtent pas et elles pénètrent dans l’appareil respiratoire.”
Cette “brume”, cette “diminution de visibilité”, selon Jacques Ecormier, prévisionniste de Météo-France Réunion, a été limitée par “des vents relativement modérés avec des rafales de 60-70 km/h dans le Nord, le Sud et l’Est.” Des vents qui favorisent le brassage, l’évacuation du “nuage” de poussières. Selon les prévisions, ces vents, de plus faible intensité sans doute la nuit dernière, devraient reprendre de la vigueur aujourd’hui. Un hic de taille toutefois : on ne connaît pas la composition de ces “poussières”. Aucune étude n’est menée à ce sujet. Aussi, il n’existe pas de seuil d’alerte horaire pour ce type d’émissions, pour réagir dans l’urgence (comme pour le récent pic de dioxyde de soufre du 21 décembre à Saint-Louis par exemple). Il n’existe que des normes à la journée et à l’année. Mais pas de quoi s’inquiéter pour autant : les relevés d’hier n’ont rien d’alarmant. Toutefois, “ces poussières peuvent poser problème aux asthmatiques” A l’ORA, on conseille à ces malades d’éviter les surventilations, les activités physiques et sportives pour limiter tous risques d’insuffisance respiratoire. Ces phénomènes à répétition (lire en “Repère”) interpellent le directeur de l’ORA : “On ne sait pas ce que respire la population proche du volcan à Piton Sainte-Rose, à Mafate, à la Plaine-des-Palmistes, à Bourg-Murat...” Dans la plupart des villes du littoral, grâce à des capteurs performants, on connaît les résultats le jour même. A proximité du piton de la Fournaise, on installe des capteurs temporaires lors des éruptions et uniquement pour relever les valeurs de dioxyde de soufre émis. Un dispositif qui nécessite un délai de traitement de six semaines en laboratoire. Par exemple, il est encore trop tôt pour connaître les relevés du dégazage ayant accompagné l’éruption d’octobre dernier dans le cratère Dolomieu ! En cours de synthèse, ses conclusions devraient être communiquées sous peu. Alors le responsable de l’ORA poursuit dans son idée. Il réclame, à proximité du volcan, un système identique à celui des villes. “Nous pourrions recevoir des fonds européens à hauteur de 60 % mais il manque 40 % de financements locaux ou nationaux. Une problématique locale, qui n’est pas prise en compte”, regrette le scientifique. Parallèlement, l’Observatoire de l’air projette, en lien avec divers partenaires locaux, d’étudier les effets de ces émissions volcaniques sur la santé de la population au pied de la Fournaise. Une initiative qui, elle aussi, attend des financements pour pouvoir démarrer.
Claire DamonC’est le Centre consultatif de cendre volcanique de Météo-France à Toulouse qui a donné l’alerte hier matin, vers 3 h, en appelant Philippe Kowalski, le scientifique de permanence à l’observatoire volcanologique. Christian Meltz, l’un des prévisionnistes toulousains rapporte : “Mon collègue qui travaillait la nuit dernière a contacté l’observatoire car il avait détecté sur l’image satellite de minuit (heure Réunion) un nuage qui pouvait correspondre à un panache d’éruption volcanique, culminant vers 5 000 m sur l’ouest de l’île. L’observatoire lui a affirmé que l’éruption en cours depuis quelques jours ne produisait aucun panache, ce qui a été confirmé par les images suivantes. Ce nuage était un nuage tout à fait banal.” Banal peut-être... sauf que quelques heures plus tard le nord de l’île se réveillait en découvrant un curieux banc de brume flottant au-dessus de sa tête. S’il ne s’agissait certes pas de cendre, il y avait bien “quelque chose” pourtant.
On pourrait être flatté que Météo-France Toulouse suive avec autant d’intérêt l’activité du piton de la Fournaise. A juste raison, les volcans font l’objet d’une surveillance rapprochée afin que soit assurée la sécurité de la navigation aérienne notamment. De rares mais parfois graves incidents ont au cours des décennies passées mis en péril des avions de ligne (réacteurs “asphyxiés” par des cendres montant jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres d’altitude, avec arrêt des moteurs). Le centre de Météo-France de Toulouse, qui fait partie des quelques centres consultatifs de cendre volcanique existant de par le monde, explique : “Le rôle des VAAC en anglais : Volcanic Ash Advisory Center est de localiser et de prévoir le déplacement des nuages de cendre volcanique. Celui de Toulouse utilise un modèle de transport et dispersion de particules radioactives développé par Météo-France à la suite de l’accident nucléaire de Tchernobyl.” Le mot "cendre volcanique" désigne les particules de roche pulvérisée relâchées dans l’atmosphère lors d’éruptions fortement explosives. Pour la période historique, le piton de la Fournaise n’a qu’exceptionnellement émis de tels produits. Dans la région, il en va parfois différemment pour le Karthala, qui a fait l’objet d’un simple avis du VAAC de Toulouse lors de son entrée en éruption, début décembre dernier. Mais de nombreux volcans ailleurs dans le monde font l’objet d’avis quasi permanents.
L’éruption qui a débuté le 26 décembre se poursuivait hier au ralenti. Une reconnaissance a permis de noter la présence de deux coulées actives qui ne dépassent pas la moitié de la plaine des Osmondes, restant à plus de 1 100 m d’altitude. Quelques projections sont encore visibles depuis le Nez coupé de Sainte-Rose. L’équipe de l’observatoire a poursuivi hier la remise en état de ses réseaux endommagés par la foudre dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier.
En juin 2001, pour la première fois, le réseau de surveillance de l’ORA a relevé, à 60 km du site de l’éruption
du piton de la Fournaise, une augmentation des valeurs de dioxyde de soufre (SO2). Même problème de pollution
lors de l’important dégazage qui avait accompagné la fin de l’éruption de février 2005, particulièrement
spectaculaire en raison de la présence d’un anticyclone qui, à l’image d’un couvercle, avait empêché la
dispersion des gaz volcaniques. La Réunion avait été recouverte par un véritable brouillard, un épais nuage de
fumée gris-bleu.

C’est cette image satellite qui a attiré l’attention du centre spécialisé de Toulouse dans la nuit de dimanche
à lundi : si le “nuage” suspect n’est pas un panache volcanique, de quoi s’agit-il ? (document Météo-France)