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ARTICLE DU 30/12/2005

L’éruption tire peut-être à sa fin
Hier matin, plus une seule coulée digne de ce nom visible à l’horizon. Ô, rage, Ô désespoir. La chaleur et la moiteur de l’air ont de quoi désespérer.

L’activité enregistrée par l’observatoire volcanologique a encore baissé. Elle n’atteignait plus hier qu’un quart de son niveau du début. Toutefois, le trémor éruptif s’est stabilisé depuis hier matin. L’activité visible a quant à elle sérieusement baissé. On pourrait donc penser que l’éruption va s’éteindre tranquillement de mort lente. Mais cela reste à confirmer. Les coulées se sont bel et bien figées à 2,1 km de la route nationale 2 dans le Grand-Brûlé, après avoir encore parcouru environ 500 mètres au cours de la nuit de mercredi à jeudi. Elles se sont arrêtées à 380 mètres d’altitude, un peu en dessous du niveau du trou de Sable. L’observatoire a mené une nouvelle reconnaissance aérienne avec la gendarmerie hier matin. Aucune activité hors enclos (au-delà du rempart) n’a été détectée, ni visuellement, ni à l’aide de la caméra infrarouge dont dispose l’observatoire). De même, aucun séisme n’a été enregistré au niveau du site éruptif ou en dehors de l’enclos. De nombreux séismes sont toujours enregistrés sous le sommet, atteignant des magnitudes comprises entre 0,5 et 2.

Lundi soir, le piton de la Fournaise avait mis le feu au ciel et personne ne pouvait ignorer qu’une éruption était en cours. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le volcan a en partie tiré le rideau, mais sur la route au-delà de Saint-Benoît vers le Grand Brûlé c’est l’affluence des grands soirs, malgré la pluie en première partie de nuit. Généralement, le public se presse en début de nuit puis, vaincu par la fatigue, plie bagages. Au petit matin, le volcan joue en général pour lui-même ou pour quelques admirateurs particulièrement passionnés. Cette fois et bien que le piton de la Fournaise fasse désormais un show a minima dans le Grand Brûlé, la nationale au pied des rampes de Bois-Blanc et le site de la coulée de 2004, les deux points d’observation privilégiés, sont envahis. Au-delà du deuxième cassé, les nuages qui planent sur la plaine des Osmondes masquent les fontaines de lave. Dans la pente, quelques traînées lumineuses rouges orangés signalent la présence des coulées. C’est peu mais le public ne boude pas son plaisir. En dépit de l’interdiction clairement affichée, certains audacieux n’hésitent pas à s’élancer sur les anciennes laves refroidies pour tenter d’atteindre les fronts de coulée. Peu avant 5 h, l’un d’entre eux paie sa témérité d’une cheville “explosée” selon son expression, preuve que l’on ne doit pas plaisanter avec les difficultés du volcan.

EN ROUTE POUR LE FRONT

Mais, jusqu’où la lave descend-elle ? Mercredi soir, les dernières observations fixaient le front le plus bas à 2,700 km de la route. Difficile de se faire une idée avant que le jour ne se lève. On distingue bien quelques langues de feu accrochées dans le deuxième cassé, un superbe débordement illumine même l’obscurité et dans le Grand Brûlé quelques tâches lumineuses mais impossible d’évaluer la distance. Alors que l’aube commence à éclairer le Grand Brûlé et que nous remontons sur les coulées de 1998, le tableau prend forme. Sur la droite un petit panache de fumée signale une coulée qui descend le long de la végétation. Elle a dépassé le point haut du trou de Sable. Mais, c’est sur la gauche que les coulées ont le plus progressé. Abandonnant la coulée de 1998, nous partons à leur rencontre. Avant même d’atteindre le front, le bruit ne trompe pas. Impression d’une équipe de randonneurs invisibles marchant sur des gratons et les faisant s’ébouler. Dans le ciel tournoient des papangues comme affolés par ce phénomène qui les dépasse. Un mur de roches avance insensiblement. Ce n’est guère spectaculaire mais très impressionnant. Par moment des écailles se détachent laissant apercevoir des cicatrices qui saignent des perles dorées. Un bloc éboulé après l’autre, la coulée ne semble même plus avancer. A ce rythme, elle n’est pas près d’épouser la route ! Le GPS rend son verdict. Nous sommes en ce début de matinée à 2,2 km de la route et à 385 m d’altitude. La coulée a gagné moins de 500 m dans la nuit. Le front le plus bas se situe donc maintenant en dessous du trou de Sable. Les paris sont ouverts. La lave atteindra-t-elle la nationale ? La diminution de l’activité sur le site de l’éruption invite à la réserve. Mais dans un passé tout récent, le piton de la Fournaise n’a pas manqué de nous surprendre par des rebondissements auxquels personne ne s’attendait vraiment. Alors, pourquoi pas cette fois pour finir l’année en beauté ? Se prennent à rêver tout haut certains spectateurs sur le bord de la route...

Alain Dupuis François Martel-Asselin


Peut-on encore voir l’éruption ?

Sur la route nationale 2, en raison de l’affaiblissement de l’activité, il n’y a plus grand-chose à voir depuis hier matin. Seuls des sursauts éruptifs ou l’éclatement de tunnels de lave pourraient fournir l’occasion de se consoler (maigrement) désormais. Le front de coulée est en tout cas figé et noirci. Les éventuelles coulées visibles sont à plus de 4 kilomètres. Au Nez coupé de Sainte-Rose, selon un membre de l’observatoire volcanologique présent sur le site hier après-midi, le spectacle avait beaucoup perdu de sa splendeur, les projections devenant plus faibles, les coulées diminuant de volume. Mais des surprises sont toujours possibles, au moment où l’on s’y attend le moins, dites-le vous. Il suffit de se trouver au bon endroit, au bon moment. Question de chance tout simplement.

Interdiction de monter vers les coulées

Bien que l’éruption semble s’essouffler sérieusement, le préfet a pris hier des mesures encore plus drastiques concernant l’accès des visiteurs aux points de vue sur l’éruption.



Sur le front de coulée figé hier matin, seuls quelques blocs rougeoient une fois détachés de la masse minérale. Déception des volcanologues amateurs (photos F.M.-A).>

Des drôles de visiteurs, pas toujours équipés, souvent dépourvus du minimum vital du randonneur qui se respecte.