Gare à la chute des cheveux... de Pélé

On les voit à peine et pourtant ils recouvrent les sols du Sud sauvage depuis avant-hier. Les “cheveux de Pélé”, ces fines aiguilles de lave produites par l’éruption volcanique actuelle (explication sur leur formation dans notre édition d’hier) sont transportés au gré des vents et dispersés depuis 48 heures dans les pâturages des hauts du Sud sauvage. La chambre d’agriculture a incité les éleveurs des zones touchées à “la plus grande vigilance pour eux et leurs animaux, et à prendre pour leurs troupeaux un minimum de précautions.” Les conseils sont simples : maintenir autant que se peut les animaux à l’intérieur des bâtiments et éviter, dans la mesure du possible, de les faire pâturer à l’extérieur. Extrêmement fins et cassants, ces produits volcaniques représentent un danger certain pour les bêtes qui les absorbent avec le fourrage. Ils viennent se ficher dans la paroi intestinale et peuvent provoquer des hémorragies internes. Mickaël K’Bidy, un jeune éleveur et producteur de lait de 27 ans à Saint-Joseph, a dû cesser son activité il y a deux jours depuis que ses sept hectares de pâturage ont été recouverts de ces fils de lave dorés. “J’ai dû jeter toute une parcelle de fourrage, constate Mickaël. J’attends maintenant de voir comment mes vaches vont réagir. Il est possible que certaines meurent.” Pour l’heure, comme tous les éleveurs dans son cas, il attend la pluie qui viendra lessiver les sols. Mais s’il ne pleut pas, c’est son autre parcelle de fourrage qui sera inutilisable. Mickaël, lui, revendique déjà une perte sèche de 5 000 euros, qui pourrait encore doubler selon lui. Actuellement, il a rentré ses bêtes et devra certainement les nourrir avec sa réserve de fourrage constituée pour l’hiver prochain. “Cela veut dire qu’il n’y en aura plus pour l’année prochaine”, ajoute-t-il. A terme, la présence des cheveux de Pélé pourrait bien avoir des conséquences sur la production laitière. “Les vaches laitières sont des animaux très sensibles, expliquent Sébastien Gigan, technicien de la chambre d’agriculture. Elles sont habituées à paître dehors. Enfermées, elles risquent fort de stresser et de produire beaucoup moins.”
Pierre Verrière