Retour...
ARTICLE DU 30/12/2005

“Y’a rien de plus beau”
Photo souvenir pour une nuit rouge inoubliable. Ils n’étaient qu’une poignée, ce soir-là, à avoir bravé le froid pour admirer le spectacle.

Il y a deux façons d’admirer l’éruption : d’en haut ou d’en bas. D’en haut, c’est au Nez coupé de Sainte-Rose que le spectacle est le plus impressionnant. Illustration lors d’une nuit rouge au-dessus des laves en compagnie de quelques privilégiés.

Y aller ou pas ? Poursuivre la descente dans cette purée de pois avec l’incertitude de ne rien voir de plus que cette immense tache rouge qui nous nargue depuis Sainte-Suzanne ? Ou remonter à la voiture ? Dilemme. Minuit au piton de Partage, à une demi-heure de marche du pas de Bellecombe. Y aller ou pas ? Une famille de randonneurs, qui vient d’arriver par le chemin du gîte du volcan s’interroge, elle aussi, en observant l’épaisse masse nuageuse. Kenny, le petit dernier de 10 ans, commence à trouver qu’il fait froid : “Volcan i chauffe pa ?”, demande-t-il, intrigué. Rire étouffé de sa maman, Mado : “Il vaut mieux pas pour toi”. Assis dans les broussailles, Christian, le papa, est de son côté déjà prêt à piquer un roupillon sur place. Laurianne, l’aînée, semble trouver l’idée intéressante. Quant à Simon, le tonton, il aimerait bien savoir à quoi ressemble “le paysage en plein jour”. Y aller ou pas ? Le temps passe et personne ne semble capable de prendre une décision. Enfin, un randonneur qui remonte le sentier met d’un coup tout le monde d’accord. “Y’a tout là-bas”, lâche-t-il entre deux respirations. Plus d’hésitation. Le petit groupe se met en marche. Direction le Nez coupé de Sainte-Rose.

Piste glissante


Au début, le sentier serpente dans la végétation, monte et descend. Descend surtout en provoquant parfois de bonnes glissades. Sur la droite, on devine par endroit les Grandes pentes, plongées dans une obscurité totale. La troupe trottine à bonne allure, pressée de découvrir enfin ce qui se cache derrière cette lueur rouge qui emplit une bonne partie du ciel. Un couple de randonneurs, en pleine ascension, laisse planer le mystère. “C’est pas mal”, soupirent-ils, visiblement bien décidés à économiser leur souffle plutôt qu’à palabrer sur la Fournaise. Kenny est intrigué : “Est-ce qu’il y a RFO là-bas ?” Pas de réponse. 45 minutes de marche : les muscles commencent à tirer. “Je ne savais pas que c’était si grand la Réunion”, plaisante tonton Simon. Qui se rassure quelques minutes plus tard : “Heureusement qu’il est cassé ce nez”. Les pieds par moment trébuchent sur une racine d’arbre invisible dans l’obscurité. Le petit groupe commence à faire l’accordéon. Une gorgée d’eau. Encore un effort.

Vraiment impressionnante


Et puis au bout d’une dernière montée, les randonneurs de la nuit atteignent une plate-forme de quelques mètres carrés de laquelle ils découvrent l’incroyable spectacle. 500 mètres en contrebas, des fontaines de lave jaillissent dans le vide. Le magma en fusion dévale alors la pente en gros bouillon, véritable cascade de feu dont on perçoit, par intermittence, le bruit sourd. Plus bas, au milieu de la plaine des Osmondes, c’est une immense rivière de lave qui dessine ses arabesques rouge-orangé, puis finit par se perdre là-bas, dans le noir, tout au bout de l’horizon. Venus du Tampon et de l’Etang-Salé, Véronique, Karine, Lénaïc et Jean-Luc observent le tableau depuis une heure. Des éruptions, ils en ont vu d’autres, mais celle-là, “elle est belle. Vraiment. Impressionnante”. Emmitouflée dans son anorak, Véronique, qui “commence à cailler”, trouve surtout que “c’est bien d’être venu de nuit. Au niveau des couleurs, c’est plus sympa”. Tonton Simon, lui, est en train de saturer la carte mémoire de son appareil numérique. “C’est la première fois que je vois ça. C’est extra”, glisse-t-il entre deux clichés. Mado, “passionnée du volcan”, est plus prolixe. “C’est sublime, y’a rien de plus beau. En plus, celle-ci est vraiment spectaculaire”. Christian, le papa, a déjà oublié la fatigue. Scotché depuis 10 minutes devant la scène, il en est désormais convaincu, cette petite marche de nuit “ça valait le coup”. Finalement, il n’y a que Kenny qui semble un peu déçu. Non, RFO n’est pas là. Mais quand même, il trouve que l’éruption de la Fournaise, “c’est bien”.

Jean-Benoit Beven Bunford


Mardi matin, la lave fuse du rempart à jet continu. Mais entre-temps, le niveau de l’activité a été divisé par quatre, selon l’observatoire volcanologique. Ce spectacle n’est donc plus qu’un beau souvenir (photos Stéphan Laï-Yu).



Projetée dans le vide, la lave en fusion dégringole le long de la pente avant d’aller alimenter l’immense rivière de feu qui serpente vers la mer (photos J-B.B.B).







La foule s’impatiente hier matin au pas de Bellecombe : malgré l’heure matinale, le quota de visiteurs autorisés à partir vers le Nez coupé de Sainte-Rose est atteint. Il faut attendre leur retour... (photo OVPF)