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ARTICLE DU 28/12/2005

Les étrennes du piton de la Fournaise
Hier matin, une dizaine d’heures après l’ouverture de la seconde fissure éruptive dans les Grandes pentes, entre 1 600 et 1 500 mètres d’altitude environ. Le Nez coupé de Sainte-Rose, formidable éperon rocheux, domine ce long toboggan qui mène vers le littoral. Les spectateurs peuvent s’y rendre, la journée seulement. Un point de vue extraordinaire mais qui se mérite (4 h de marche aller-retour depuis le pas de Bellecombe)


Le volcan est un esprit facétieux, mais Vulcain est un Dieu de parole. Depuis le début du mois, après le bref sursaut du 29 novembre, le piton de la Fournaise envoyait des signaux aux scientifiques de l’observatoire volcanologique laissant présager une éruption prochaine. A deux reprises, la lave a jailli. La première phase éruptive, lundi après-midi, n’aura été qu’un feu de paille. La seconde, au pied du Nez Coupé de Sainte-Rose semble s’installer dans la durée. Hier soir déjà, elle drainait des cohortes de curieux. En partant du Grand Brûlé, nous sommes partis à la rencontre des fontaines de lave qui s’élancent dans le ciel de la plaine des Osmondes.

Pour ce qui pourrait être sa dernière prestation de l’année - mais sait-on jamais ? -, le piton de la Fournaise a bien fait les choses. Il y a eu le feu de paille à l’est du cratère Magne lundi soir, mais pour l’éruption au pied du Nez Coupé de Sainte-Rose, notre volcan a soigné sa communication. Passé Sainte-Suzanne, le ciel est tendu vers l’est d’un rideau jaune orangé, reflet des projections sur le panache volcanique dans un ciel dépourvu de tout nuage. Au fur et à mesure que l’on s’approche du Grand Brûlé, il devient de plus en plus difficile de situer le lieu exact de l’éruption. La lave a-t-elle jailli dans la partie haute ou la partie basse de la Plaine des Osmondes ? Au milieu de la nuit, sur la nationale à hauteur de la coulée 2004, les projections qui montent vers le ciel sont bien visibles mais ne permettent pas pour autant de localiser le phénomène. Quatre heures du matin, Alain et Laurent sont partis en éclaireurs. Avec Willy, nous nous mettons en route sur la coulée de 1998. Elle permet d’éviter en grande partie les gratons dans l’ascension vers le pied du premier cassé.

LE PIÈGE DES GRATONS


La lune est à son dernier quartier. Pas facile de retrouver la discrète trace qu’un Petit Poucet du volcan a dessinée sur le sol. Les passionnés du piton de la Fournaise le connaissent tous mais en gardent jalousement le secret. Une fois installé sur “le rail”, on commence à prendre en douceur de l’altitude. Il arrive qu’on le perde dans la nuit noire. Le seul éclairage, à l’exception des frontales, est la lueur orangée qui plane en lisière du dernier cassé qui marque la partie basse de la Plaine des Osmondes. Le jour se lève et derrière nous le Grand Brûlé se dessine au fur et à mesure comme une carte en relief avec à l’horizon le bleu de l’océan. Nous finissons par quitter le “confort” relatif de la coulée de 1998 pour affronter les gratons de celle de 2005. Il commence à faire chaud et devant nous se dresse le redoutable obstacle du deuxième cassé. Un pas en avant, deux en arrière. Les pierres ne cessent de rouler sous les pieds dans la montée. Impression désagréable de ne pas avancer. La végétation est d’un maigre secours. Les T-shirts se trempent de sueur et dans les bouteilles le niveau de l’eau baisse dangereusement. Au sommet du cassé, une surprise désagréable. Nous espérions trouver l’éruption dans la partie basse de la Plaine des Osmondes. Elle est en fait adossée au Nez Coupé de Sainte-Rose.

DES GERBES DE FEU


Le spectacle est à couper le souffle. Les fontaines de lave s’élancent vers le ciel. Du fait de la pente, elles retombent en dessinant des gerbes de feu. La lave s’échappe à gros bouillons et dévale le rempart. Les coulées s’étalent dans la Plaine des Osmondes. Nous ne résistons pas à la tentation d’aller y voir de plus près. Les laves cordées de l’éruption de 2005 ont heureusement tracé un véritable boulevard qui permet de progresser rapidement. Au fur et à mesure que l’on s’approche, nous sommes envahis par le grondement sourd qui, pour une fois, trouble le silence de la Plaine des Osmondes. Ce sont les pulsations du cœur du piton de la Fournaise. Il nous souffle au visage une haleine chaude parfumée de vapeurs soufrées. A mesure que nous approchons, le spectacle gagne en démesure. Nous sommes encore assez loin de l’éruption mais déjà les fontaines de lave se font à chaque pas plus impressionnantes. Des blocs en fusion partent à la dérive sur des fleuves de feu. Nous n’irons pas plus loin. Certaines des coulées tangentent le rempart, dressant une barrière infranchissable. Il n’y a plus qu’à poser les sacs et à jouir de la prestation, une fois de plus unique du piton de la Fournaise. Nous sommes tous des passionnés du volcan. Des éruptions, nous en avons vu beaucoup mais nous ne nous en lassons pas. D’ailleurs, qui pourrait se dire blasé par une prestation d’une telle démesure ? Les nuages commencent à envahir la Plaine des Osmondes. Il est temps de plier bagages. Les coulées ont continué à progresser. Nous passons devant les deux fronts qui cliquettent sous la pression des gratons en fusion qui poussent par derrière. La descente du deuxième cassé se révèle une redoutable épreuve, aussi difficile à négocier dans ce sens que dans l’autre. Alors que nous progressons sur la coulée de 1998 pour rejoindre la nationale, les coulées franchissent la limite du cassé. La séance de nuit s’annonce grandiose. Le piton de la Fournaise sait soigner son public d’admirateurs.

F.M.-A






Prélèvements à risques


A chaque éruption du piton de la Fournaise, les scientifiques de l’observatoire volcanologique procèdent à des prélèvements afin de déterminer la composition de la lave. Envoyées sur le terrain, Aline et Carole, membres de l’équipe de l’observatoire volcanologique, ont joué de malchance. La rapidité du flux combinée à la chaleur de la coulée ont eu raison de la pelle à prélèvement. Le bricolage tenté par Alain n’y aura rien changé. La pelle trop courte n’a pas permis de ramener des échantillons prélevés au cœur de la coulée et aussitôt trempés dans l’eau pour figer leurs caractéristiques. L’utilisation de l’hélicoptère aura cependant permis de faire des relevés GPS comparatifs afin de voir comment s’est ouverte la fissure éruptive du rempart de Bois-Blanc et de connaître sa largeur.