La Fournaise s’est levée tôt mardi matin. Et le soir-même, elle s’est recouchée, aussitôt rendormie... Bref, moins de quatorze heures d’activité, qui font de cette éruption l’une des plus brèves de ces dernières années. L’observatoire volcanologique n’a pu procéder à aucune inspection ou évaluation de l’ampleur des coulées. Pourtant, il en aurait eu bien besoin, car l’éruption a peut-être mis hors d’usage un élément clé de son réseau d’instruments : l’extensomètre de la Soufrière, chargé de mesurer l’écartement d’une fissure, qui avait permis ces dernières années de détecter à long terme le gonflement du volcan et donc son entrée en activité. Cet équipement a cessé de transmettre des données une quinzaine de minutes après le début de l’éruption, ce qui laisse craindre qu’il ait été recouvert par une coulée, ou que son électronique ait été “grillée” par des gaz brûlants remontant par la fissure en question. De toute façon, le mauvais temps a persisté hier sur le massif du volcan, empêchant toute visibilité et toute reconnaissance par les agents de l’ONF en vue de la réouverture de l’enclos au public. Elle a été remise à ce matin. Ils vont devoir s’assurer de l’état des sentiers du sommet, vraisemblablement mis à mal : l’itinéraire de la Soufrière a de toute façon été coupé par la fissure éruptive. Quant au sentier qui relie la Soufrière au Bory, les gendarmes, qui ont assuré l’évacuation du public mardi matin, ont rapporté la présence de fissures, mais n’empêchant pas le passage. En revanche, le sentier en bordure du rempart de l’enclos menant du pas de Bellecombe au piton de Partage est à nouveau ouvert. Pour quelle raison a-t-il d’ailleurs été fermé ?, nous interrogions-nous hier. L’observatoire volcanologique n’ayant émis aucune réserve sur ce site d’observation idéal de l’éruption, l’ONF n’ayant émis aucune réserve technique concernant l’état du sentier et du point de vue, parfaitement sécurisé avec des filets pour prévenir toute chute depuis 1998, il faut chercher l’explication à la préfecture où l’on déclare s’être inquiété d’un afflux possible de visiteurs le long d’un sentier d’accès qui présenterait des ouvertures sur le rempart. Pour respecter cette logique imparable, on conseille donc vivement à la préfecture d’interdire la circulation sur la route nationale 1 dès l’annonce de la présence de baleines : on sait que les automobilistes se massent de manière dangereuse et incontrôlée sur les bandes d’arrêt d’urgence, au risque d’accidents. Comme on sait l’Office national des forêts assez chatouilleux sur la sécurité et que cette institution n’avait semble-t-il suggéré aucune restriction, nous y a-t-on affirmé hier, on peut s’étonner, comme les visiteurs présents le matin de l’éruption, de ce zèle. Mieux vaudrait donc que les services de l’État adoptent une position claire sans attendre encore la prochaine éruption pour se pencher sur la question, puisque ce sentier, déjà, a été fermé sans raison sérieuse lors des deux dernières éruptions.
L’activité au plus bas hier soir
Une ou plusieurs fissures se sont également ouvertes sur le flanc nord, partant pratiquement du sommet du volcan, à l’ouest de la Soufrière (environ 2 600 m). Au cours d’une reconnaissance à pied, dans le brouillard puis sous la pluie, l’observatoire volcanologique a pu identifier un point d’émission principal à 2 370 mètres d’altitude, au-dessus du piton Kapor (mars 1998) et du piton Célimène (février 2000). Les scientifiques ont été surpris par le peu de projections, contrastant avec des coulées assez rapides et au débit soutenu. Ils ignorent jusqu’où la lave est allée. Dès midi, le trémor éruptif (vibration de la cheminée volcanique, indicateur du niveau de l’activité) a chuté et, hier vers 15 h 45, le réseau de surveillance n’enregistrait plus qu’un trémor résiduel, très faible donc. Cette situation persistait hier soir, même si un bref sursaut a pu laisser penser à une “suite” en fin de soirée. Un scientifique assurait la veille à l’observatoire pour parer à toute éventualité.
L’enclos reste fermé au public. Le poser d’hélicoptères est interdit.
F.M.-A.
- Neuf éruptions de moins de 24 heures en 25 ans Les éruptions “éclairs” (disons arbitrairement : moins de 24 heures) du piton de la Fournaise paraissent peu fréquentes. Certes, il suffit de remonter au 30 septembre 2003 pour une éruption de douze heures seulement sur le flanc ouest du volcan. Mais ensuite, la précédente remonte au 18 janvier 1990 (17 heures). Poursuivons : 26 novembre 1986 (éruption de 20 heures dans le cratère Dolomieu), 13 juillet 1986 (6 heures), 19 mars 1986 (une phase de 8 heures dans l’enclos, précédant l’éruption hors enclos de Saint-Philippe), 14 juin 1985 (24 heures) 13 juillet 1979 (17 heures), 28 mai 1979 (une quinzaine d’heures). Soit un total de neuf éruptions d’une durée égale ou inférieure à vingt-quatre heures pour les vingt-cinq dernières années au cours desquelles se sont produites environ 50 éruptions. A côté de ces éruptions éclairs se sont déroulées quelques éruptions d’une durée de moins de quarante-huit heures, ce qui finalement fait augmenter un peu le nombre des éruptions qu’on pourrait qualifier de courtes : on n’en compte pas plus de cinq pour la même période. Il ne semble pas qu’on trouve d’éruption d’une durée allant de deux jours à une semaine durant la même période. Sur vingt-cinq ans, quinze éruptions sur cinquante auraient donc duré moins de deux jours. Dans la période récente, celle du 9 janvier 2004, dans les Grandes pentes, avait duré une trentaine d’heures.