Et la montagne se mit à flamber

Hier, il y a avait ceux qui y étaient et les autres, beaucoup d’autres. Les veinards qui se trouvaient sur le pas de Bellecombe, aux aurores hier matin, s’en rappelleront toute leur vie. C’est vers 6 h 30 du matin que le spectacle a commencé. A croire que le piton n’a pas daigné se réveiller sans avoir son public à ses pieds tel un roi capricieux. Le temps est alors dégagé, la vue sur le piton imprenable... Et l’accès à l’enclos interdit. Massée derrière les barrières qui bordent le rempart, l’assistance a retenu son souffle. Dans un grondement sourd, les premiers geysers de lave sont apparus. Et puis très vite, des rivières de feu ont commencé à se frayer un chemin sur les pentes du volcan, entraînant avec elles un panache de fumée bleue. Les crachotements d’un mini-cratère dans le Dolomieu en octobre dernier étaient certes déjà impressionants mais là c’est la montagne elle-même qui s’est mise à flamber. Parmi les veinards, beaucoup de touristes comme souvent en cette saison et des randonneurs qui s’apprêtaient à s’élancer sur le sentier. Ce sera pour une autre fois, mais l’événement balaye toutes les frustrations. On mitraille avec son appareil photo numérique, on téléphone aux amis. On profite simplement, en silence. Et puis le temps s’est rapidement gâté. Peu après 9 h, un rideau de nuages avaient déjà recouvert la scène, suivi de près par la pluie. Derrière cette purée de pois, impossible alors de distinguer quoi que ce soit. Ce qui n’a pourtant pas découragé les retardataires, bien décidés à voir la fin du spectacle. Malheureusement, un barrage de gendarmerie (excès de zèle) installé au tout début de la route du volcan en a forcé un grand nombre à rebrousser chemin, au motif que l’accès au site volcan était interdit à cause de l’éruption ( ?). Dommage pour eux car manifestement, il s’agissait d’un malentendu, dissipé peu après. Le barrage a finalement été levé, laissant les cars et les voitures prendre la direction du pas de Bellecombe. Mais pour eux, hélas, les nuages avaient définitivement gagné la partie, pour cette fois.
Pierre Verrière