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ARTICLE DU 17/11/2005

Une autre route pour aller au volcan

L’itinéraire alternatif de sept kilomètres relierait Bras Piton au piton Textor, en empruntant à peu près le tracé du sentier qui relie déjà le piton Textor à La Plaine-des-Palmistes (carte IGN).


C’est le projet touristique, voire économique de La Plaine-des-Palmistes, dixit son maire par délégation, Jean-Marc Marianne. Ce dernier a déjà sollicité la Région et la Cirest pour que le projet aboutisse dans les meilleurs délais : une piste forestière de sept kilomètres qui relierait la commune au piton Textor et à la route du volcan. La Mission Parc comme l’ONF, eux, restent à convaincre.

Sur la carte, quelques kilomètres à combler... Pour La Plaine-des-Palmistes, un enjeu nécessitant une mobilisation générale. Une mobilisation en ordre de marche depuis l’élaboration du Scot Est, pour lequel les communes étaient invitées à réfléchir sur l’avenir touristique de la micro-région. Pour la commune des hauts, la réflexion est toute faite : devenir la seconde porte d’entrée sur le volcan. Avec un projet d’itinéraire alternatif de sept kilomètres, sous la forme d’une piste forestière d’une emprise de 8 à 10 mètres, depuis la rue Émile-Evan, au Bras-des-Calumets, vers le piton Textor. En fait, le point le plus court entre le territoire Est et la région du volcan. Un projet jugé porteur économiquement, comme nécessaire “pour le désenclavement du piton de l’Eau et du volcan”, selon une note sommaire de la commune.

Projet majeur

D’une surface de 8 400 hectares, le territoire de la Plaine est situé pour plus des 2/3 sur le haut plateau entre le rempart Sud-Est (piton Saint-François, piton Cabris, piton Textor) et le rempart de la Rivière-de-l’Est. Une zone agrémentée de nombreux pitons, rappelle la municipalité (pitons de Caille, des Cabris, des Tangues, des Brèdes...) et faiblement valorisée par des élevages bovins seulement dans la zone du Piton de l’Eau. Des élevages jugés “très extensifs” avant 1990, mais “mieux maîtrisés ces dernières années avec la mise en place de conventions avec l’ONF”. Problème : l’exigence de la part des éleveurs d’une meilleure desserte, en parallèle à la réalisation d’abris et de structures. Selon les services techniques de la commune, l’ébauche d’itinéraire - jouxtant le sentier piton Textor - présenterait une topographie favorable, malgré un relief assez pentu avec passage d’une ou deux ravines. L’action a été inscrite au PADD (Projet d’aménagement et de développement durable), annexé au PLU, dans le cadre de l’organisation de la mise en scène du carrefour urbain du Bras Piton, autour de l’accès au volcan. Reste à engager des études pour vérifier la faisabilité ou non du projet. Son coût : entre 3 et 4 millions d’euros estime la municipalité, qui attend de rencontrer la Région sur le sujet. Pour le maire par délégation de la commune, Jean-Marc Marianne, “quel projet assurera un aussi bon retour sur investissement pour la Plaine”. L’élu reste persuadé que l’afflux de visiteurs serait bénéfique pour la commune, comme pour la micro-région Est en général.

Un “cul-de-sac”

En jugeant que l’itinéraire actuel, depuis Bourg Murat, “avec retour par la même voie et essentiellement sur l’Ouest et les plages”, ne procure aucune retombée économique pour l’Est en général et La Plaine-des-Palmistes en particulier. L’enjeu serait également sécuritaire, alors que sur l’actuelle route du volcan, “en cul-de-sac”, on a pu constater les problèmes posés lors des éruptions volcaniques avec des milliers d’automobilistes immobilisés”. La municipalité a déjà contacté l’ONF et présenté le projet devant le conseil communautaire de la Cirest. En réponse, la mairie s’est vu retourner des avis plus que “mitigés” de la part de l’Office des forêts, comme de la Mission Parc. “La commune reste malgré tout déterminée, alors que nous avons déjà plus que montré notre attachement aux questions de l’environnement et au projet de parc national en lui-même”, estime le premier magistrat par délégation. Et d’estimer qu’il faut “faire la différence entre figer un territoire ou participer à son développement en ayant toujours l’environnement au cœur des préoccupations”. Ferme, Jean-Marc Marianne souhaite voir le projet aboutir dans les meilleurs délais, avec un premier coup de pioche au plus tard en 2008.

Philippe Madubost


L’ONF “extrêmement réservé”

Même si l’aspiration est jugée “légitime”, l’ONF a déjà rendu un avis “extrêmement réservé”, sur le projet, dans une note datée de juillet dernier et paraphée par son ancien directeur. D’un point de vue stratégique, l’Office estime que les produits d’accueil déjà en cours d’étude “devraient contribuer à faire de La Plaine-des-Palmistes un des hauts lieux de la pratique écotouristique à La Réunion”. Ses attentes, en termes de retombées touristiques, “devraient donc être mesurées” en regard de différents projets, en cours, ou à l’étude : la Maison de la Petite Plaine, la mise en scène du futur délaissé de la RN3 ou encore un renforcement des itinéraires pédestres. Du point de vue routier, la comparaison entre le projet et celui de l’amélioration de la RN3 est, elle, jugée “non pertinente”, “la question posée ne portant pas tant sur la question du raccourcissement de la durée du trajet que sur la diversification d’une découverte des paysages, à mesurer à l’aune des coûts associés”. Et donc de la possibilité de financer les deux opérations. Quant à la faisabilité, l’ONF juge que l’ouverture d’une voie supposerait, “dans de telles pentes”, des largeurs d’emprises entre 15 et 20 mètres, soit un danger d’atteinte au paysage, dans des milieux préservés et protégés. Si cela ne suffisait pas, l’Office rappelle également que les risques de glissement, d’ampleur variable, existent dans l’essentiel de la zone basse du massif. En conclusion, “l’impératif de conservation devrait l’emporter sur les attraits imaginés quant aux retombées économiques d’un tel projet”. Dans tous les cas, la réalisation d’une étude de faisabilité, puis éventuellement de programme, est jugée indispensable.