Aline Peltier, le volcan passionnément

La volcanologue Aline Peltier est de cette espèce en voie de disparition. Sa passion à elle, ce sont les volcans. Elle a pris une nouvelle dimension en 1996 lors d’un séjour dans les îles Éoliennes, archipel italien en forme de chapelet de cônes volcaniques en activité : “J’ai eu cette chance de faire l’ascension du Stromboli en éruption”, se souvient la jeune femme.
De retour en France, sa décision est prise : elle deviendra volcanologue. Et l’époque où la jeune femme rêvait de devenir gendarme semble désormais bien lointaine. De cette furtive vocation née au cours de la petite enfance, elle conserve sans doute la rigueur et discipline qui l’accompagnent aujourd’hui dans tout ce qu’elle entreprend. Son baccalauréat scientifique en poche, l’étudiante frais émoulue entame des études de géologie à la faculté de Nancy. Petit à petit, elle se rapproche ainsi de son but, chacune de ses années universitaire étant inévitablement sanctionnée par la mention bien. “C’est une étudiante très brillante”, se félicite Patrick Bachelery, son codirecteur de thèse au laboratoire des sciences de la Terre de l’université de la Réunion. Après sa maîtrise de géologie qui lui permet de découvrir pour la première fois le piton de la Fournaise à l’occasion d’un stage à l’observatoire volcanologique de Bourg-Murat, Aline obtient l’an dernier son DEA de volcanologie à l’université de Clermont-Ferrand. Ancrée au cœur de la chaîne des Puys, la capitale auvergnate reste un passage obligé pour les étudiants français désireux de faire de la volcanologie leur métier. Dans ce milieu très masculin - pour ne pas dire macho - Aline ne se laisse pas marcher sur les pieds : “On la surnommait madame Claque-claque parce qu’elle nous mettait des baffes dès qu’on la taquinait un peu trop”, plaisante Guillaume, l’un de ses amis et camarade de promo, lui aussi passionné de volcan. Cette débauche d’énergie, elle la canalise dans le sport, dont la randonnée, une activité dont il vaut mieux être familier lorsqu’on étudie un volcan sur le vif et non dans les livres.
Et comme dans tout ce qu’elle entreprend, cette battante atteint les sommets. En 2002, elle décroche ainsi un titre de championne de tennis des Vosges et de Lorraine. Même si depuis son arrivée à la Réunion, son métier de volcanologue ne lui permet plus de frapper la petite balle jaune aussi souvent qu’elle le voudrait. Car la thèse à laquelle elle s’est attelée depuis maintenant un an accapare la plupart de ses journées. Son emploi du temps se répartit désormais entre l’étude du volcan à l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise et l’université de Saint-Denis où elle donne des cours aux étudiants en géologie : “C’était une volonté de notre part d’avoir un étudiant qui scelle le lien entre ces deux institutions que sont l’observatoire et le laboratoire de volcanologie”, précise le géologue Patrick Bachèlery. Et de rectifier : “Je considère d’abord Aline comme une de mes collègues et non comme une étudiante”. Dans son travail de recherche, le volcan reste au centre de ses préoccupations, il bénéficie de sa part d’une attention quasi quotidienne. Son rôle en tant que scientifique ? Etudier sous toutes les coutures les éruptions survenues ces sept dernières années afin de construire un modèle permettant de mieux comprendre le système d’alimentation du volcan en magma. Prendre 1998 comme point de départ de son étude n’est pas un choix arbitraire : “Avant cette année-là, le piton de la Fournaise n’avait pas connu d’éruption depuis six ans”, commente Aline Peltier. Situation effectivement assez exceptionnelle pour un volcan qui reste rarement inactif plus de deux ans. “Mon travail consiste donc à essayer de savoir si la lave des nouvelles éruptions provient de la même source d’alimentation que celle de 1998 ou d’autres chambres magmatiques plus superficielles.” Pour tenter d’y parvenir, la volcanologue dispose de nombreuses données, rcueillies par le réseau de surveillance de l’observatoire. “Au final, on a beaucoup de paramètres à analyser mais plus on compare un grand nombre d’éruptions et mieux on parvient à comprend le phénomène.” En période d’éruption, ce rituel de recueil des données s’intensifie davantage. Nuits d’astreinte à l’observatoire, analyse du trémor éruptif*, et prélèvements de lave à 1 200 degrés Celsius viennent en effet s’ajouter à la somme de travail hebdomadaire : “Lors de la dernière éruption, on se rendait deux fois par semaine dans le cratère Dolomieu pour effectuer les prélèvement de lave.”
Mais depuis que le piton de la Fournaise a retrouvé son calme, la pression est redescendue d’un cran à l’observatoire de Bourg-Murat. L’occasion pour Aline de se consacrer pleinement à son travail de recherche : “D’ici quelques semaines, elle va publier son premier article scientifique, chose que peu d’étudiants parviennent à accomplir dès la fin de leur première année de thèse”, se félicite Thomas Staudacher, à la fois directeur de l’observatoire du piton de la Fournaise et deuxième directeur de thèse d’Aline. Mais si la jeune femme peut encore espérer rester trois ans à la Réunion, le temps de soutenir son travail, son avenir de scientifique à l’observatoire est loin d’être assuré. Faute de crédits de recherche suffisants, l’université de la Réunion n’aura en effet peut être pas l’opportunité d’employer cette volcanologue de talent. Qu’importe ! la jeune femme cultive déjà d’autres ambitions : “Mon rêve est de pouvoir travailler sur les volcans explosifs comme la Soufrière et le Saint Helens. Les volcans péruviens et africains sont également très intéressants car très peu étudiés.” Sportive accomplie, d’une opiniâtreté à toute épreuve, elle envisage de participer à l’édition du semi-raid de l’an prochain. L’entraînement d’Aline, ce sont ses sorties répétées sur ce volcan qu’elle aime tant. De jour comme de nuit, elle est capable de marcher pendant des heures sur le terrain accidenté de ce territoire à la fois hostile et imprévisible.
Grégory Fléchet
