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ARTICLE DU 21/10/2005

Le public ne restera plus à la porte du volcan

Désormais, une fois l’éruption stabilisée et après reconnaissance, la réouverture de l’enclos peut avoir lieu. “La durée de fermeture doit être adaptée au risque”, souligne la préfecture.


Le piton de la Fournaise a failli prendre de vitesse la préfecture. Ç’aurait été dommage : le plan de secours spécialisé volcan révisé organise désormais les conditions d’accès et d’accueil des visiteurs. Il a été signé juste à temps pour rouvrir l’enclos au premier week-end de la dernière éruption. Ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps.

La réouverture au public de l’enclos, quatre jours à peine après le début de la dernière éruption, il y a deux semaines, n’est pas anodine. Malgré la fermeture nocturne du site, pas forcément justifiée, elle tranche avec la frilosité légendaire des préfets successifs : le mot avait dû passer de l’un à l’autre, donné par leur prédécesseur dont le souvenir de la pagaille de l’éruption de mars 1998 doit encore hanter les nuits. De fait, la nouvelle version du plan de secours spécialisé (PSS) volcan, publiée le 7 octobre, tente de mettre fin à un malentendu tenace. En reconnaissant aux Réunionnais leur relation forte avec le volcan, il admet enfin qu’il n’y a aucune raison de les en déposséder. “Il n’est pas question d’interdire l’accès, mais de l’organiser”, corrigeait récemment le préfet Laurent Cayrel en réponse aux réticences du nouveau directeur de l’ONF dont l’institution a été mise en cause après l’accident mortel d’août 2003. Sur ce sujet délicat, les lacunes du plan volcan initial de 1992 sautent aujourd’hui aux yeux : si l’interdiction d’accès à l’enclos du volcan y était prévue, pas une ligne n’évoquait sa réouverture et encore moins les conditions du rétablissement de l’accès du public. La nouvelle version du plan, au contraire, consacre un chapitre entier à la gestion de l’accès aux sites éruptifs. Il définit les modalités d’accès à l’enclos lors des éruptions “en conciliant les impératifs de sécurité” et “les mesures à mettre en œuvre pour la gestion des grands rassemblements et de la circulation en cas de coupure de la RN 2 par la lave (sur la base des enseignements tirés des éruptions d’août 2004 et de février 2005) ou lorsque l’éruption est visible depuis le pas de Bellecombe (mars 1998).”

Un effort d’information

En préambule, indique le texte, “la durée de fermeture de l’enclos pour des raisons évidentes de sécurité, ordonnée lorsqu’une éruption est imminente, doit être adaptée au risque”. Ensuite, il distingue trois cas de figures : éruption “dans le cratère Dolomieu ou proche du sommet” ; sur les flancs du volcan à une altitude “relativement basse” ; “non visible depuis le sommet”. Dans les deux premiers cas, “lorsque l’éruption est stabilisée et selon les observations constatées sur le terrain suite à la reconnaissance conjointe préfecture - gendarmerie - observatoire volcanologique - ONF, l’accès à l’enclos et au lieu de l’éruption pourra être autorisé après balisage par l’ONF”. Le principe d’une telle reconnaissance constitue une nouveauté : jusqu’alors, en son absence , les services concernés avaient tendance à se faire tirer l’oreille. En cas d’éruption dans une zone éloignée du sommet, “l’accès à l’enclos est autorisé dans les plus brefs délais”, sans que soit nécessaire une reconnaissance du sommet. Dans tous les cas, le plan prévoit des “consignes précises, sur des supports fixes, inaltérables et bien visibles”, assorties d’une “mise en garde sur les dangers potentiels” et invitant au “respect de l’itinéraire balisé et des interdictions des zones non autorisées” faute de quoi “l’État et l’ONF dégagent toute responsabilité des risques sic pouvant survenir aux biens et aux personnes”. L’Office national des forêts, dans la foulée, est invité à accroître son effort d’information : conseils d’équipement appropriés au terrain volcanique et au public particulier des éruptions, constitué souvent de simples marcheurs occasionnels, peu préparés à affronter une randonnée en montagne. L’information régulière et la plus large devient une priorité, avec ce souhait : “C’est par la connaissance des risques encourus (...) que les visiteurs pourront se rendre sur le site d’une éruption en adoptant un comportement responsable et discipliné”.

François Martel-Asselin


Les niveaux d’alerte révisés


La nouveauté la plus visible du plan de secours spécialisé volcan, édition 2005, réside dans la refonte du système d’alerte. Ainsi, la “préalerte” laisse place à la “vigilance volcanique” (en vigueur pour la première fois depuis mercredi soir, après la levée de l’alerte 2 par la préfecture), instituée par analogie avec la “vigilance cyclonique” ; le niveau d’alerte 3 (éruption hors enclos) disparaît, ce risque devenant une simple composante de l’alerte 2 d’éruption en cours.

Vigilance volcanique.
- Cette phase traduit une situation d’activité sous le massif de la Fournaise : activité sismique (séismes) et déformations (gonflements) du volcan pouvant conduire à une éruption (quelques jours à plusieurs semaines). L’enclos reste ouvert au public Alerte 1 : éruption imminente.- Le réseau de surveillance de l’observatoire volcanologique détecte les signes d’une crise sismique qui, selon toute probabilité, se traduira par la formation d’une fissure éruptive dans les heures qui suivent. Le public est évacué et l’enclos est fermé.

Alerte 2 :
Deux situations sont à prendre en considération. L’éruption ne présente pas de menace directe pour la sécurité des personnes et des biens (éruption confinée dans l’enclos). L’éruption présente une réelle menace pour la sécurité des personnes et des biens (éruption très proche des remparts, avec possibilité de prolongement des fissures éruptives hors enclos, menaçant de couper la route nationale, ou éruption hors enclos menaçant des zones habitées).

La montagne, espace de liberté...

Les proches de la victime de l’accident mortel survenu au cours de l’éruption d’août 2003 risquent de sursauter, tant certains détails du dispositif d’accueil du public semblent répondre aux griefs formulés (en vain) à l’encontre des services de l’État devant le tribunal administratif. Les nostalgiques regretteront néanmoins que soit jetée aux orties la notion d’“espace de liberté” accolée à l’image de la montagne. Les années 80 ne sont pas si loin pourtant où, en dehors de toutes contraintes, le capitaine à la tête de la compagnie de gendarmerie de Saint-Pierre en personne n’hésitait pas à se mettre en route dès l’annonce d’une éruption. Pas en hélicoptère, mais à pied, accompagné de quelques gendarmes, voire d’agents de l’ONF si l’éruption se produisait de jour. Cet équipage, pot de peinture à la main, traçait un itinéraire. Et l’ouverture au public suivait ... selon l’humeur du préfet en poste et sans trop de façons. Au moins savait-on que l’éruption était à portée de randonneur et non pas “inaccessible” voire “dangereuse” comme on nous l’a souvent martelé sans autre argument pour justifier le maintien de la fermeture de l’enclos ces dernières années. Précieux alliés de l’observatoire volcanologique, ces hommes possédaient un sens, une connaissance du terrain, une curiosité que la frilosité ambiante a peu à peu émoussés chez beaucoup de leurs successeurs. Ce sont pourtant eux qu’on rend garants des conditions d’accueil du public, sans leur en donner vraiment les moyens. On ose espérer que le futur Parc des Hauts, à l’image du parc national des volcans d’Hawaii, fort de ses rangers familiers des éruptions, fournira des propositions dans ce domaine.

Le MEA CULPA de l'administration

“Les conditions d’accès au volcan en période d’éruption ont souvent suscité beaucoup de mécontentement et de critiques dans la mesure où l’accès à l’enclos demeurait presque systématiquement interdit pendant toute la durée de chaque éruption”.
“L’objectif est de permettre à la population de bénéficier du spectacle de son volcan dans des conditions de sécurité maîtrisées associées à une véritable démarche d’information et de responsabilisation des visiteurs sur les sites éruptifs”.

Bientôt un “guide volcanique” Un dépliant à l’image de celui qui existe déjà pour la saison cyclonique va prochainement voir le jour, réalisé par la préfecture en collaboration avec l’observatoire volcanologique. Ce dépliant d’information passera en revue les risques liés aux éruptions.