Quand la Fournaise boucane, les asthmatiques toussent-ils ?

Si le volcan boucane un peu plus depuis mercredi, comme l’ont noté des agents de l’ONF présents sur le site, l’Observatoire réunionnais de l’air (ORA), faute d’un réseau de capteurs permanents autour du massif du volcan, est dans l’attente d’analyses dont les résultats lui parviendront dans quatre à six semaines seulement. Certes, il n’y a pas de quoi s’alarmer si l’on s’en tient aux mesures effectuées sur la qualité de l’air à Saint-Denis, Sainte-Suzanne, Le Port, Saint-Paul et Saint-Louis. “Le vent a favorisé la dispersion des gaz”, explique Bruno Siéja, directeur de l’ORA. Dans ces villes, les capteurs fonctionnent de manière automatique et en continu. Les résultats sont connus dans la journée. En revanche, aux alentours du volcan, ce n’est pas encore le cas. Certes, en prévision de l’éruption qui a débuté le 4 octobre, un réseau de surveillance des concentrations en dioxyde de soufre (avec neuf capteurs) a été installé au pas de Bellecombe, à Bourg-Murat, à la Plaine-des-Palmistes, à Saint-Philippe et à Sainte-Rose, le mois dernier par l’ORA, en collaboration avec l’observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise. Mais ce dispositif demande de longues analyses en laboratoire. Le degré de pollution éventuel de l’air ne sera donc connu qu’après coup pour cette zone. “On le saura trop tard”, regrette le directeur de l’ORA. Trop tard pour établir une éventuelle corrélation avec des affections dont pourraient se plaindre des sujets souffrant d’asthme ou d’insuffisance respiratoire. C’est pourquoi il appelle de ses vœux la création, à proximité du volcan, d’un réseau identique à celui des zones urbaines. Il permettrait d’alerter la population en cas d’épisodes de pollution.
Déjà, en juin 2001, à la Réunion, premier relevé connu dans l’île, une augmentation très significative du taux de dioxyde de soufre dans l’atmosphère avait été relevée pendant plusieurs jours par des capteurs du réseau de surveillance de l’ORA, situés à 60 km du site de l’éruption, dans le nord-ouest de l’île. Épisode encore plus spectaculaire, à la fin de l’éruption de février dernier, en raison de conditions météo anticycloniques : un “effet de couvercle” avait empêché la dispersion des gaz. Certaines régions de la Réunion, et Saint-Denis en particulier, avaient été recouvertes par un spectaculaire brouillard volcanique gris-bleu.