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ARTICLE DU 14/10/2005

Quand la Fournaise boucane, les asthmatiques toussent-ils ?

A la fin de l’éruption de février dernier, un brouillard volcanique dense avait voilé l’atmosphère dans plusieurs régions de l’île. La mise en place d’un réseau de capteurs permanents permettrait de prévenir les populations à risques.


Quel est l’impact des gaz volcaniques sur la santé des personnes souffrant d’insuffisance respiratoire, en particulier dans la région du volcan ? Jamais évalué à la Réunion, il pourrait faire l’objet dès l’année prochaine d’une d’étude proposée par l’Observatoire réunionnais de l’air à la Direction régionale des affaires sanitaires sociales.

Si le volcan boucane un peu plus depuis mercredi, comme l’ont noté des agents de l’ONF présents sur le site, l’Observatoire réunionnais de l’air (ORA), faute d’un réseau de capteurs permanents autour du massif du volcan, est dans l’attente d’analyses dont les résultats lui parviendront dans quatre à six semaines seulement. Certes, il n’y a pas de quoi s’alarmer si l’on s’en tient aux mesures effectuées sur la qualité de l’air à Saint-Denis, Sainte-Suzanne, Le Port, Saint-Paul et Saint-Louis. “Le vent a favorisé la dispersion des gaz”, explique Bruno Siéja, directeur de l’ORA. Dans ces villes, les capteurs fonctionnent de manière automatique et en continu. Les résultats sont connus dans la journée. En revanche, aux alentours du volcan, ce n’est pas encore le cas. Certes, en prévision de l’éruption qui a débuté le 4 octobre, un réseau de surveillance des concentrations en dioxyde de soufre (avec neuf capteurs) a été installé au pas de Bellecombe, à Bourg-Murat, à la Plaine-des-Palmistes, à Saint-Philippe et à Sainte-Rose, le mois dernier par l’ORA, en collaboration avec l’observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise. Mais ce dispositif demande de longues analyses en laboratoire. Le degré de pollution éventuel de l’air ne sera donc connu qu’après coup pour cette zone. “On le saura trop tard”, regrette le directeur de l’ORA. Trop tard pour établir une éventuelle corrélation avec des affections dont pourraient se plaindre des sujets souffrant d’asthme ou d’insuffisance respiratoire. C’est pourquoi il appelle de ses vœux la création, à proximité du volcan, d’un réseau identique à celui des zones urbaines. Il permettrait d’alerter la population en cas d’épisodes de pollution.

Comme une centrale thermique

“Le dioxyde de soufre peut avoir des effets sur la santé. Un dispositif performant permettrait de faire de la prévention, en conseillant par exemple aux asthmatiques de ne pas pénétrer dans l’enclos ou tout simplement de ne pas dormir les fenêtres ouvertes.” A Hawaii, où le Kilauea, en éruption permanente depuis 1983, pose un réel problème de santé publique, il existe déjà un réseau de surveillance performant : “Là-bas on maîtrise les risques, contrairement à nous.” L’ORA projette ainsi de lancer une étude épidémiologique auprès des médecins et des hôpitaux situés dans la zone d’influence du piton de la Fournaise, destinée à dresser un bilan des effets des gaz volcaniques sur la santé. Une étude qui sera menée en 2006, espère-t-il, en collaboration avec la cellule interrégionale épidémiologique (Drass), la Région, le Feder, Météo-France et l’observatoire volcanologique. “Les polluants émis par le volcan sont les mêmes que ceux d’une centrale thermique. Il semble important de les surveiller aussi”, explique Bruno Siéja. Mais ce projet est en attente de financements de la part des conseils général et régional : “Il dépend de la bonne volonté des élus. Sont-ils motivés par cette problématique ?” Claire Darmon & François Martel-Asselin

Brouillard volcanique sur la Réunion

Déjà, en juin 2001, à la Réunion, premier relevé connu dans l’île, une augmentation très significative du taux de dioxyde de soufre dans l’atmosphère avait été relevée pendant plusieurs jours par des capteurs du réseau de surveillance de l’ORA, situés à 60 km du site de l’éruption, dans le nord-ouest de l’île. Épisode encore plus spectaculaire, à la fin de l’éruption de février dernier, en raison de conditions météo anticycloniques : un “effet de couvercle” avait empêché la dispersion des gaz. Certaines régions de la Réunion, et Saint-Denis en particulier, avaient été recouvertes par un spectaculaire brouillard volcanique gris-bleu.