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ARTICLE DU 09/10/2005

La mission Mars commence à la Réunion

Objectif : ramener des échantillons pour l’Agence spatiale européenne, dans le cadre de l’étude future du sol martien, et poursuivre les études sur les laves du volcan 
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Des échantillons de lave prélevés vendredi dans les coulées du cratère Dolomieu vont être utilisés par l’Agence spatiale européenne dans le cadre de son programme Aurora d’exploration de Mars : récoltés directement à leur sortie des entrailles de la Terre, dans des conditions très rigoureuses, ils serviront de témoins de comparaison pour déceler d’éventuelles traces de vie biologique passée ou présente sur la planète rouge.

Casqués, bottés, dûment autorisés à descendre dans le cratère Dolomieu, le groupe de “thésards” du laboratoire des sciences de la Terre de l’université de la Réunion (LSTUR) et de chercheurs de l’observatoire volcanologique doit franchir des coulées encore brûlantes pour parvenir à son objectif : les coulées émises par le cône actif niché au sud-ouest du cratère. Les tâches de chacun des jeunes scientifiques, parmi lesquels des volcanologues de demain, leur sont vite assignées : tandis que l’un est chargé de surveiller tout sursaut du volcan, les autres vont opérer. Sous le regard d’Éric Delcher, ingénieur au LSTUR, rompu depuis des années à ce type d’exercice, Aline Peltier, étudiante en thèse à l’université, en poste à l’observatoire, revêt heaume, combinaison et gants avant de se munir de la pelle à prélèvement. La “manip” ne doit - ne peut - durer plus de quelques dizaines de secondes, sous peine de cuire à l’étouffée à 1,50 m de la lave - c’est la longueur de la pelle - mesurée à 1 125° au pyromètre optique ! Le bouclier thermique protège ses “assistants”, mais pas suffisamment. Aujourd’hui, la manœuvre est un peu spéciale. Patrick Bachèlery, responsable du labo de l’université de la Réunion, a été sollicité par un de ses homologues de Clermont-Ferrand : l’Agence spatiale européenne (ESA) cherche des échantillons de sol terrestre les plus purs possibles, non contaminés, dans le cadre de sa mission ExoMars prévue pour la fin de la décennie. Une mission “porte-drapeau” d’un programme à long terme, destiné à rechercher des signes de vie, passés ou présents, sur la planète rouge avant même de futures missions humaines, dans près de trois décennies peut-être. En ayant en main des échantillons terrestres a priori exempts de toute contamination organique car “tout neufs”, les chercheurs auront à leur disposition une référence indiscutable pour étudier le sol martien sondé dans un premier temps par des appareillages automatiques embarqués sur un robot. D’où un protocole très précis à respecter : les échantillons aussitôt arrachés à la coulée sont trempés dans de l’eau bidistillée (distillée classiquement d’abord, puis débarrassée de ses éléments minéraux), préparée dans un bidon lui-même décontaminé. Puis, ils sont enfermés dans un récipient scellé, pour éviter toute contamination ultérieure. Vendredi, d’autres échantillons ont été trempés à l’azote liquide, dans le cadre d’une étude portant sur la présence d’eau et de CO2 dans le magma, pour éviter la contamination par l’eau dans ce cas. Enfin, de nouveaux prélèvements, classiques ceux-là, ont été réalisés par l’observatoire qui échantillonne le plus régulièrement possible pour suivre l’évolution de la lave en cours d’éruption. Un travail de longue haleine. En rêvant peut-être d’échantillonner sur Mars un jour, qui sait !
François Martel-Asselin