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ARTICLE DU 09/10/2005

Le volcan rendu à ses admirateurs

Premier coup d’œil sur les bouillonnements de la terre pour le grand public.


Le soleil était au rendez-vous hier pour la réouverture de l’enclos du volcan au grand public. Un événement fêté par plus de six cents personnes venues admirer jusqu’en début d’après-midi les projections de lave au fond du cratère Dolomieu.

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Samedi matin, dès 6 h, les autorités doivent rendre l’enclos du piton de la Fournaise au public. Mais pour éviter toute imprudence, un parcours a été balisé par l’ONF la veille de la réouverture, comme l’explique Jean-François Maillot, responsable de la sécurité sur le site du volcan : “Vendredi jusque tard dans la soirée, nous avons balisé l’itinéraire et aménagé deux points d’observation autour du cratère Dolomieu”. Un itinéraire qui escalade le volcan sur son flanc Est depuis la chapelle de Rosemont. Objectif de cet aménagement ? Empêcher les visiteurs trop téméraires de s’approcher trop près de l’éruption. Mais pour certains, l’appel du spectacle éruptif est décidément trop fort. Comme ce groupe d’une quinzaine de personnes qui a passé outre les recommandations préfectorales pour contempler le lever du soleil en surplomb des jaillissements de lave :” Il y a toujours des resquilleurs “, constate Jean-François Maillot.

QUELQUES RÈGLES À RESPECTER

Plus tard dans la matinée, la procession vers le site tant convoité s’intensifie. Après les randonneurs, levés aux aurores, ce sont les familles mêlées aux touristes de passage qui entament maintenant l’ascension de la Fournaise. Et mieux vaut prendre quelques précautions avant de se lancer. Réserves en eau et nourriture suffisantes, vêtements chauds - il ne fait guère plus de 10 degrés au sommet - et chaussures de marche sont les gages d’une balade sur le volcan sans incident. Sinon, entorse, hypoglycémie ou déshydratation vous guettent. Et la promenade tant attendue peut alors se terminer en baptême de l’air avec l’hélicoptère de la gendarmerie... Pour les autres, la très grande majorité, le spectacle en son et lumière apparaît enfin. Après plus de deux heures d’effort. Du point d’observation le plus proche, situé à une distance de 500 mètres de l’éruption environ, la récompense est là. Spectacle grandiose d’une Terre vomissant ses entrailles dans un grondement sourd. Au-delà, l’accès reste interdit et les gendarmes veillent au grain : “Tant que le volcan crache, le périmètre de sécurité sera maintenu”, précise Jean-Marc Victorin, du Peloton de gendarmerie de haute montagne. Mais pour le plus grand bonheur des randonneurs du dimanche, le piton de la Fournaise offre une deuxième représentation aujourd’hui : même heure, même endroit.

Ce matin, beau temps au lever du jour sur l’île, selon Météo-France. Les points de vue sont dégagés tôt le matin et se couvrent en journée comme d’habitude. Cet après-midi, les hauteurs se couvrent. Sur le volcan et les massifs du sud, le ciel se couvre également au fil des heures ; si des averses se produisent, elles restent faibles. Le front froid et les averses qui l’accompagnent affecteront le Sud mais ne sont prévus que pour la nuit de dimanche à lundi.


Jean-René, La Plaine-des-Cafres : “C’est une découverte pour moi”

“J’habite à la Plaine-des-Cafres, à une dizaine de kilomètres du volcan seulement. Mon père était guide ici et j’y suis allé pour la première fois avec lui quand j’avais 7 ans. J’y retourne souvent car j’aime beaucoup la randonnée mais c’est la première fois que j’assiste à une éruption au fond du cratère. C’est une vraie découverte pour moi. Mais en tant qu’éleveur je ne perd pas de vue qu’une éruption peut parfois avoir des conséquences sur le bétail, je pense aux cheveux de Pélé (*) qui atterrissent dans les champs et peuvent être très dangereux pour les bêtes qui les avalent. Tant qu’on ne retrouve pas de cheveux de Pélé ça reste un spectacle !”

(*) phénomène provoqué par le souffle du vent sur la roche en fusion, générant des filaments de lave extrêmement légers comparable à des filaments de caramel et qui se solidifient au contact de l’air. Ces “cheveux” de lave s’envolent alors très facilement.

Annabelle et Marie, Saint-Denis “Nous sommes à la bonne distance de la lave !”

Annabelle, étudiante québécoise : “C’est la première fois que je monte sur un volcan, et en éruption en plus, c’est vraiment spectaculaire. Mais je trouve que nous sommes juste à bonne distance par rapport à la lave !” Marie : “Ca n’a pas été difficile de grimper jusqu’ici. J’avais raté les dernières coulées, là on est aux premières loges.”

Des amoureux du volcan, Saint-Gilles “Il fallait qu’elle voit ça !”

“Nous sommes venus de Saint-Gilles-les-Hauts. Au départ, nous avions prévu de passer la soirée entre amis autour d’un barbecue. Mais en regardant les informations hier soir, nous avons appris que l’enclos avait été rouvert, du coup nous avons décidé de prendre la route, direction le volcan ! Nous sommes arrivé vers 3 h et nous avons terminé la nuit dans la voiture pour être à 6 h devant les grilles de l’enclos. Notre fille est née ici, il fallait qu’elle voit ça ! C’est toujours super de voir un tel spectacle même si ce n’est pas aussi impressionnant que les coulées auxquelles nous avons déjà assisté.”

Pierre et Odile, Paris “Nous voulions voir ça avant de repartir”

“Nous somme arrivés il y a quinze jours à la Réunion et c’est la troisième fois que nous montons au volcan, les deux premières nous n’avions malheureusement pas pu aller au sommet à cause de la brume. Quand nous avons appris qu’il y avait une éruption et que l’enclos était rouvert, nous avons absolument voulu voir ça avant de repartir.”

Claude et Nicole, Saint-Pierre “Nous sommes un peu déçus”

“Nous habitons à la Réunion depuis trois ans et nous nous rendons régulièrement sur le volcan. Nous avons déjà assisté à des coulées de lave d’une autre ampleur. Nous sommes un peu déçus, on ne voit malheureusement pas grand-chose et nous ne pouvons pas nous approcher beaucoup... Nous sommes partis à 4 h 30 ce matin pour être là à l’ouverture du site.”

Textes et photos : Grégory Fléchet et Pierre Verrière


Prudence

Pas d’incident majeur hier sur le volcan, où 600 voitures se seraient succédé hier au parking du pas de Bellecombe, selon le PGHM. Aujourd’hui dimanche, les jeunes visiteurs risquent d’être plus nombreux et l’attention des parents est attirée sur les règles de sécurité à respecter en matière d’habillement, de chaussures, de boisson et de nourriture, de protection solaire. La durée du parcours aller-retour annoncée pour 4 heures peut monter à facilement 5 heures (hors pauses) pour des marcheurs peu entraînés. Gare aussi à la fatigue et au risque de chutes. Au volant aussi, soyez prudents puisque - fatigue ou vitesse excessive ? - une voiture a fini sa course dans le fossé hier dans la plaine des Sables.

Activité stable

Depuis une augmentation du trémor constatée dans la nuit de vendredi à samedi, celui-ci est resté stable toute la journée d’hier selon l’observatoire volcanologique. L’éruption devrait donc durer encore quelques jours au moins, on l’espère.