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ARTICLE DU 08/10/2005

L’enclos ouvert sous conditions

Le nouveau cône, très actif hier matin dans le sud-ouest du cratère Dolomieu.


Le préfet l’a annoncé hier soir : l’enclos du piton de la Fournaise est à nouveau ouvert, à partir d’aujourd’hui, de 6 h à 17 h 30. Au public de se comporter de manière responsable et qu’aucun incident ne vienne ternir le week-end, a-t-il prévenu, si l’on veut que l’expérience se poursuive.

Laurent Cayrel a semble-t-il dû batailler pour imposer sa volonté de permettre au public d’accèder à nouveau au volcan, en éruption depuis mardi. L’ONF et les sous-préfets des arrondissements dans lesquels s’inscrit la zone du volcan ne semblaient en effet guère enthousiastes à l’idée de voir débarquer dans l’enclos, à deux pas de l’éruption en cours, des visiteurs pas forcément familiers de la randonnée et encore moins du terrain volcanique. Il faut y voir à n’en pas douter les séquelles de l’accident mortel survenu en août 2003. Ce que l’on peut comprendre. Pourtant, le préfet a osé en engageant des moyens à la hauteur du résultat souhaité : un dispositif de sécurité veillera tous les jours sur les visiteurs, particulièrement encadrés puisqu’il ne sera pas question de se promener de nuit dans l’enclos par exemple et qu’un seul itinéraire sera autorisé. Cette randonnée n’est pas “un spectacle familial”, a souligné le représentant de l’Etat. De fait, l’ascension du piton de la Fournaise est bien une randonnée en montagne, à 2 500 m d’altitude, où en cette fin d’hiver sévissent le froid et le vent. A chacun donc d’évaluer avec justesse ses capacités. Autre bémol du préfet : là où les points de vue ont été aménagés, les visiteurs risquent fort de devoir se contenter d’“un petit spectacle (...) pas un feu d’artifice”, insiste-t-il. A vrai dire, pour des raisons de sécurité, les randonneurs s’arrêteront au mieux à plus de 500 m du cône actif dans le fond du cratère Dolomieu ! La zone en surplomb direct de l’éruption (un rempart de plusieurs dizaines de mètres de hauteur) est en effet trop fragile, et d’ailleurs déjà effondrée, empêchant d’envisager d’y conduire en même temps une foule de visiteurs. Laurent Cayrel explique avoir pris cette décision “raisonnée” en étant “bien conseillé.”, au terme d’une ultime reconnaissance effectuée conjointement, hier en début d’apprès-midi, par l’ONF, la gendarmerie, l’observatoire et la protection civile. Dès ce matin, vingt gendarmes et une dizaine d’agents de l’ONF orienteront les randonneurs et des personnels du SDIS (sapeurs-pompiers) assureront un dispositif sanitaire. Pour éviter une surfréquentation du lieu, si les 700 places de parking du pas de Bellecombe devenaient insuffisantes, la circulation serait interdite au-delà de Bourg-Murat (27e kilomètre)... Une réunion est prévue dès dimanche soir à la préfecture, afin de dresser un premier bilan du week-end. “Au premier problème, je ferme immédiatement”, précise le préfet. Alors, prudence... et bonne randonnée.

F.M. -A. & C.D.


Les conditions d’accès

Le parcours

Selon le point d’observation auquel on s’arrête, de huit à une dizaine de kilomètres aller-retour. Comptez donc 4 heures de trajet environ. Attention au dénivelé positif : 450 m au total, dont la longue montée vers la Soufrière à l’aller et les 400 marches du pas de Bellecombe au retour. L’itinéraire entre la Soufrière et le point de vue le plus éloigné est en montagnes russes, malaisé, voire fastidieux. Cette randonnée est réservée à des marcheurs entraînés. Un changement de conditions météo, comme cela arrive souvent au volcan, est susceptible de mettre en difficulté des marcheurs novices déjà désorientés par la nature du terrain.

L’équipement recommandé

Jumelles fortement conseillées. Habillement : la température ne dépasse pas 6° au pas de Bellecombe à 6 h du matin ces jours-ci. Pantalon, couvre-chef, chaussures de marche impératifs, manches longues voire gants recommandés (en cas de chute et contre le froid). Vêtements chauds et imperméables indispensables, à prévoir dans un sac à dos de taille suffisante. Eau : 1,5 l d’eau par personne au strict minimum. Attention, la déshydratation survient vite et sans qu’on s’en aperçoive avec l’altitude et le vent. Nourriture : ne pas se contenter de friandises. Aliments solides indispensables. Protection solaire impérative même par temps gris. Ramenez tous vos déchets : vous évoluez dans un site naturel par définition fragile et dont l’avenir dépend de vous.

Le piton Kaf aura-t-il sa Kafrine ?

Aucun séisme n’a été enregistré depuis le début de l’éruption, dont seul le panache de vapeur est visible depuis le pas de Bellecombe. Une légère intensificaton des coulées et des projections a été observée hier Un cône est actif dans le sud-ouest du cratère Dolomieu et poursuit sa croissance. Son cratère, égueulé en direction de l’est, abrite un lac de lave avec des projections permanentes à 15-20 m de hauteur et des coulées d’importance variable. Le cône, voisin immédiat du piton Kaf né de l’éruption de mai à août 2004 a atteint une taille très honorable. Le piton Kaf se serait-il trouvé ainsi une Kafrine après deux ans de solitude ?