Près de quatre mois d’attente pour une “petite” éruption trop classique à l’intérieur du cratère Dolomieu, on a un peu du mal à y croire à l’observatoire volcanologique. Depuis le mois de juin, en effet, les scientifiques voyaient le volcan gonfler, bouger. Pour finalement voir éclater une “pustule” au sommet du piton de la Fournaise ! Trois fissures actives, des fontaines de lave de “faible hauteur, de 10 à 15 mètres”, des coulées au débit tout aussi “faible” : il ne faut pas croire les chercheurs de l’observatoire blasés, mais le constat est là. La préalerte volcanique avait été activée le 12 août par la préfecture, soit il y a près de huit semaines. Depuis le début du mois de septembre, tous les indicateurs d’une possible éruption étaient rassemblés, comme l’indiquait l’observatoire dans ses bulletins. Hier, une crise sismique a débuté à 13 h 31, les instruments du réseau de surveillance ont “vu” quelques minutes plus tard des déformations apparaître, indiquant des déplacements de magma sous le sommet, non loin de la surface. Puis la crise a cessé tout net peu avant 14 h. C’est alors qu’à 14 h 26 un trémor est apparu sous le sommet. Cette vibration permanente du sol, liée à l’écoulement du magma, est la “signature” d’une éruption du piton de la Fournaise. Deux heures après le début de l’éruption, le niveau du trémor éruptif avait baissé d’un tiers, mais il demeurait stable hier dans la soirée.
Une crise trop brève pour être honnête
Reste à savoir si le volcan ne cache pas son jeu. L’activité enregistrée depuis quatre mois pourrait très bien à elle seule avoir mobilisé une poche de lave relativement superficielle, en place depuis de précédentes éruptions, sans que soit mis en jeu un magma situé à plus grande profondeur. C’est ce que suggère la brièveté de la crise sismique. D’ailleurs notent les scientifiques, le siège de l’activité se situe précisément au pied du piton Kaf, né dans le cratère Dolomieu en juin 2003, là même où ils avaient constaté un effondrement du plancher du cratère à la suite de l’éruption de novembre 2002. D’où l’hypothèse de la présence d’une zone très fragilisée par les éruptions répétées, d’une véritable cheminée grâce à laquelle le magma arriverait très facilement à la surface au fil des éruptions. Dans cette optique, l’observatoire surveille maintenant de très près la possible évolution de l’activité. Par exemple une migration du magma vers les zones latérales du volcan. Auquel cas il faudrait s’attendre à voir jaillir la lave n’importe où dans l’enclos.
- L’éruption invisible Depuis le début de l’éruption, l’accès à l’enclos est interdit au public. Aucun point de vue sur l’activité n’est possible, en dehors d’un survol aérien, puisque les coulées se répandent à l’intérieur du cratère sommital. Inutile donc en l’état actuel de se précipiter au pas de Bellecombe ou sur la RN 2, dans le Grand-Brûlé. Le poser d’hélicoptère est interdit dans l’enclos. Hier, les gendarmes du Peloton de haute montagne ont assuré en hélicoptère et à pied le retour des randonneurs vers le pas de Bellecombe.
- De 1 à 4 éruptions par an depuis 1998 2005 : 1 éruption (10 jours d’activité en février), 2e éruption en cours 2004 : 3 éruptions, 78 jours d’activité 2003 : 4 éruptions, 43 jours d’activité 2002 : 2 éruptions, 30 jours d’activité 2001 : 2 éruptions, 35 jours d’activité 2000 : 3 éruptions, 80 jours d’activité 1999 : 2 éruptions, 39 jours d’activité 1998 : 1 éruption, 196 jours d’activité 1992-1997 : pas d’éruption.