A chaque éruption, des milliers de Réunionnais se rendent au volcan pour se remplir les yeux des coulées de lave. Mais cela va-t-il durer? Bertrand Lefebvre, le nouveau directeur de l’Office national des forêts, s’affirme prêt à ne plus ouvrir l’enclos en phase d’éruption si la population ne change pas de comportement.
“Pétera, pétera pas ?” La question est en ce moment sur toutes les lèvres alors que sa majesté la Fournaise, où la préalerte est en vigueur, semble prendre un malin plaisir à faire attendre ses sujets. Mais le public devrait pourtant plutôt se demander si “le volcan, verra ou verra pas ”. Lors de sa première conférence de presse, le nouveau directeur de l’Office national des forêts (ONF), Bertrand Lefebvre, a en effet laissé planer l’éventualité de ne plus autoriser l’accès du volcan au public. “A chaque éruption, il y a une forte demande du public pour que l’ONF aménage un accès au volcan pour voir les coulées de lave. J’ai tout à fait compris que c’était important pour les Réunionnais. Mais nous n’envisagerons pas de le faire s’il n’y a pas une prise de conscience totale de la population qu’il faut se comporter de façon modérée près de la lave et ne pas s’approcher de façon inconsidérée des fissures”, a-t-il annoncé. Quelques minutes plus tard, il s’est montré encore plus clair, expliquant qu’il “n’exclut pas d’interdire l’accès du volcan en période d’éruption” si le comportement des amateurs du grand spectacle du piton de la Fournaise ne change pas.
Le nouveau directeur de l’office a semble-t-il été refroidi par la mise en cause de Jacques Trouvilliez, son prédécesseur, après l’accident mortel dont a été victime un jeune homme de 22 ans lors de l’éruption août 2003. Cet étudiant était tombé dans une faille éruptive après s’être éloigné de quelques mètres du secteur balisé par l’ONF et avait succombé à la chaleur. Sa famille avait alors attaqué en justice l’État et le directeur de l’ONF, l’accusant de n’avoir pas suffisamment fait sécuriser les lieux. Le tribunal administratif a finalement rejeté la requête de la famille en juillet dernier mais le nouveau directeur de l’ONF refuse de prendre le risque de se trouver confronté à une même situation. “Dans notre société, on cherche de plus en plus les responsabilités des pouvoirs publics en cas d’accident. Je refuse de courir le risque d’un tel drame et de me faire emmener dans un contentieux comme celui-ci, difficile à vivre sur le plan personnel”, a-t-il justifié. Reste que l’histoire d’amour entre les Réunionnais et le volcan dure depuis des lustres et que les virées près de la lave lors des éruptions sont une institution dans l’île. Pas sûr que dans ce contexte une décision d’interdiction d’accès totale passe sans de sérieuses secousses.
Amélie Amilhau