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ARTICLE DU 17/05/04
L’éruption du piton de la Fournaise a bénéficié d’un regain d’activité inattendu. Depuis samedi matin, une fontaine de lave active comme rarement crache des flots de feu. Un spectacle que n’ont pas manqué les centaines de marcheurs qui se sont dirigés hier vers le piton de Bert.



Plein les yeux


Et le jour fut. Avec l’apparition du soleil, la fontaine de lave perd de son intensité, mais l’activité du piton de la Fournaise, hier matin, reste spectaculaire. Une cinquantaine de personnes goûte du spectacle depuis le piton de Bert, accessible à pied après une heure et demie d’effort. Ce n’est pas la réunion des grands montagnards, mais celle des amoureux du volcan qui profitent du dimanche matin pour prier leur dieu Vulcain. “Regarde, il y a des cheveux de Pélé, c’est magnifique”, lâche une marcheuse essoufflée par son effort en atteignant le belvédère. Son mari ne s’intéresse pas à cette production volcanique très originale (voir par ailleurs) et jauge l’éruption au regard de l’Histoire. “Ah, c’est pas comme l’éruption de 1998, c’est complètement un autre point de vue.”

La Fournaise a ses inconditionnels

Devant les spectateurs, la fontaine de lave tonne et fume. Les nuages qui remontent des Grandes pentes ne perturbent pas le spectacle ; ils semblent eux aussi subjugués. Le piton en formation mesure une centaine de mètres de large à sa base, la fontaine qui s’en échappe atteint à certains moments 70 mètres de haut vraisemblablement. Certains matériaux volent cent mètres au-dessus du sol avant de s’écraser dans un bruit de tonnerre. C’est du grand spectacle.
Les hélicoptères tournent autour du feu de la terre à intervalles réguliers, sans jamais s’approcher trop près. “Ça secouait pas mal”, apprendra-t-on en guise d’explication, en référence au panache de fumée et aux gaz qui s’échappent de la terre. Un bourdonnement plus important signale le passage d’un vol Air Mauritius. Les passagers en ont pour leur argent ! Le spectacle de la journée d’hier était essentiellement aérien. Les nouvelles coulées induites par ce regain d’énergie n’entreront pas en l’état dans les annales de la Fournaise. Après quelques centaines de mètres, elles se superposent à celles des jours derniers et se perdent dans le maquis sombre et fumant des coulées qui se meurent. On devine les silhouettes de quelques personnes à proximité de la grande fontaine perpétuelle. Photographes ? Préleveurs de magma ? Technicien du sismographe ? La Fournaise a ses inconditionnels et ses professionnels. Le surprenant regain d’hier imprimera quelques belles images sur les pellicules et gravera de beaux souvenirs dans les mémoires de ses observateurs. Dans quelques jours, le nouveau piton portera peut-être un nom — qui sait ? — une fois que sa gueule béante aura cessé de vomir son magma : l’histoire continue.

• L’accès à l’enclos du volcan reste interdit au public.

Fabien Laroche








• Fin prochaine de l’éruption ?
L’intensification de l’éruption, depuis samedi matin 7 h, n’est sans doute pas sans lien avec l’apparition d’une sismicité sous le sommet qui rappelle des souvenirs aux scientifiques. Ces dernières années, plusieurs éruptions présentant les mêmes symptômes se sont ainsi achevées brutalement, en quelques minutes, alors que l’activité avait brutalement augmenté au cours des jours précédents. Un effondrement interne de la cheminée d’alimentation du cône pourrait être à l’origine de ce phénomène. L’accès à l’enclos reste interdit.