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ARTICLE DU 15/05/2004
Profession : volcanologue. à 51 ans, Georges Boudon occupe sans doute l’un des postes les plus prestigieux dans son domaine puisqu’il est directeur des observatoires volcanologiques français. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il anime actuellement à Saint-Pierre un colloque auquel participent une quinzaine de jeunes chercheurs venus de toute l’Europe. L’occasion pour ce passionné de la “chose magmatique” d’initier la relève aux techniques de surveillance.

''Nos équipes sont performantes''

Le directeur des observatoires volcanologiques français présent à la Réunion

Est-ce pour saluer la présence de Georges Boudon à la Réunion ? Toujours est-il que le piton de la Fournaise est tout à sa joie ces temps-ci, se laissant même aller à quelques débordements dictés par son tempérament de feu. Avec à la clé une jolie frayeur pour le directeur des observatoires volcanologiques français qui, le week-end dernier, s’est emmêlé les pieds dans les gratons pour s’offrir un roulé-boulé explosif. Résultat : sept points de suture et une éruption de contusions. Les risques du métier ? Inutile de dire que la question fait sourire celui qu’on peut considérer en France comme le grand patron de la volcanologie.

SIX ANS AUPRÈS DE LA MONTAGNE PELÉE
Présent à la Réunion depuis une semaine, Georges Boudon n’est pas vraiment là pour les vacances. Outre une inspection de routine de l’observatoire de la Fournaise, particulièrement sollicité ces temps-ci, il doit animer un colloque, organisé dans le cadre d’un programme européen. “Ce colloque est notamment destiné à former sur le terrain de jeunes chercheurs, qui seront par la suite envoyés dans des observatoires volcanologiques. L’idée moteur est de les former aux techniques de surveillance afin de pouvoir disposer, par la suite, d’un staff de scientifiques susceptibles de pouvoir intervenir sur des éruptions.” Au total, quinze jeunes chercheurs, venus de toute l’Europe, ont ainsi fait le déplacement à la Réunion. Âgés de 24 à 29 ans, tous ont en commun d’être déjà titulaires ou de préparer une thèse dans des domaines de recherche liés à la volcanologie (lire ci-contre).
Mais au fait, comment devient-on volcanologue ? Car si les candidats sont nombreux, rares sont les heureux élus qui, à l’arrivée, peuvent se prévaloir d’exercer cette profession (comptez une bonne dizaine d’années d’étude !). Georges Boudon, pour sa part, n’a pas vraiment eu de vocation : “J’ai beau être originaire d’Auvergne, je n’ai pas eu de passion d’enfant pour les volcans. D’ailleurs, j’étais parti pour faire des études de biologie quand je me suis finalement orienté vers la géologie.” Avec en poche un doctorat sur le volcanisme du Cantal, il intègre en 1983 le prestigieux Institut de physique du globe de Paris (IPGP), qui va par la suite l’envoyer six ans à la Martinique à l’observatoire de la montagne Pelée. “C’est un volcan qui, aujourd’hui, n’est pas très actif. Mais personne n’a oublié son passé en termes de catastrophe. Il est donc important de bien connaître ce type de volcan. Et puis, dans la zone, on a tout de même eu droit à l’éruption de la Soufrière, sur l’île de Montserrat, qui reste un formidable sujet d’étude pour les observatoires français.”
Exit la Martinique et retour à Paris en septembre 2002, où Georges Boudon est promu au poste de directeur des observatoires volcanologiques français. Une belle promotion, qui étend considérablement son champ d’action puisqu’il a désormais sous sa responsabilité les équipes de scientifiques du piton de la Fournaise, de la Montagne Pelée et de la Soufrière en Guadeloupe. “Nous collaborons également à la surveillance du volcan Karthala aux Comores et du rift d’Assal à Djibouti. à chaque fois, notre mission est la même : mesurer et enregistrer en continu les paramètres essentiels comme la sismicité et les déformations.”

“DES CHERCHEURS QUI TROUVENT”
Chaque laboratoire étant en première ligne dès qu’il est question de prévention des risques, l’interprétation des données est effectuée sur place. Mais l’expérimentation et la mise au point de nouvelles techniques de surveillance font également partie des prérogatives des scientifiques détachés aux Antilles ou dans l’océan Indien. Reste à savoir si les moyens matériels mais aussi humains sont véritablement à la hauteur de toutes ces missions : “Oui, on peut dire que les observatoires français sont aujourd’hui parmi les plus performants au monde, estime Georges Boudon. Bien sûr, nos équipes sont parfois sur la brèche, comme à la Réunion où les éruptions sont très fréquentes. Deux à trois chercheurs supplémentaires par observatoire seraient sans doute souhaitables pour mieux exploiter les données et renforcer la surveillance. Mais dans l’ensemble, nos équipes remplissent parfaitement leurs missions.” Serein quant à l’avenir de la volcanologie française, Georges Boudon reste toutefois attentif à l’attitude du gouvernement, plutôt enclin ces derniers temps à vouloir supprimer des budgets. Comme des milliers d’autres chercheurs, il a d’ailleurs signé la “pétition citoyenne” visant à dénoncer les multiples remises en cause de la recherche fondamentale : “Dans mon domaine, par exemple, on ne peut pas se contenter de surveiller les volcans. La recherche fondamentale est essentielle si on veut maîtriser des outils de prévision. Rien ne se fait à fonds perdus. Et puis, de manière générale, on ne peut pas prétendre être un pays développé et faire dans le même temps des coupes dans les budgets consacrés à la science.” Vaste débat qui ne date pas d’aujourd’hui. Une réflexion du général De Gaulle résonne encore aux oreilles de certains scientifiques : “La France a assez de chercheurs qui cherchent. Il nous faut maintenant des chercheurs qui trouvent.”
Quoi qu’il en soit, Georges Boudon estime que la France a tout intérêt à développer sa collaboration avec d’autres pays : “Cela fait maintenant quatre ans que nous avons mis en place un réseau qui regroupe divers laboratoires européens, notamment de Paris, Bristol, Munich, Naples ou encore des Açores. Par ailleurs, nous avons monté un projet d’unité mixte avec l’université de la Réunion qui vient d’être accepté par le CNRS. à compter du 1er janvier prochain, un groupe de scientifiques internationaux, spécialisés dans les sciences de la Terre, va pouvoir développer des recherches communes. C’est sans doute à ce prix que la volcanologie pourra continuer à progresser.”

GROS PLAN SUR L’IPGP
Créé en 1921 pour étudier la physique de la Terre mais aussi pour observer les phénomènes naturels, l’IPGP (Institut de physique du globe de Paris) rassemble quelque 420 chercheurs, dont 150 étudiants. Répartis dans neuf unités mixtes de recherche, ceux-ci ont six domaines de prédilection : la géologie, la physique de la Terre, la chimie, les matériaux terrestres, les tremblements de Terre et le volcanisme. Placés sous la responsabilité de Georges Boudon, les observatoires volcanologiques français, dont celui de la Réunion, dépendent directement de l’IPGP, devenu il y a quelques années un grand établissement autonome de l’Éducation nationale.

UNE TEMPÊTE À L’ORIGINE DE SA CRÉATION

Si l’IPGP est né dans les années 20, il faut remonter à 1854 pour comprendre l’origine de sa création. Cette année-là, après une catastrophe navale française en mer Noire, un scientifique, Le Verrier parvient à prouver que la tempête venait de l’ouest et qu’elle aurait pu être annoncée. On crée alors à l’observatoire de Paris le tout premier service de météorologie, qui ne cessera de prendre de l’importance avec la guerre de 1914. Enfin, en 1921, les dénommés Maurain et Rothé obtiennent la création des instituts de physique du globe sur le modèle des observatoires astronomiques qui les ont depuis longtemps précédés.

Bertrand Duchet


Portrait de deux jeunes volcanologues
Lui est allemand et travaille à Paris. Elle est française et poursuit ses recherches en Angleterre. Tous deux font partie de ces quinze jeunes chercheurs venus participer à un colloque à la Réunion.
Objectif : affiner leurs connaissances sur les techniques de surveillance. Mais inutile de dire qu’ils maîtrisent déjà parfaitement bien leur sujet : “Je suis actuellement en deuxième année de thèse à l’université de Milton Kings, au nord de Londres”, précise Marie-Noëlle Guilbaud, 24 ans. Son sujet de thèse : la texture des laves basaltiques. “Je travaille plus précisément sur la pétrologie des laves, la variation de la cristallinité, ainsi que sur les interprétations des problèmes de dégazage et de refroidissement. Quant aux applications de ces études, elles sont naturellement liées à la prévention des risques.”
Ralph Halama, pour sa part, a obtenu sa thèse en Allemagne sur un sujet tout aussi pointu : la biochimie et la pétrologie des roches magmatiques du Groenland. à 29 ans, il vient d’intégrer l’IPGP : “Il n’y a pas de volcans actifs dans mon pays d’origine. En fait, j’ai eu le déclic quand j’ai vu pour la première fois le Vésuve en Italie.
Et depuis, j’ai réellement envie d’aller travailler au sein d’un observatoire.” Qui sait ? Ralph Halama sera peut-être un jour affecté à celui du piton de la Fournaise.