ARTICLE DU 15/05/2004
On a senti poindre l’affolement hier, en fin de matinée, lorsque la nouvelle de la descente des coulées a commencé à se répandre. Pourtant, la lave a encore un long chemin à parcourir, parsemé d’embûches qui devraient ralentir sa progression.
Le piton de la Fournaise se donne en spectacle dans les Grandes pentes
Les coulées du volcan à 4 km de la RN 2
L’éruption du 2 mai se poursuit mais depuis hier, à la différence de la veille, le spectacle s’est déplacé du sommet du volcan vers ses basses pentes. Les coulées, à force de s’accumuler dans le fond de l’enclos, à 2 000 m d’altitude, se sont en effet peu à peu construit une véritable carapace à l’intérieur de laquelle la lave circule sans risquer de se figer rapidement au contact de l’air. Elles avaient atteint, vers 15 h, l’altitude de 1 150 m, ce qui les mettait à 4 kilomètres de la route nationale 2. C’est la certitude acquise au terme d’un survol accompli à l’aide du Fennec de l’armée de l’air après des estimations faites depuis la RN 2, donnant la coulée à 3 km, voire moins, de la route. Plus tôt dans la matinée, des observations avaient même évoqué la présence possible de la coulée dans les hauts du village du Tremblet — hors enclos ! Mais il n’en était donc rien !
Georges Boudon, directeur des observatoires volcanologiques français (lire page ci-contre) a participé au vol de reconnaissance. Il décrit : “Au niveau du cône de l’éruption, il y a très peu de projections. La lave sort au terme d’un long tunnel (ndlr : environ 2,5 kilomètres) au niveau du Nez coupé du Tremblet.” Un observateur présent hier soir au Nez coupé précise pour sa part : “Le tunnel débouche à 100 m du pied du rempart et la coulée ne fait pas plus de cinq mètres de large à sa sortie”. Le scientifique de l’Institut de physique du globe poursuit en décrivant une coulée de gratons (voir photos en dernière page) “pas très active” lors de son survol, peu large, “se refroidissant rapidement”.
L’atténuation de la pente à partir de 900 mètres d’altitude, la présence d’une végétation plus fournie et d’un relief chaotique, indique-t-on à l’observatoire volcanologique, devaient freiner l’avance des coulées dont on ignore si elles vont continuer à être alimentées, car le trémor éruptif, même s’il a légèrement augmenté hier, reste à un niveau modéré.
En direct de la RN 2 : “On ne s’en lasse pas !”
Pointe du Tremblet, hier en fin d'après-midi. La journée se termine, le soleil perce encore à travers le ciel bas. La couche nuageuse a revêtu pour l'occasion une étrange robe rougeâtre, qui n'est pas le fait du soleil couchant. La coulée de lave qui a fait son apparition depuis le milieu de l'après-midi n'est pas tout à fait étrangère au spectacle qui se donne à voir à quelques amateurs.
Les voitures sont garées sur le bord de la route, les curieux regardent, admirent, filment, photographient. Le spectacle, même s'il a été donné à de nombreuses reprises déjà, reste un émerveillement perpétuel. Des premiers rangs des observateurs fascinés, pourtant relégués à quelques kilomètres de la rivière pourpre, personne ne semble se lasser d'admirer la lente coulée qui s'étire paresseusement sur les flancs du piton. Les gendarmes aussi, venus sur les lieux pour réguler la circulation en même temps que l'éventuel afflux de spectateurs, mais il n’y avait qu’une cinquantaine de voitures à 21 heures, tiennent eux aussi à immortaliser la scène.
Les touristes et les autres, frustrés d'une éruption longtemps dissimulée par le mauvais temps sur les hauteurs, ont obtenu une sacrée compensation avec cette coulée qui devient de plus en plus lumineuse au fur et à mesure que la nuit s’avance. Les tons se font plus vifs, en même temps que les étoiles commencent à briller. La nature reprend ses droits, entend-on parmi les spectateurs. La coulée atteindra-t-elle la route ? La question trotte dans toutes les têtes, car finalement tout le monde veut voir de plus près ce coulis incandescent. La réponse, tout comme le spectacle, n'appartient effectivement qu'à la nature.
François Martel-Asselin (volcan@jir.fr )
Pour voir l’éruption
Voici le point hier soir.
- Depuis la route nationale 2, sur la côte sud-est, coulées visibles, au nord, dès la Vierge au parasol ; au sud, dès les rampes du Tremblet. Garez-vous soigneusement.
- Piton de Bert : très peu d’activité visible au niveau du cône éruptif. Quelques projections, pas de coulées. Environ 1 h 30 de marche aller simple depuis le parking situé après la traversée de la plaine des Sables.
- Nez coupé du Tremblet : on surplombe directement la sortie du tunnel de lave qui alimente la coulée se déversant dans les Grandes pentes. Environ 3 heures de marche aller simple depuis le parking de la plaine des Sables (attention : 400 mètres de dénivelé à remonter au retour).
Prévoyez un équipement adapté à la randonnée en montagne, surtout en cas de marche de nuit.
Enclos toujours interdit !
Punition générale : “L’enclos sera maintenu fermé le week-end”.
Motif : “Le lieu de l’éruption et la coulée sont très éloignés de la zone sommitale du piton de la Fournaise ; plusieurs passages sont délicats et non balisés ; compte tenu de la localisation du site d’éruption et des conditions météorologiques enregistrées ces derniers jours, aucun balisage ou plate-forme n’ont pu être matérialisés”.
Signé : le préfet, Gonthier Friederici.
Explication de texte : il a fait un temps correct voire splendide au volcan depuis dimanche ; mais on attendu hier pour entreprendre une reconnaissance. Au demeurant, pourquoi se focaliser sur le site de l’éruption ? Touristes et autres randonneurs sont privés d’accès au volcan depuis près de deux semaines à ce jour alors que l’ascension du sommet et le classique tour des cratères ne présentent aucun danger selon l’observatoire.
Morale : on aurait très bien pu autoriser l’accès au sommet du volcan. Mais la préfecture, craignant de voir des randonneurs entreprendre une descente depuis le sommet du volcan vers l’éruption, visible lorsque l’on fait le tour des cratères, a préféré ne pas tenter le diable. On n’est jamais trop prudent.