ARTICLE DU 10/05/04
Depuis près d’une semaine, l’éruption sur le flanc sud-ouest du Piton de la Fournaise
se jouait pratiquement à huis clos en raison de mauvaises conditions météorologiques. Hier matin, une fenêtre d’éclaircie inespérée s’est ouverte sur le massif. Malheureusement, l’éruption donne des signes d’affaiblissement et ce n’est plus le grand spectacle auquel notre volcan nous a habitués mais il n’a peut être
pas dit son dernier mot.
On a marché sur la lave

Au dessus du pas de Bellecombe, dans un ciel lessivé par huit jours de pluie, la lune et les étoiles brillent à nouveau. Une fenêtre de beau temps inespérée s’est ouverte sur le massif, il ne faut pas la laisser s’échapper. En direction du sud-ouest, le flanc du Piton de la Fournaise est coloré d’orangé.
Descente et traversée de l’enclos et dans le noir il faut retrouver l’itinéraire balisé par le passé vers les éruptions du flanc ouest. Les marques blanches ont été en partie effacées afin d’éviter tout risque de méprise avec le sentier du tour des cratères.
Une odeur de soufre
Une fois sur la trace défilent familiers les cols dont le premier côtoie le cratère Caubet. Les choses se compliquent lorsqu’il faut traverser les coulées échappées des premières fissures ouvertes dans la nuit de dimanche à lundi il y a une semaine. Elles nous avaient tournés en bourrique (notre édition de lundi dernier), voilà qu’elles ont effacé le balisage.
La traversée se fait au jugé à la lueur des frontales. Le site de l’éruption est maintenant bien visible plus loin en contrebas. Deux cônes l’un au dessus de l’autre s’accrochent à la pente. Ils laissent échapper de temps à autre de maigres projections. Dans la nuit noire, aucune véritable coulée n’est visible.
La descente s’annonce des plus scabreuses. Elle se fait le plus souvent dans les gratons avec de rares portions de laves cordées plus confortables. Heureusement, il est facile de garder le cap avec un phare comme celui qui se dresse devant nous. L’exercice serait autrement plus délicat et périlleux si le brouillard noyait le paysage.
Les premières lueurs de l’aube se dessinent vers l’est. Les cônes sont toujours plongés dans le noir. Le rempart d’où émerge le piton de Bert recueille les premiers rayons du soleil.
Le piton de la Fournaise nous avait habitués au grand spectacle, à cette heure il se la joue intimiste. Quelques belles projections très espacées. Un fort dégazage qui mêle dans le cône amont le bleuté à l’orange. Aucune trace de coulées. La lave chemine en souterrain. Un tunnel fracturé laisse cependant entrevoir un flot d’or liquide.
Au pied du cône aval, sous la mince croûte en apparence figée, la lave se fraie un chemin vers l’air libre dessinant des laminoirs qui s’entrechoquent parfois.
Rien de très spectaculaire certes, mais ces cônes couronnées par instant de rouge orangé et autour desquels flottent des langues de brume et de vapeurs créent une atmosphère très particulière. Le sol vibre. Des odeurs de soufre chatouillent les narines. Fausse impression d’éruption finissante.
Nous nous étions presque habitués à la tempête de ciel bleu. Venant de la côte, les nuages escaladent les Grandes Pentes. En un instant le paysage s’habille de blanc. Le bleu n’est pourtant pas très loin. Les hélicoptères qui tournoient à la recherche d’une trouée comme des mouches autour d’un pot de miel en témoignent. Seuls quelques rares privilégiés auront l’opportunité de découvrir les lacs de lave nichés au creux des cônes.
Mais le piton de la Fournaise n’a peut-être pas dit son dernier mot. En fin de matinée hier, l’équipe de l’observatoire note une activité soutenue. De la lave s’échappe de la base du cône amont. Ce ne serait pas la première fois que notre volcan ménage le suspense.
Reportage : Alain Dupuis et François Martel Asselin



• L’OBSERVATOIRE AU CHEVET DE L’ÉRUPTION
Les mauvaises conditions météorologiques sévissant sur le massif du piton de la Fournaise depuis le début de l’éruption avaient empêché jusqu’à présent les scientifiques de se rendre sur le site même. Hier matin, une équipe de l’observatoire avec à sa tête son directeur Thomas Staudacher a pu approcher les cônes afin d’y effectuer des prélèvements. Premier constat : la lave émise ne contient pas de cristaux d’olivine.
• L’ENCLOS TOUJOURS FERMÉ
Les trombes d’eau qui se sont abattues sur le volcan ont été jusqu’à présent suffisamment dissuasives. Il n’en reste pas moins qu’un arrêté préfectoral interdit toujours l’accès
à l’enclos.