ARTICLE DU 07/05/2004
Le photographe Serge Leplège est le premier à avoir approché l’éruption depuis son début, dimanche soir. Familier du piton de la Fournaise, il passé deux nuits au pied des deux cratères toujours en activité alors que la tourmente règne sans discontinuer depuis bientôt une semaine.
36 heures au chevet de l’éruption
Premières photos de l'éruption

L’aventure commence lundi en début de soirée. Le photographe indépendant tamponnais profite d’une amélioration de la météo pour prendre le chemin de l’éruption qui a débuté vingt-quatre heures plus tôt exactement. Avec ses deux coéquipiers, “porteurs” pour l’occasion, il avale l’itinéraire déjà emprunté à maintes reprises lors des éruptions des années 2000-2001. La lune et les étoiles sont tout d’abord de la partie, suscitant chez eux “une douce euphorie”, reconnaît-il alors qu’ils laissent derrière eux les cratères Caubet, puis Rivals. Premier obstacle à se présenter : la fissure éruptive de dimanche soir, qui s’est éteinte au cours de la même nuit. Les lueurs de l’éruption en vue, un changement de cap s’impose et les trois compagnons de marche vont devoir désormais emprunter un parcours totalement hors piste dans les coulées de dimanche soir, alors que le temps se gâte à nouveau…
“A ce stade, j’ai pris un point sur la fin de l’itinéraire connu, que j’ai reporté sur ma carte et à l’aide de mon GPS j’ai mémorisé notre route”, indique Serge Leplège. “Dans le brouillard, un randonneur sans repères dans l’enclos du volcan n’a aucun chance de retrouver son chemin”, souligne-t-il.
“Nous avons aperçu le cratère Château-Fort sur notre gauche et nous avons continué à progresser prudemment vers les lueurs rougeoyantes dans le ciel, le brouillard se faisant à nouveau de plus en plus épais. C’est alors que nous sommes arrivés sur les deux bouches béantes qui crachaient des jets d’une quinzaine de mètres. Un plaisir immense, comme à chaque éruption”.
Une nuit d’apocalypse
Malheureusement, il recommence à fariner au bout de quelques minutes et le photographe a à peine le temps de prendre quelques images : il est 2 h 30 du matin et il faut monter la tente !“Nous avons passé la fin de nuit sous la pluie. Au lever du soleil, mardi, il pleuvait des trombes d’eau et il en a été ainsi toute la journée. Pas moyen de sortir le nez dehors”. En fin de journée “le temps était apocalyptique et on s’est tâtés pour savoir si on rentrait quasiment bredouilles en images ou si on passait la nuit en espérant une fenêtre météo”.
“Après moult discussions, poursuit Serge Leplège, la décision a été prise de passer la nuit là. On a retendu les haubans de la tente. Mais la nuit a été encore pire que la journée..”
L’équipe se lève à 5 h 30, hier matin, mais le temps est pluvieux et un épais brouillard règne toujours. Finalement, à 7 heures, ils décident de lever le camp : “J’ai pris quelques clichés sous la pluie battante entre deux rafales de vent. L’appareil photo était trempé, je n’ai pu faire que trois ou quatre vues”.
“Nous avons levé le camp sous une pluie battante et après 1,2 km de remontée dans les gratons, nous avons retrouvé l’itinéraire de retour”, conclut le photographe. En deux heures et demie de marche sans pause, ils étaient de retour au parking du pas de Bellecombe quasiment désert pour les raisons qu’on devine…
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Adresse e-mail François Martel-Asselin
volcan@jir.fr
• L’accès à l’enclos du volcan est interdit au public par arrêté préfectoral.
UN CÔNE DE 15 M DE HAUT
L’observatoire volcanologique après une première reconnaissance lundi, a renoncé jour après jours à se rendre sur le site de l’éruption : les scientifiques ne pourraient s’y livrer dans des conditions satisfaisantes aux prélèvements et relevés habituels. Près de 200 millimètres de précipitations se sont abattus hier encore sur l’enclos du piton de la Fournaise. Le trémor de l’éruption reste à un niveau stable et l’activité est soutenue si l’on en croit les photos de Serge Leplège. Deux des trois bouches initiales fonctionnent toujours. L’un des cônes atteint une hauteur estimée à une quinzaine de mètres par le photographe. L’éruption se situe à environ 2 000 d’altitude, presque à mi-chemin entre le cratère Château-Fort et le piton de Bert.
François Martel-Asselin


UN FAMILIER DU VOLCAN
Serge Leplège, photographe indépendant installé au Tampon, a couvert toutes les éruptions du piton de la Fournaise depuis 1998. Plutôt spécialisé dans le reportage et la photo d’illustration, il trouve à s’exprimer à travers les paysages. Sportif, il a trouvé dans le volcan un terrain de jeu à sa mesure, mais soucieux de la sécurité avant tout il s’entoure de toutes les précautions possibles lorsqu’il s’embarque dans une des ces expéditions dans un lieu aussi imprévisible que l’enclos du piton de la Fournaise.