ARTICLE DU 04/05/2004
Les volcanologues de l’observatoire de Bourg-Murat l’attendaient depuis plusieurs mois. Mais l’éruption sur le flanc sud-ouest du piton de la Fournaise dans la nuit de dimanche à lundi ne semble avoir été qu’un feu de paille de quelques heures.
Une éruption fantôme sur le flanc Sud-Ouest du Piton de la Fournaise
La pluie a éteint le volcan

Sur le massif du volcan, l’eau a finalement volé la vedette au feu. Des quantités impressionnantes de pluie ont généreusement arrosé lundi Vulcain.
La Réunion noyée sous un déluge. De Saint-Denis au pas de Bellecombe en passant par Saint-Benoît, les essuie-glaces sont à la fête. Le piton de la Fournaise est entré en éruption et tous ceux qui se passionnent pour notre volcan scrutent, anxieux, le ciel. Cette fois, il ne sera pas avec nous. Une courte accalmie à Bourg-Murat fait renaître l’espoir mais dès les premiers lacets de la route du volcan il faut déchanter. Brouillard et trombes d’eau masquent le paysage.
Sur le parking du pas de Bellecombe, quelques téméraires ont cependant bravé les intempéries. Calfeutrés dans leurs voitures ils espèrent l’accalmie providentielle qui ne vient pas. Certains se hasardent jusqu’à la rambarde pour tenter d’apercevoir l’éruption mais les rafales de pluie les contraignent à battre rapidement en retraite.
Cette nuit, le piton de la Fournaise joue à guichet fermé. Les instruments de mesure de l’observatoire volcanologique confirment que la lave est bien sortie des entrailles de la terre mais le volcan fait sa coquette. Dans le ciel du Sud dimanche soir, il s’est livré à un fantastique spectacle pyrotechnique comme pour allécher son public et depuis plus rien.
Au pas de Bellecombe, on suppute. L’éruption est-elle toujours en cours ? De vagues lueurs dessinent en ombre chinoise le toit de la buvette mais rien de probant. L’aube n’apporte pas de réponse. Sur le flanc ouest, des panaches de fumée semblent se détacher sur le blanc des nuages mais difficile d’être affirmatif.
L’enclos ruisselle
Partira, partira pas ? Le temps plus que maussade n’incite pas à se mettre en route. Finalement on ne résiste pas à la tentation. La pluie fouette mais engoncés dans de solides vêtements imperméables, on commence à avaler les marches permettant de prendre pied dans l’enclos.
L’eau a métamorphosé le paysage. Dans le moindre petit creux se nichent des lacs miniatures. Les laves cordées dessinent des canyons avec des cascades de poche. L’enclos où en temps normal on ne trouve pas une goutte d’eau ruisselle sous un ciel de plomb.
Les gouttes frappent avec une telle violence que l’on a l’impression que de minuscules cristaux de glace tombent
du ciel.
Bien que très correctement équipés, nous sommes rapidement trempés. L’eau s’insinue partout, glisse désagréablement dans les cols, imprègne les gants, les chaussures et les pantalons. Nous sommes à peine partis que déjà nous voilà transformés en mannequins liquides en mouvement.
Comment retrouver l’éruption dans cette brouillasse ? Le plus simple est sans doute de monter au sommet du Bory pour tenter d’y voir plus clair, si tant est que cela soit possible. Plus facile à dire qu’à faire. L’ascension déjà rude par beau temps est compliquée par la conjugaison de la pluie et du vent. Notre compagnon de route qui a eu l’idée originale d’emporter un superbe parapluie de golf ne sait plus à quel zéphyr se vouer. Les rafales sautent de l’est à l’ouest. Le pépin fatigué n’y résistera pas en fin de parcours.
Au sommet, pour autant qu’on puisse en juger, le cratère étant rempli le plus souvent d’une purée blanche, aucune activité dans le Bory. Mais où diable se cache cette éruption ?
A tâtons
Au jugé, en fonction des lueurs aperçues la veille au soir, descente scabreuse sur le flanc ouest. Plongés dans le brouillard nous ne pouvons nous fier qu’à de maigres indices. Dans l’air flotte soudain une odeur de soufre. Et puis, petit à petit les nuées qui nous environnent se font plus tièdes. Nul doute, nous touchons
au but.
La première faille qui s’ouvre devant nous apporte la confirmation. A proximité immédiate des roches noires vernissées encore tièdes malgré la pluie trahissent des projections toutes récentes.
L’éruption a vraisemblablement commencé ici, mais où se poursuit-t-elle ? Pour en avoir le cœur net nous franchissons la faille désormais éteinte en son point le plus étroit pour d’abord atteindre le point ultime de l’éruption et surtout pour nous mettre à l’abri des vapeurs.
Mais, le vent tourne. Nous sommes immédiatement plongés dans une ambiance de sauna finlandais. Impossible d’apercevoir ne serait-ce que le bout de ses chaussures. Le moindre pas serait suicidaire. Tout autour de nous les laves en graton dissimulent de multiples chausse-trapes. Nous avançons à tâtons, nous aidant du fameux parapluie comme d’une canne blanche. Aucune projection dans le ciel. Il faut se rendre à l’évidence, cette fois le piton de la Fournaise n’a joué que pour lui-même.
Il ne reste plus qu’à rentrer. D’abord quasiment en aveugle, ce qui oblige constamment à se héler dans le brouillard pour ne pas perdre son compagnon de route. Et puis, petit à petit le ciel s’éclaircit. La pluie n’a pas baissé les armes mais nous sommes sortis des chaudes nuées. Un hors piste chaotique nous ramène finalement sur un sentier balisé. Transis, on ne rêve que d’une chose un bon chocolat chaud. L’espace de quelques heures, le monde minéral du piton de la Fournaise a fait alliance avec l’eau, nous montrant un visage inhabituel.
-------------
Adresse e-mail : volcan@jir.fr
• L’accès à l’enclos est interdit au public.
- Hier matin, aucune activité n’était visible dans l’enclos, même si le mauvais temps a beaucoup gêné les observations. Le survol prévu par l’observatoire volcanologique avec l’appui de la gendarmerie n’a d’ailleurs pu être réalisé pour cette raison. Selon Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire, les capteurs sismiques enregistraient toujours un trémor hier soir, assez faible cependant. Il avait diminué spectaculairement dès les premières heures de l’éruption.
- Activité ou non dans le cratère Bory ? Les premières estimations de l’observatoire, fondées sur les données du réseau de surveillance complétées par les images de la caméra qui scrute le cône terminal du volcan, indiquaient l’ouverture de fissures éruptives dans le plus haut des deux cratères (cratère Bory, 2632 m). Or, hier matin, aucune fumerole témoignant d’une activité récente (vapeur surtout, en raison de la pluie) n’y était visible. En revanche, une longue fissure sur le flanc sud-ouest a été clairement repérée à partir de 2 500 m d’altitude descendant jusqu’à au moins 2 300 mètres.
Reportage : François Martel Asselin - Alain Dupuis

RÉACTIVATION DE L'ÉRUPTION LA NUIT DERNIÈRE
L’éruption semble s’être réactivée la nuit dernière, peu avant 1 heure du matin, alors qu’une accalmie météo s’était installée depuis le début de soirée. Des projections de lave et une coulée étaient nettement visibles sur le flanc sud-ouest du volcan depuis la piste qui mène au piton de Bert.