ARTICLE DU 18/03/04
Si la brièveté de la première éruption de l’année, le 9 janvier, vous avait pris de court, rassurez-vous : le piton de la Fournaise est déjà en train d’en mijoter une autre. Avec lui, tout est possible : selon l’observatoire volcanologique, cela peut être une question de semaines… mais ce peut être aussi quand bon lui plaira !
Le volcan sort de son sommeil

Depuis une semaine, l’observatoire volcanologique enregistre une activité sismique qui ne laisse plus de place au doute après quelques jours de recul : le piton de la Fournaise est bien en train de sortir de son sommeil. Et le volcan craque, gonfle, comme en témoigne l’ensemble des instruments chargés de sa surveillance.
Capable de surprises
Après une trentaine d’heures d’éruption le 9 janvier dernier, dans les Grandes pentes en dessous du Nez coupé de Sainte-Rose, à 1 500 mètres d’altitude, le volcan n’aura finalement pris que bien peu de repos. Mais, après tout, ce rythme correspond assez bien à son comportement de ces dernières années, marquées par deux à quatre éruptions annuelles.
Les indices de la reprise de l’activité se sont accumulés depuis le 9 mars et surtout depuis quelques jours. Les données en provenance des capteurs de déformation de l’édifice du volcan et des stations sismiques génèrent sur les écrans de contrôle des courbes qui montent résolument, indique Philippe Kowalski, directeur technique de l’observatoire.
Les séismes, jusqu’à une quinzaine par jour, ont atteint des magnitudes de près de 1,4, mais leur majorité reste inférieure à 1. Au piton de la Fournaise, les séismes qui précèdent les éruptions atteignent des magnitudes proches de 2.
L’observatoire volcanologique estime possible une éruption dans les semaines à venir, mais ne s’engage pas plus avant, tant le piton de la Fournaise est capable de surprises. L’activation prochaine par la préfecture de la préalerte, comme le prévoit le plan de secours spécialisé éruptions volcaniques en cas de signes “d’activité géophysique anormale”, paraît donc probable.
Néanmoins, inutile de vous précipiter au pas de Bellecombe : il ne s’y passe rien pour le moment.à moins de croire aux prédictions de cette voyante du Sud plutôt inquiète qui s’est manifestée spontanément jeudi de la semaine dernière à l’observatoire, déclarant ressentir un magnétisme inconnu d’elle jusqu’alors : elle a assuré qu’elle sentait venir une éruption pour cette semaine !
• Les déformations du volcan mesurées au centième de millimètre
Dès le 15 février, un peu plus d’un mois après la fin de l’éruption de janvier, les scientifiques ont noté les prémices d’un réveil : le réseau de surveillance du volcan a détecté un début d’ouverture des fissures volcaniques équipées d’extensomètres. Le sol gonflant, même imperceptiblement, les lèvres de ces fissures s’écartent. Les mesures ont beau porter sur des variations calculées en centièmes de millimètre, elles offrent au fil des jours un excellent indice de l’état d’esprit du volcan. Elles ont permis ces dernières années de prévoir avec une belle précision la date de plusieurs éruptions, “l’extensométrie comme mode de précurseur fin des éruptions” du piton de la Fournaise ayant même constitué le sujet de plusieurs communications lors de congrès scientifiques. Mais toutes les éruptions ne semblent pas répondre au schéma proposé et les analyses se poursuivent.
Le comportement des inclinomètres, un autre type de capteurs, chargés de mesurer les déformations du sol (variations des pentes), a ensuite corroboré les mouvements des extensomètres.
François Martel-Asselin volcan@jir.fr
• Prévoir les éruptions
Le réseau de surveillance du volcan permet de détecter les arrivées ou les mouvements de magma dans l’édifice du volcan. Les roches fondues et les énormes quantités de gaz qui le composent forment un mélange de plus en plus instable au fur et à mesure de sa montée vers la surface. Sous la pression du magma, l’édifice du volcan gonfle, se déforme, craque. Ces perturbations, même les plus infimes, sont observées et mesurées en permanence par le réseau de surveillance de l’observatoire. Les scientifiques analysent ces données pour prévoir les éruptions et comprendre d’une manière plus générale le fonctionnement du volcan et les mécanismes éruptifs.