ARTICLE DU 11/01/04
Le piton de la Fournaise s’est tu brusquement hier matin. Mais la brièveté de son accès de fièvre paraît d’autant plus suspecte que le réseau de surveillance du volcan détectait hier soir des séismes profonds, identiques à ceux qui ont précédé l’éruption de vendredi. La probabilité d’une nouvelle phase éruptive est réelle, une vigilance active est maintenue, car le risque d’une éruption hors enclos ne peut être exclu. L’éruption a pris fin au bout d’une trentaine d’heures d’activité, mais l’observatoire enregistre toujours des séismes. Le volcan plus que jamais sous surveillance
L’éruption a pris fin hier, mais une reprise est possible
L’activité a faibli vendredi soir et en moins de deux heures hier matin le silence est revenu dans l’enclos du piton de la Fournaise. Lorsque vers 6 h 30, samedi, l’Alouette III de la section aérienne de la gendarmerie approche la zone de l’éruption, dans le nord-est de l’enclos, 400 mètres en contrebas du Nez coupé de Sainte-Rose, une seule bouche éruptive crache, une autre est tout juste rougeoyante. Deux coulées subsistent, dont la longueur atteint à peine le tiers de celle de la veille (1,5 km). Et vers 8 heures, surprise, un pilote d’Hélilagon n’a plus qu’une simple bouche incandescente à mettre sous les yeux de ses passagers. Le spectacle visible a donc cessé dès le début de la matinée, l’observatoire volcanologique constatant pour sa part la fin “officielle” de l’éruption en milieu de journée. Pour autant, les scientifiques demeurent sur leurs gardes et poursuivent leurs permanences au chevet du volcan : le trémor lié à l’activité a disparu mais le réseau de surveillance du piton de la Fournaise enregistre des séismes profonds, à l’aplomb du flanc Est, “estimés jusqu’à trois kilomètres en dessous du niveau de la mer ”, rapportait hier soir Philippe Kowalski, directeur technique de l’observatoire. Une dizaine d’événements de ce type, en dehors d’autres séismes plus classiques, avaient été décomptés hier entre 6 heures et 20 heures.
Cette situation inhabituelle, à la lueur du déroulement de la crise prééruptive, suggère aux volcanologues l’éventualité d’une nouvelle phase d’activité. “Avec la sismicité qui a précédé l’éruption de vendredi (la crise a duré près de quarante heures), il n’est pas impossible que le dyke ait progressé hors enclos”, analyse ainsi Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire. Le dyke, terme anglais en usage, désigne cette véritable injection de magma venu des profondeurs qui se fraye une voie souterraine jusqu’à aboutir ou non à la surface. Or, si la lave a jailli vendredi à 1 500 mètres d’altitude à proximité du rempart de Bois-Blanc, il n’est pas exclu que le dyke qui a alimenté l’éruption soit allé encore plus loin, franchissant en souterrain la limite naturelle de l’enclos du volcan.
Le scientifique rappelle le déroulement des éruptions de 1977 et 1986 : dans ces deux cas, la sortie de la lave dans les hauteurs de Bois-Blanc et Piton Sainte-Rose, puis de Saint-Philippe (Le Tremblet et Ilet-aux-Palmistes) a été précédée, de quelques jours, de brèves phases éruptives intérieures à l’enclos, à une altitude toujours supérieure. D’où la vigilance affichée par l’observatoire pour les jours à venir.
François Martel-Asselin ( volcan@jir.fr )
Les irréductibles du Nez coupé de Sainte-Rose
Le mauvais temps a découragé les randonneurs et il y avait de quoi : à part quelques courageux qui n’ont pas hésité à bivouaquer avec leur tente à plus de 2 000 mètres d’altitude ces deux dernières nuits, les autres se sont contentés le plus souvent d’un rapide aller et retour vers le Nez coupé de Sainte-Rose sans s’attarder sur place. Les nuages bloqués sur les Grandes pentes et le point d’observation ont calmé les meilleures volontés. Le vent et la pluie se sont parfois chargés du reste. Ainsi, Alain, venu du Tampon, a aperçu furtivement l’éruption hier vers 4 heures du matin, bénéficiant d’une trouée. Fabrice, en fin d’après-midi, alors que l’éruption était terminée, a pu observer une coulée ; sans doute s’agissait-il d’un tunnel de lave qui s’est vidé soudainement. Du fait des conditions météorologiques, rarement plus d’une quinzaine de personnes se sont trouvées ensemble sur place pour tenter de surprendre le volcan dans son intimité, à la faveur de rares embellies.