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ARTICLE DU 08/01/04
Après déjà quatre éruptions en 2003, le volcan a décidé de ne pas se faire prier pour présenter ses vœux. Hier matin, à 9 h 20, a débuté une crise sismique qui, plus de douze heures plus tard - fait rare - se prolongeait hier soir. Ce matin, le calme sera-t-il revenu ou la lave coulera-t-elle ?


A l’aube de la nouvelle année, une crise sismique a commencé hier matin

Éruption imminente


Le piton de la Fournaise débute l’année 2004 très fort. Et a pris son monde par surprise. Alors qu’une reconnaissance est en cours tôt hier matin au sommet du volcan, en vue d’une éventuelle réouverture de l’enclos au public aujourd’hui précisément, la radio du directeur de l’observatoire volcanologique se met à grésiller… Incrédules, représentants de la préfecture, de la sécurité civile, de la gendarmerie, de l’ONF apprennent en direct, à 9 h 20, qu’une crise sismique est en train de débuter !
Pas de panique pourtant et le tour du propriétaire se poursuit, sans qu’il soit question de renoncer à la mission : évaluer les conditions d’accès des visiteurs aux pentes du volcan, interdites depuis son évacuation le 15 décembre dernier, il y a trois semaines déjà. Thomas Staudacher, promu chef de la troupe, se livre à des explications sur les fissures, parfois insidieuses, qui s’ouvrent au fil des mois sur les pourtours du cratère Dolomieu. Larges de quelques centimètres parfois, pas toujours aisément repérables car comblées en surface par les lapilli qui jonchent le sol, elles progressent implacablement, s’élargissent, délimitant des pans entiers de falaises prêts à s’effondrer. D’énormes blocs instables, sollicités du bout du pied, vacillent et ne demandent qu’à partir au fond du cratère.
Les quarts d’heure passent. L’activité sismique, les déformations fluctuent. Sans compter que le réseau de surveillance de l’observatoire volcanologique, mis à mal par la foudre de la fin décembre et les fortes pluies, a souffert : les réparations nécessitent de nombreuses heures de travail dans des conditions difficiles pour une équipe scientifique réduite et déjà lourdement sollicitée l’an dernier avec quatre éruptions.

“Le danger, c’est d’être attiré” Gilles Dufeigneux, directeur de cabinet du préfet, qui a mis en place cette mission conjointe, et en a sans doute trop entendu sur la fermeture de l’enclos, lâche : “Voilà à quel genre de situation on peut être confronté”. On le sait, le piton de la Fournaise, dès que la préfecture envisage ou prend la décision de lever l’interdiction d’accès, prend un malin plaisir, au moyen de quelques soubresauts, à contrecarrer tous ses plans : les exemples abondent, pas plus tard que le 15 décembre dernier, trois jours après la réouverture de l’enclos !
Mieux vaut en rire qu’en pleurer. Surtout quand au détour du cratère Bory, l’équipée tombe sur les tags qui maculent les panneaux de l’ONF interdisant de faire le tour des cratères depuis le 13 novembre. Côté pile : “Pas de privatisation du volcan, le volcan est à tous”. Côté face : “1848 : Sarda libère les esclaves ; 2003 : Tak, Vira, Audifax, Victoria votent le RMA”.
Il est 10 h 05 lorsque Philippe Kowalski, directeur technique de l’observatoire, annonce une reprise de la crise sismique. Surgit dans l’azur, étonnant à cette altitude (2 600 m), un papillon aux larges ailes, quel présage ? L’arrivée en surplomb du piton Kaf, encore tout fumant, né de l’éruption de mai, juin, juillet 2003, dans le sud-ouest du cratère Dolomieu, pose clairement le problème de la sécurité des visiteurs. La paroi ébranlée par l’éruption recèle des surplombs invisibles des spectateurs qui voudraient s’y installer pour mieux contempler le paysage.
Pour Pascal Saudemont, à la tête du peloton de gendarmerie de haute montagne de la Réunion depuis août dernier, il n’y a pas de doute : “Le danger, c’est d’être attiré sur le bord du cratère”. Conclusion du directeur de cabinet : “Il faut des plates-formes clairement repérées et indiquées”. Il convient qu’on ne peut pas interdire indéfiniment au public de faire le tour des cratères, une classique en randonnée, et ne se fait pas d’illusion sur le respect des consignes : mieux vaut donc tabler sur la pédagogie, la sensibilisation aux risques inéluctables en montagne et en terrain volcanique en particulier, où il est impossible de signaler tous les dangers.
L’accident mortel du 27 août dernier, survenu sur l’éruption du piton Payankë, reste manifestement présent dans toutes les mémoires. Les représentants de l’ONF notent à la bombe de peinture les zones où un détournement du sentier actuel, parfois trop proche des zones à risques, semble indispensable.
En raison de la crise sismique et des mauvaises communications depuis le sud du Dolomieu, le groupe ne s’attarde pas et entame le chemin du retour vers le pas de Bellecombe.
L’équipe de l’observatoire poursuit sa tâche : contrôle du réseau, et achèvement de la cartographie de la coulée de début décembre dans le Dolomieu, GPS sur le dos. A 13 heures, une pluie drue commence à s’abattre sur le sommet.
Trempés, les scientifiques ne regagneront l’observatoire qu’à près de 16 heures. Encore faut-il organiser le régime des gardes à assurer sur place. Et la nuit qui arrive, puisque l’éruption n’a toujours pas commencé, s’annonce longue.


François Martel-Asselin




• L’accès à l’enclos est toujours interdit.