ARTICLE DU 11/09/04
Ceux qui auraient eu l’intention d’aller planter un drapeau sur la plate-forme construite en mer par les dernières coulées peuvent ranger leur étendard. Le travail du piton de la Fournaise n’a eu qu’une seule conséquence, l’agrandissement du domaine public maritime. Une conquête illusoire dans la mesure où les vagues vont rapidement se changer de le grignoter.
Coulées dans le Grand-Brûlé
La plate-forme a déjà un propriétaire

“A vendre terrain bien situé en bord de mer dans un site calme avec vue imprenable sur l’océan, déjà occupé par trois cônes volcaniques”. Cette annonce, vous ne risquez pas de la lire dans les pages immobilières du Journal de l’île. Alors que depuis hier le piton de la Fournaise s’est à nouveau assoupi, les sept hectares de plate-forme qu’il a construits en mer dans le Grand Brûlé constituent une terre vierge dont on peut se demander à qui elle appartient. Si l’idée d’aller y planter un drapeau pour vous en assurer la propriété vous passe par la tête, renoncez-y. Sans même parler du risque de voir la plate-forme basculer en mer, une hypothèse que les volcanologues n’écartent pas, le phénomène s’est déjà produit à plusieurs reprises à Hawaii, les vagues viendraient rapidement ronger votre “domaine”.
Mais tout de même, il en restera bien quelque chose. Des 30 ha gagnés sur la mer à la pointe de la Table lors de l’éruption de mars 1986, il subsiste encore aujourd’hui une surface imposante même si la majeure partie a été pulvérisée par l’océan.
Inutile de tenter de faire valoir un titre de propriété. A la pointe de la Table comme au Grand-Brûlé, le propriétaire de ces nouvelles terres est parfaitement identifié. Il a pour nom l’État.
A tout le monde … et à personne
“Au-dessus de la RN 2, nous sommes dans la forêt départemento-domaniale, propriété de l’État et dont l’ONF assure la gestion. De la route nationale au trait de côte, c’est la forêt domaniale littorale dont la gestion est assurée par l’Office nationale des forêts qui n’en est pas propriétaire et ce depuis 1955. Avant 1965 et la création de l’ONF, c’est le Conservatoire des Eaux et forêts qui avait en charge la gestion, explique Mme le Gentilhomme, à la direction régionale de l’ONF. En dessous de cette limite, on est dans le domaine public maritime qui relève de l’Équipement. Cette répartition est valable non seulement dans le Grand-Brûlé mais partout ailleurs dans l’île, à Saint-Paul, l’Étang-Salé, Petite-Ile, Grand-Anse…”
Ainsi, quand le volcan conquiert de l’espace sur l’océan, c’est le domaine public maritime qui s’étend, venant enrichir le patrimoine foncier commun de la Réunion. En clair, la nouvelle plate-forme où ce qu’il en subsistera appartient à tout le monde et à personne à la fois. Comme pour celle de la pointe de la Table, on n’y fera jamais rien. “Ces espaces sont protégés, confirme Mme le Gentilhomme, dans le cadre du schéma de cohérence territoriale mais aussi en tant qu’espaces remarquables du littoral”. Les paille-en-queue peuvent dormir tranquilles.
Alain Dupuis