ARTICLE DU 10/09/04
Un morceau de basalte en guise de souvenir dans les mains, un appareil photo dans l’autre, plusieurs centaines de personnes ont profité hier de l’itinéraire sécurisé mis en place sur les coulées par l’ONF et la DDE à l’intention des piétons. Des visiteurs le plus souvent responsables et respectueux des consignes de sécurité. Même si certains n’hésitent pas à s’aventurer hors des sentiers battus … notamment pour se rendre sur la plate-forme côté Sainte-Rose pourtant interdite d’accès.
On a marché sur la lave

On a marché sur la Lune. Pour les centaines de visiteurs croisés hier sur le chemin balisé mis en place sur les coulées pour les piétons par l’Office national des forêts et la direction départementale de l’Équipement, l’image était indissociable du spectacle de toute beauté qu’ils avaient sous les yeux. Un paysage venu d’ailleurs, des entrailles de la Terre. Dévastateur, mais grandiose. Un sentier d’environ six cents mètres jalonné de points de couleur blanche et de piquets. Avec, à chaque point d’entrée, un rappel préalable des mesures de sécurité par la préfecture. Des consignes rappelant qu’il est formellement interdit de s’écarter de l’itinéraire “en raison des dangers relatifs à un tel environnement”. A savoir : “Une coulée encore très chaude en surface, la présence de fissures et de zones fragiles, de tunnels de lave, d’arêtes coupantes, sans oublier des dégagements de vapeurs de souffre. De bonnes chaussures de marche sont donc requises avant de s’engager sur le sentier”.
Toujours des têtes dures
Un conseil loin d’être fantaisiste, le visiteur se rendant vite compte de la chaleur intense encore dégagée par la lave pourtant figée depuis une semaine. Et ce n’est pas Jérôme, un touriste de métropole, qui dira le contraire : victimes de semelles trop fines et la plante des pieds en feu, il a dû se déchausser pour soulager la douleur !
En fait, si les marcheurs sont ravis de se voir offrir une telle opportunité, beaucoup s’avouent à moitié rassurés seulement en empruntant un tel chemin. Certains se demandent même comment on a pu autoriser son ouverture ! Il est vrai que le sentier peut parfois intriguer avec des craquements sourds, des effondrements et des poches de laves visibles à travers des crevasses à seulement quelques mètres du chemin balisé. Ce qui n’effraie pas pour autant plusieurs badauds qui n’hésitent pas à s’aventurer hors du parcours, et ce parfois jusqu’à plusieurs dizaines de mètres ! “Dans la journée, nous avons dû à plusieurs reprises rappeler des imprudents sur le chemin”, confirme un gendarme du Tampon, de faction au barrage de Saint-Philippe. Un constat partagé par de nombreux visiteurs et des agents de la DDE de Saint-Benoît venus inspecter le balisage dans l’après-midi. “Le danger est à seulement quelques mètres de l’itinéraire”, précise l’un d’eux. “De toute façon, s’ils l’ont ouvert, c’est qu’ils sont sûrs”, se rassure pour sa part un visiteur. Ce que confirme l’ONF, présente hier sur les lieux. “S’il existait le moindre risque, nous n’aurions jamais ouvert le sentier”, commente Guy Rivière, agent patrimonial au Tremblet.
Ramasser n’est pas saccager
En rappelant que la veille, lui et son collègue ont dû à maintes reprises faire la police pour empêcher les visiteurs de ne pas monter sur la coulée, alors non balisée. “Malheureusement, malgré toutes nos précautions, il y aura toujours des inconscients”, regrette l’agent de Bois-Blanc, Ilya Risovics.
Illustration au niveau de la plate-forme du côté Sainte-Rose - toujours fermée en raison de son instabilité - où n’hésitent pourtant pas à s’aventurer des visiteurs en passant par des chemins de traverse. “Hier matin (Ndlr : mercredi matin), nous avons délogé un groupe d’une vingtaine de personnes venues jusqu’à la bordure”, raconte l’agent de Sainte-Rose. Un exemple malheureusement suivi par d’autres. Mais pas par la grande majorité des visiteurs venus admirer “un rêve de la nature”. A l’image de ce groupe de dames de l’ARFUTS, venus en bus de Saint-Paul et d’Ysmène, 53 ans, toute heureuse de voir pour la première fois de sa vie une coulée. Remonté, Ilya Risovics regrette par ailleurs l’attitude de “véritables pilleurs de coulée, repartis avec des sacs chargés de morceaux de lave sur le dos. Quand ce n’est pas avec une camionnette”. Un crime à ses yeux, en rappelant que “ramasser un morceau cassé en souvenir n’est pas saccager un patrimoine historique, voire artistique, outil pédagogique et témoin de la colonisation future par de la végétation”. “Soyons citoyens”, conclut-il… Tout simplement responsables.
• Le sentier d’accès au littoral côté Sainte-Rose reste fermé au public. Le sentier côté Saint-Philippe est ouvert de 8 h à 17 h.

Dimanche, le journal de l'île et Serge Gélabert vous offrent un nouveau supplément de 24 pages avec les plus belles photos couleur de cette éruption à rebondissements.
• Des minibus pour la coulée
La préfecture a annoncé hier soir la mise en place dès ce matin, côté Sainte-Rose, de rotations organisées par la Cirest d’un minibus de 9 places en direction du pont de la rivière de l’Est et d’un autre véhicule de 22 places en direction de la gare de Saint-Benoît, au départ du barrage sur la RN 2.
Le minibus de 9 places quittera le barrage de la coulée en direction du pont de la rivière de l’Est à 7 h 32, 9 h 56, 12 h 30, 14 h 30 et 17 h 05.
Le bus de 22 places quittera le barrage de la coulée en direction de Saint-Benoît à 6 h 40, 9 h 20 et 15 h.
Côté Saint-Philippe, un dispositif analogue devrait également être mis en place aujourd’hui. Une bonne nouvelle pour tous les riverains de la coulée, obligés de transiter par la route des Plaines depuis le 22 août.