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ARTICLE DU 08/09/04
Un petit coup à droite, un petit coup à gauche dans les pentes dominant le Grand-Brûlé : le piton de la Fournaise la joue fantasque pour la deuxième partie de son spectacle commencé le 13 août dernier. Les coulées se dispersent, s’arrêtent, repartent et le bain de mer n’est pas dans l’immédiat au programme.



Les coulées font les pentes buissonnières


Le Grand-Brûlé a été rendu hier pour l’essentiel aux paille-en-queue en bord de mer et aux papangues au-dessus de la forêt. L’accès au littoral est toujours interdit côté Sainte-Rose mais de toute façon le public a déserté les lieux.
A l’aube hier matin, un seul gendarme pour garder la barrière. Les pompiers ont levé le camp et seul le deuxième RPIMa tient la position. Dans la journée, ils plieront leur tente.
Au bout de la route, les barrières, auxquelles une coulée de gratons a bien failli faire un sort, veillent sur les laves cordées qui ont entamé leur lent processus de refroidissement en attendant, qui sait, d’être englouties par de nouvelles rivières de feu.
Alors qu’en descendant avant le lever du jour les rampes de Bois-Blanc, les coulées étaient bien visibles accrochées aux pentes un peu dans toutes les directions, le rideau semble être tombé. Attention, le piton de la Fournaise est joueur et il abat ses cartes au moment où l’on s’y attend le moins.
Mais, pour l’instant le spectacle est sous nos pieds. En s’étalant avant de se jeter dans l’océan, les coulées de laves cordées ont dessiné sur le sol des fresques extraordinaires. A perte de vue s’étendent des cordages, minces filins ou solides amarres que l’on croirait destinées au gréement d’un trois-mâts. Des coussins de pierre zébrés de marques blanches invitent à s’asseoir. Facétieux, le volcan a même sculpté des objets aux formes coquines. Prudence, tout cela est encore chaud en surface, très chaud à quelques centimètres seulement sous la croûte. Il n’est pas rare de voir du rouge dans certaines anfractuosités. Et d’énormes bouches exhalent encore d’insoutenables vapeurs.
Derrière nous, le soleil émerge de l’océan. Les trois cônes édifiés sur la plate-forme côté Sainte-Rose se détachent en ombres chinoises. Les premiers rayons donnent une teinte rosée aux pentes. Les coulées récentes deviennent des rivières d’argent. Chacun de nos pas est accompagné d’une musique cristalline. Ces laves figées que l’on pourrait croire dures comme la pierre sont en fait fragiles comme du verre.

La végétation engloutie

Dans les pentes, aucun signe d’activité visible. Une légère fumée s’élève d’une coulée mais elle ne semble pas avancer.
Le piton de Crac, sur la droite, semble veiller sur notre ascension. Aux cordées du début succèdent de redoutables gratons. Qui n’a jamais marché dans cette pierraille se dérobant en permanence sous les chaussures et où chaque pas est un exercice d’équilibriste surtout lorsque la pente se dresse devant vous presque à la verticale ne peut s’en faire une idée.
La tentation est grande de prendre à gauche ou à droite dans les îlots de végétation épargnés, que les Hawaiiens désignent du joli nom de kipukas, un terme devenu d’usage universel chez les volcanologues. Erreur fatale, les gratons sont toujours là, simplement recouverts de mousse et de lichens, avec en prime des trous dissimulés. Conséquence : on n’avance pas plus vite.
Boire, reprendre son souffle laisse le temps d’admirer le panorama qui se construit derrière nous. Rapidement, le regard embrasse l’ensemble du Grand-Brûlé, des rampes de Bois-Blanc au rempart du Tremblet. Au final, nous aurons à nos pieds un point de vue extraordinaire de l’anse des Cascades à la pointe de la Table.
A 1 200 m d’altitude, nous déclarons forfait. Indigestion de gratons ! François poussera jusqu’à 1 350 m. Il sera récompensé par des flots de lave en fusion dont certains partent en direction du piton de Crac.
Mais il est dit que nous ne redescendrons pas bredouilles. Alors que nous sommes branchés sur le taboulé aux crevettes arrosé d’eau de Cilaos, un superbe débordement se produit non loin de notre poste d’observation. Un fleuve de gratons dévale la pente puis, soudain, se fige.
Tout au long de la fin de matinée la prestation offerte sera ainsi en dents de scie. A des périodes de fortes activités où la lave progresse rapidement mettant le feu à la végétation succèdent des calmes plats.
Nous en aurons un autre aperçu alors que nous avons entamé la périlleuse descente, tout aussi redoutable dans un sens que dans l’autre. Attentifs à éviter les faux pas auxquels de toute façon on n’échappe pas, le derrière plus souvent qu’à son heure posé par terre, nous avons bien failli manquer sur la droite un débordement particulièrement majestueux. De gros bouillons roulent, engloutissant la végétation.
Ces coulées qui jouent les pentes buissonnières atteindront-elles la route ? Pour l’instant, on en est loin encore. Contrairement au précédent épisode où la lave descendait disciplinée avant de s’étaler, cette fois les coulées partent dans tous les sens mais le piton de la Fournaise peut mettre bon ordre à tout cela et finir par nous offrir, la lave à la mer, le retour.

Alain Dupuis Photos : François Martel-Asselin







Enclos ouvert ce matin
L’accès à l’enclos par le pas de Bellecombe est à nouveau autorisé à compter d’aujourd’hui après quatre semaines d’interdiction, uniquement sur le triangle Chapelle de Rosemont - Soufrière Bory - Dolomieu. Il est interdit de faire le tour des cratères, et les randonneurs doivent se conformer aux recommandations de l’ONF.